Compacts de Jazz Belge :
Les Nouveautés

L'Âme des Poètes : L'interview / Brel, Brassens, Ferré (Igloo IGL246), 2014
Pierre Vaiana (axophone soprano); Fabien Degryse (guitare acoustique); Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse)

Pauvre Rutebeuf (2:23) - Les trompettes de la renommée (4:47) - Au suivant (3:24) - J'ai rendez-vous avec vous (5:44) - Avec le temps (3:33) - La quête (5:55) - Les funérailles d'antan (4:45) - Jaurès (4:26) - Jolie môme (3:55) - Les passantes (5:17) - Il n'y a pas d'amour heureux (1:35) - C'est extra / Comme à Ostende (5:47) - Le temps ne fait rien à l'affaire / La valse à mille temps (3:47)

Le 6 janvier 1969, sur une initiative de François-René Christiani, journaliste du magazine Rock'n Folk, une interview mythique de Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré fut organisée à Paris pour RTL. Cet évènement est l'alibi invoqué par L'âme Des Poètes pour leur septième disque de relecture des grands classiques de la chanson française. Sur la pochette, un dessin en noir et blanc rappelle l'unique photographie en noir et blanc prise par Jean-Pierre Leloir avec Vaina dans le rôle de Brel, Rassinfosse dans celui de Ferré et Degryse en George Brassens. Le répertoire est donc constitué de chansons et pots-pourris de thèmes repris à ces trois géants aujourd'hui décédés qui sont revisités avec la fraîcheur et la pétulance coutumières du trio. Bien entendu, c'est du jazz instrumental et les paroles des chansons sont absentes mais c'est le but du jeu: les mélodies ravivent le souvenir de ces textes mémorables tandis que les improvisations emmènent l'auditeur par de nouveaux sentiers, faisant naître une émotion qui est un mélange diffus entre ce dont on se souvient et ce qu'on entend. Les phrasés sont attachants et les timbres flattent l'oreille tandis que les trois compères font swinguer leurs instruments avec chaleur et générosité sur des mélodies souvent nostalgiques réarrangées avec beaucoup de finesse. Dans un monde à l'atmosphère de plus en plus raréfiée, ce nouvel album de L'Âme des Poètes est comme une bouffée d'air pur que l'on respire à pleins poumons!

[ A écouter : La Quête - Les Funérailles d'Antan ]

Alexandre Furnelle – Peter Hertmans : Sous Les Grands Arbres (Quetzal 135), 2013
Alexandre Furnelle (contrebasse 5 cordes); Peter Hertmans (guitares)

Sous Les Grands Arbres (4:15) - Nightfall (5:55) - The death And The Flower (6:59) - Le Chant Des Sirènes (5:14) - The Cost Of Living (5:57) - Hermitage (5:52) - Prism (4:28) - First Song (6:55) - Silence (5:19) - Bay City (6:10) - We Shall Overcome (2:21)

Le contrebassiste Alexandre Furnelle avait déjà invité le guitariste Peter Hertmans sur ses deux précédents albums, Le chant Des Sirènes (2004) et Views Of Xela (2009), tous deux sortis sur le label Mogno. Il poursuit ici cette fructueuse collaboration par un duo intimiste dont le principal objectif est d'explorer l'univers du contrebassiste Charlie Haden dont l'éclectisme, le lyrisme et la maîtrise des timbres ont séduit un public beaucoup plus large que celui habituel du jazz. Le tandem reprend ainsi quatre compositions de Haden: Bay City (extrait de Quartet West, 1987), Silence (Silence, 1987), First Song (First Song, 1990) et Nightfall (Nightfall, 2004) plus le fameux We Shall Overcome interprété en 1969 par le Liberation Music Orchestra. Mais il revisite aussi des thèmes écrits par des partenaires de Haden à différentes périodes de sa carrière: Death And The Flower et Prism de Keith Jarrett, Hermitage de Pat Metheny, et The Cost Of Living de Don Grolnick. L'album est complété par deux compositions de Furnelle: Le chant Des Sirènes (un titre extrait du premier disque éponyme de 2004) et Sous Les Grands Arbres, un inédit évoquant le coin de jardin ombragé représenté sur la pochette où les deux musiciens ont longuement mis au point leur répertoire.

Furnelle et Haden partagent incontestablement certaines inclinations comme le goût pour les belles mélodies ou celui des improvisations aérées où les silences comptent autant que les notes. Et tous deux sont fascinés par la rondeur du son de la contrebasse aussi bien que par cette magnifique simplicité qui rend la musique si belle et si agréable à écouter. Quant à Peter Hertmans qui joue ici quasi-exclusivement en acoustique, il s'avère le compagnon idéal pour ce projet serein et bucolique, tirant parti à la fois de sa longue complicité avec le contrebassiste et d'une créativité spontanée. Ses phrases claires et déliées véhiculent un profond lyrisme marqué par l'héritage d'un Philip Catherine dans ses moments les plus intimistes. Et quand pour de courts instants comme sur Le Chant Des Sirènes, il troque sa guitare acoustique contre une lady électrique, c'est pour lâcher quelques chapelets de notes atmosphériques dans la ligne sinueuse et nostalgique d'un Terje Rypdael.

Le duo a prolongé plus tard cet hommage à Charlie Haden par des concerts en quartet avec le saxophoniste Ben Sluijs et le batteur Jan de Haas. Inutile de dire que s'il venait à l'idée du label Quetzal d'éditer en disque l'une au l'autre de ces sessions live, je serais volontiers preneur.

[ Commander chez Quetzal Records ]

Ben Sluijs & Erik Vermeulen : Decades (W.E.R.F. 117), 2014
Ben Sluijs (saxophone alto); Erik Vermeulen (piano)

Broken (3:18) - Little Paris (5:06) - Up Here (0:53) - Up There (3:13) – Eiderdown (5:44) - Light blue (4:02) – April In Paris (6:20) - Pretty Dark (7:12) – Carillon (3:43) - Call From The Outside (8:38) – Decades (4:54) - The Man I Love (5:38)

Cela fait plus de quinze années que le saxophoniste Ben Sluijs et le pianiste Erik Vermeulen jouent ensemble dans différentes configurations et dès l’album Food For Free, sorti en 1997, l’empathie entre les deux musiciens était déjà palpable. De plus, ils ont connu au fil des ans une évolution similaire, passant progressivement d’un jazz insouciant et romantique à une musique plus intense et sophistiquée qui n’a toutefois jamais fait l’impasse sur une profonde nostalgie. En duo plus spécialement, la musique de Sluijs et Vermeulen ressemble à une épure. Sur le tapis d’harmonies changeant et miroitant tel un océan que lui déroule le pianiste, le saxophoniste alto glisse avec la fluidité et la majesté d’un catamaran. Comme chez Wayne Shorter sur son ténor, on reste médusé devant les lignes sinueuses aux orientations inattendues lâchées par le souffleur dont une autre caractéristique est l’usage d’un subtil vibrato qui fait danser les notes. A certains moments comme sur Broken, on croirait entendre le son d’un accordéon tant ce saxophone instable vole comme le vent, tourne en bourrasques et nous emporte avec lui. Quoiqu’aussi passionnants, certains titres plus turbulents comme Up Here et Up There peuvent paraître plus difficiles d’accès que les standards et les ballades (Little Paris, April In Paris, Light Blue emprunté à Thelonious Monk, ou le superbe The Man I Love de Gershwin et son solo cristallin de piano) mais la part d’abstraction s’éloigne et les oreilles s’éduquent rapidement tant la musique véhicule un profond lyrisme. Enfin, on appréciera en passant la manière brillante dont Vermeulen pénètre l’univers si particulier de Monk (sur Light Blue) ou comment il émule des cloches sur l’étonnant Carillion. Après les réussites que furent les deux premiers disques en duo, Stones (2001, réédité en 2010 sur le label WERF) et Parity (2010), ce nouveau compact, plus mature et plus apaisé, laisse affleurer de nouvelles nuances et subtilités qui témoignent de l’entente toujours plus grande et plus profitable de ces deux musiciens exceptionnels. Est-ce pour insister sur ce dernier aspect des choses que ce nouvel album a été intitulé Décades ?

[ Decades (MP3) ] [ Stones (MP3) ] [ Parity (MP3) ]
[ A écouter : Little Paris (Live au JazzCase, Neerpelt, 13/02/2014) - The Man I Love (Live au JazzCase, Neerpelt, 13/02/2014) ]

De Beren Gieren : A Raveling (Igloo Circle), 2013
Fulco Ottervanger (piano), Lieven Van Pée (basse), Simon Segers (batterie)

Asbrokken (5:03) - Vakantiebestemming (5:14) - Sweet Repose Threat (6:27) - Knalsonate (4:55) - The Detour Fish (5:06) - Broensgebuzze vi (1:13) - Koekjes's nachts (5:53) - Stadspark (Staat niet op zich) (4:31) - Sitting On a Fence (4:39) - Curious Young Woman (2:41) - Slippery Men (On the Riverbank) (6:02) - Ontdekking Van Materie (15:22)

Ce trio au nom bizarre qui signifie "les ours vautours" interprète les compositions de Fulco Ottervanger, un pianiste néerlandais aux idées protéiformes qui tire du classique, du rock, du jazz et de la musique contemporaine un répertoire sophistiqué tellement composite qu'il en devient carrément impossible à étiqueter. Mais pour aventureuse qu'elle soit, cette musique s'écoute avec une étonnante facilité car elle n'est jamais exagérément abstraite et surtout elle privilégie des mélodies, des textures aérées et un jeu basé sur des microtonalités qui n'est pas sans évoquer ce que faisait jadis le trio suédois d'Esbjorn Svensson. Si des titres comme le lyrique Sweet Repose Threat, le quasi-dansant Koekjes's Nachts ou le décalé Asbrokken avec ses accords atonaux sont des réussites incontestables au charme immédiat, d'autres comme Slippery Men et surtout Ontdekking Van Materie (dont la durée affichée ne représente pas la réalité puisqu'elle inclut un long passage silencieux) ressemblent plus à des collages impressionnistes, comme on en entend parfois dans le rock progressiste, constituant de grandes fresques esthétiquement séduisantes mais dont on ne saisit pas immédiatement la finalité.

Comme dans tout trio de piano, l'apport du contrebassiste Lieven Van Pée (ex membre de Collapse) est évidemment essentiel mais on soulignera surtout ici celui encore plus fondamental du batteur Simon Segers tant il contribue par ses percussions, rythmes et frôlements de peaux à un espace sonore collectif par ailleurs plutôt intimiste. Ottervanger sait aussi comment utiliser avec brio les silences dans ses compositions pour en aérer les mélodies et mettre en valeur les nuances les plus subtiles de son toucher délicat (The Detour Fish). La musique produite sonne en tout cas fort moderne, bien différente de celle des trios classiques de piano, et semble annoncer une nouvelle génération de pianistes s'appuyant sur la batterie autant que sur la contrebasse et pour qui la tradition du jazz compterait moins que la quête de constructions sonores inédites. Voici un disque dont les couleurs plurielles sont enthousiasmantes et dont la chaleur expressive est tout simplement envoûtante.

[ De Beren Gieren Website ] [ A Raveling (CD & MP3) ]
[ A écouter : Vakantiebestemming (Live au Jazzahead! 2013) - Koekjes 's Nachts (Live au Handelsbeurs / Ghent, 3/10/2013) ]

Jean-Paul Estiévenart : Wanted (W.E.R.F. 115), 2013
Jean-Paul Estiévenart (trompette); Sam Gerstmans (contrebasse); Antoine Pierre (drums) + Invité : Perico Sambeat (saxophone alto)

The Man (4:22) - Between the Curves (6:18) - Am I Crazy? (5:40) - Amok (5:40) - Bird (5:28) - Les Doms (6:34) - Lazy Bird (3:09) - Witches Waltz (5:07) - SD (4:14) - Guerrilla (5:59) - Wanted (6:24)

Celui qui aurait écouté le dernier disque de Collapse avant celui-ci aurait probablement été surpris tant ce Wanted apparaît moins abstrait, plus mélodique et donc plus directement accessible. D'un autre côté, il y a aussi quelques similitudes : d'abord, l'absence d'instrument harmonique, le trompettiste jouant ordinairement en trio avec une section rythmique ou, sur trois plages, en quartet avec le saxophoniste alto Perico Sambeat en invité; ensuite, l'esprit d'Ornette Coleman qui plane à l'occasion au-dessus de cette musique. Mais la comparaison s'arrête là car Alain Deval, batteur et leader de Collapse, et Estiévenart ont chacun une esthétique très personnelle et des approches en matière de composition qui ne se ressemblent guère.

Si l'on excepte la reprise du Lazy Bird de John Coltrane, tous les morceaux de Wanted ont été écrits par Estiévenart dans des styles certes modernes mais tellement variés qu'ils empêchent de classer cet album sous une étiquette quelconque. Du lyrique Amok dont la trompette bouchée en introduction peut évoquer les grandes heures du second quintet de Miles Davis au mystérieux Witches Waltz dans lequel les deux souffleurs semblent explorer prudemment les zones d'ombre d'une maison hantée par une nuit de pleine lune, en passant par The Man avec son thème simple et primesautier propice à l'impro post-bop la plus tranchante du répertoire, on en a pour tous les goûts. On a même droit sur le titre éponyme, pourtant bâti sur un drive lanscinant qui promettait un hard-bop plein de soul, à un dérapage qui le temps de quelques mesures poussera le trio vers un chaos libertaire inattendu avant de revenir, comme si de rien n'était, au groove moite du début.

Sam Gerstmans à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie composent une rythmique de choc dont le dynamisme et la souplesse constante sont un véritable plaisir pour les oreilles. Quand à Perico Sambeat, à écouter ses fantastiques interventions sur Guerilla, on peut s'interroger sur le fait que malgré une carrière bien remplie à jouer avec des pointures comme Mehldau, Mark Turner, David Kikoski, Wallace Roney ou plus récemment Eric Legnini, il ne soit pas plus connu du grand public hors de son Espagne natale. Enfin, la musicalité et la versatilité qui ont amené Estiévenart à être invité à jouer dans des projets les plus divers (du Al Orkesta de Joe Higham au quartet de Nathalie loriers en passant par le Jazz Station Big Band) s'affirment ici avec ampleur tandis que se confirment également ses talents d'auteur. Ecouter cet album de jazz polymorphe bourré d'émotion, d'idées et de connivence communicative est un vrai bonheur que je vous invite à partager.

[ Jean-Paul Estiévenart Website ] [ Wanted chez De Werf ] [ Wanted (CD) ]
[ A écouter : Am I crazy? ]

Collapse : Bal Folk (Igloo IGL 251), 2014
Steven Delannoye (sax ténor, sax soprano, clarinette basse); Jean-Paul Estiévenart (bugle, trompette); Yannick Peeters (contrebasse); Alain Deval (batterie)

Bal Folk (2:26) - Lente (4:41) - Lump (5:11) - Reboot (6:13) - Hopscotsch (3:46) - Do (5:48) - Crinkle (5:14) - Close And Hope (3:10) - Up The Hill (3:39) - Milk (4:30) - Film 09 (2:42)

Après un premier disque remarquable délivré en 2009, Collapse en sort un second dans un configuration similaire mais avec un line-up différent, ce qui n'est pas sans conséquence sur la musique: Lieven Van Pee a cédé sa contrebasse à Yannick Peeters tandis que le saxophoniste alto Cédric Favresse a été remplacé par Steven Delannoye qui joue du sax ténor et du soprano en plus de la clarinette, élargissant ainsi la palette sonore du quartet. Par ailleurs, les influences klezmer ou orientalisantes décelables sur le premier disque dans les compositions de Favresse ont disparu avec lui. Ce qui nous laisse avec une musique plus abstraite composée, pour la majorité des titres, par le batteur Alain Deval qui impose désormais davantage sa vision d'un jazz moderne et libre rappelant l'esprit avant-gardiste du label Impulse! dans les années 60. Mieux vaut donc prévenir les acheteurs potentiels : contrairement à ce que le titre de l'album peut laisser supposer, ils ne trouveront ici ni bal ni folk mais bien des thèmes angulaires et sophistiqués propices à d'infinies variations et improvisations contrastées. Pourtant, celui qui prendra le temps de s'y attarder trouvera dans cette musique sans piano bien des plaisirs raffinés.

Il faut ainsi écouter le post-bop de Lump, son unisson ténor-trompette impossible à mémoriser, ses impros décapantes, ses fluctuations de tempo et son solo de batterie nerveux avant la reprise du thème exécuté à toute pompe. Ou l'étrange Film 09 sur lequel clarinette basse et trompette installent une atmosphère contemplative évoquant l'arrêt d'un train en bout de quai et la fin d'un voyage. Ou encore Reboot et ses phrases de sax soprano qui s'enroulent sur elles-mêmes en d'étourdissantes volutes. Un autre grand moment est Close An Hope, qui est ce qui se rapproche le plus d'une ballade, transcendé par une trompette bouchée à la sonorité magnifique. Mais chaque composition mérite que l'on s'y attarde car ce jazz hautement exploratoire véhicule, au-dela de ses aspects techniques, des images émotionnelles qui comblent le fossé séparant une musique intellectuelle pour musiciens et le plaisir des simples mélomanes. Pour la seconde fois, Collapse a sorti un disque rare et exigeant, le genre de ceux qu'on attend avec impatience et qui, à chaque fois qu'on l'écoute, n'arrête pas de faire croître l'intérêt qu'on lui porte.

[ Collapse Website ] [ Bal Folk chez Igloo Records ] [ Collapse : Bal Folk (CD) ]
[ A écouter : Bal Folk album teaser - Do (version live au De Werf, 2012 ]

MuZiek de Singe : Fermé Le Lundi (Mognomusic), 2013
Gilles Kremer (guitares, scie); Martin Kersten (saxophones); Benoît Dumont (contrebasse); Martin Chemin (percussions); Maxime Tirtiaux (guitares, ukélé)

Poisson-Loup (4:19) - Hummus (5:34) - Sale Inuit (7:46) - Uthiopiques (6:17) - Manaïs (6:46) - Cheval de Trois et Demi portion (6:40) - Brindiai-Patras (4:55) - Poissons-Chou (4:33) - Hammam (6:25) - Gundelinde (6:01) - Valse à Poyette (4:13)

Ménagères, ménagères, profitez de notre passage: le poisson loup mange tout! Formidable morceau que cette histoire de brocanteur qui ouvre le second disque de Muziek De Singe. On y trouve un peu de tout: du manouche, du jazz cartoon genre Panthère Rose, de la musique de cirque ou de rue, des percussions arborescentes et une bonne dose d'humour dans une approche fantaisiste que n'aurait pas renié un Frank Zappa. Après cette mise en bouche particulièrement divertissante, on reste dans l'inédit avec des compositions hybrides qui ne se laissent pigeonner dans aucun style particulier, la plupart ayant un grain de folie qui les extraient du commun. On citera par exemple le "coucou" intégré dans le thème du mystérieux Brindisi Patras qui ressemble étrangement à une complainte pour un nid de fantômes; la section funk inattendue au beau milieu d'Uthiopiques; ou le sifflement nostalgique du Hollandais Geert Chatroux, invité sur Manaïs, qui évoque fugacement les plus belles bandes sonores de Sergio Leone; ou encore l'unisson ravageur entre sax baryton et guitare électrique sur Hammam.

L'ouverture de ces musiques et la précision avec laquelle elles sont interprétées sont stupéfiantes, le quintet ne se refusant aucun type d'évènement pour parvenir à ses fins. Il faut ainsi entendre Matthieu Chemin invité à mêler sa voix d'opérette aux instruments sur le finale d'un Hummus burlesque à souhait. Qu'on ne se méprenne pas toutefois, cette musique n'est ni parodique ni abstraite mais présente au contraire une grande accessibilité, offrant mélodies, émotions, exotisme, rêves et autres fruits chimériques à tous ceux qui voudront bien les cueillir. Le mixage et la prise de son sont enjôleurs, la sonorité restant toujours charnue même dans moments les plus excessifs. A une musique aussi plurielle gonflée à l'imagination la plus débridée, il fallait une pochette surréaliste en harmonie avec les titres bizarres des morceaux: elle a été confiée à Anne-Lise Martin qui a conçu un univers décalé, une sorte de zoo absurde où les poissons vont à bicyclette. Si vous recherchez quelque chose de spécial, optez pour cet album car, pour captivant qu'il soit, ce concentré de musique créative ne ressemble qu'à lui-même.

[ Muziek De Singe Website ]
[ A écouter : Poisson-loup - Manaïs (live au Théatre Molière, 19/10/2013 ]

Kim In The Middle : Open & Close (RailNote RN007), 2014
Kim Versteynen (chant); Arne Van Coillie (piano); Flor Van Leugenhaeghe (contrebasse); Luc Vanden Bosch (drums & percussions)

Intro (1:42) - Summertime (8:09) - A Short Goodbye (5:18) - As You Are (6:06) - Kind Of Grey (6:35) - Milk Wood Sky (6:19) - Minor Idea For A Walk (8:38) - Travessia (5:20) - A Mermaid's Tale (5:42) - Baby (5:35)

Le titre de l'album fait référence à la volonté des musiciens de s'ouvrir spirituellement et musicalement les uns aux autres et de favoriser ainsi leur rapprochement et leur interaction. Si c'était un des objectifs de Kim In The Middle, on peut raisonnablement écrire qu'il est atteint. Ainsi en témoigne la reprise du Summertime de Gershwin qui ouvre l'album après une courte improvisation libre. Car le traitement très personnel de ce standard éculé vous surprendra: on y entend en effet un groupe particulièrement soudé où la voix de Kim Versteynen, surtout quand elle improvise en scat, semble un instrument comme les autres. Son chant tout en retenue s'enroule en boucles tournant sur elles-mêmes avec grâce et légèreté, en totale osmose avec un trio qui groove gentiment. Le pianiste Arne Van Coillie est aussi à l'honneur, conduisant la musique de l'intérieur avec un jeu aéré qui ne bouscule jamais la chanteuse mais c'est bien la formation entière qu'il faut louer pour sa gestion intelligente de l'espace sonore. Ces qualités se retrouvent intactes dans les autres reprises de l'album qui incluent de bonnes versions de Travessia et de Baby, respectivement écrits par deux icônes "do Brazil", Milton Nascimento et Caetano Veloso, toutes deux interprétées en portugais avec une belle assurance. On notera aussi l'élégant thème de Milk Wood Sky, jadis chanté par Norma Winstone, sur lequel la voix veloutée fait des merveilles. Les compositions originales ne dénotent aucunement dans l'ensemble et l'on s'attardera seulement sur la superbe ballade Kind Of Grey, écrite en collaboration avec Tim Finouls (avec qui la chanteuse forme un duo qui remporta en 2013 le Concours Jeunes Talents des Leffe Jazz Nights de Dinant). Dans une ambiance "after hours", la voix souple et nuancée de Kim Versteynen donne de la profondeur aux paroles mélancoliques de cette chanson en demi-teinte. Sur quelques titres, Van Coillie passe au piano électrique, ce qui procure d'autres couleurs à une musique évoluant globalement dans un registre medium. Open & Close est un disque fluide et fort plaisant, parsemé de beaux moments d'échange, et qui mérite largement d'être écouté.

[ Kim Versteynen Website ] [ Kim In The Middle - 1st album, 2011 (CD & MP3) ]
[ A écouter : Making of the album Open & Close ]

Ivan Paduart : Alone # (Quetzal QZ 139), 2014
Ivan Paduart (piano)

1) Arvo (3:54) - 2) So (4:13) - 3) Renaissance (2:27) - 4) Arythmie (1:18) - 5) Forbiddden Love (1:36) - 6) Spring In Your Mind (1,23) - 7) Formentera (1:55) - 8) Never Say Never (1:52) - 9) Life As It Is (3:36) - 10) Zen (4:44) - 11) Quintessence (2:10) - 12) Childs (1:37) - 13) To Say Things (2:11) - 14) Véronique (3:24) - 15) Igor (4:30) - 16) Ignorance Infinie (1:58) - 17) Impro (1:58) - 18) If I Knew Then (1:58) - 19) Blue Landscapes (3:13) - 20) Solstice d'été (3:48) - 21) Slow Motion (1:58) - 22) Aigre Doux (1:24) - 23) You Must Believe In Spring (2:18) - 24) Bleeding Heart (1:15) - 25) Wait For Me (2:08) - 26) To My Parents (2:01)

Ce disque est une réédition, augmentée de trois titres, de l'album Alone enregistré au Portugal et en Belgique en 2003 et sorti confidentiellement sur Alone Blue Records en 2005. Dans la discographie fournie d'Ivan Paduart dans laquelle les configurations et les paysages sonores se conjuguent au pluriel, ce disque se distingue par le fait que le pianiste belge y pratique pour la première fois l'art difficile du solo. A part You Must Believe In Spring, le standard de Michel Legrand popularisé par Bill Evans, le répertoire ne comprend que des compositions originales dont certaines déjà enregistrées antérieurement dans d'autres contextes. C'est ainsi l'occasion de réentendre, dans des versions dépouillées, quelques unes des superbes mélodies, intitulées Arvo, Igor, Blue Landscapes et Formentera, qui ont émaillé la carrière récente de ce pianiste au toucher délicat. Les titres les plus accrocheurs sont aussi les plus développés quand Paduart prend le temps de s'étendre au-delà du thème. Sur So, Zen, Igor ou Solstice d'été, c'est ainsi un bonheur de l'écouter improviser avec légèreté sans jamais toutefois s'égarer trop loin dans l'abstraction, injectant dans ses chapelets de notes un lyrisme saturnien qui est devenu au fil du temps sa signature. Les notes cristallines du piano résonnent avec clarté tandis que les phrases s'enroulent dans une séduisante introspection magnifiquement préservée par la qualité de l'enregistrement. Parmi les 26 pièces du répertoire figurent quelques ébauches de compositions dont la durée est comprise entre une et deux minutes. Paduart y expose quelques nouveaux thèmes qui sonnent aujourd'hui comme des interludes mais qui feront peut-être demain l'objet de nouveaux développements. Les nostalgiques Spring In Your Time et Bleeding Heart, Arythmie, et Slow Motion sont ainsi de bons candidats pour de plus amples et futures explorations. Evidemment, on est tenté pour décrire cette musique de faire appel à l'univers habituel du piano jazz incluant Keith Jarrett, Bill Evans, voire Fred Hersh mais, pour légitimes et prestigieuses que soient les références à ces monstres sacrés, elles ne décrivent pas adéquatement le jeu de Paduart qui affirme ici un style personnel et reconnaissable, très imprégné aussi bien par la musique classique que par le monde de la chanson. A l'instar du nuage rose de la pochette (beaucoup plus réussie que celle de l'édition précédente), voici une musique paisible qui passe en invitant à la rêverie et à des voyages sans destination.

[ Alone chez Quetzal Records ] [ A écouter : Arvo - Forbidden Love ]

Sophie Tassignon & Peter Van Huffel / House of Mirrors : Act One (Wismart Records), 2014
Sophie Tassignon (voix); Peter Van Huffel (clarinette, saxophones alto & soprano); Julie Sassoon (piano); Miles Perkin (basse)

1) Old Stones (5:09) - The Tree (4:01) - 3) Labyrinth (4:50) - 4) This Is The Garden (5:41) - 5) Breaking Point (5:31) - 6) Mirror (9:28) - 7) Act One (6:32) - 8) Mute (3:57) - 9) Blätter I (4:23) - 10) Blätter II (5:06) - 11) Le Chant Des Oiseaux (4:00)

Les références sont aussi multiples qu'innombrables et aucune d'entre elles ne peut vous préparer à ce que vous allez entendre. Le mieux est donc d'entrer franchement dans ce disque par son première palier, le fascinant Old Stones: un prière païenne qui vous téléporte au royaume blême des fantômes et autres créatures immatérielles. La voix étourdissante de Sophie Tassignon égrène des sons sur lesquels vous mettrez vos propres paroles tandis que la clarinette du Canadien Peter Van Huffel offre un contrepoint à la voix en un jeu lyrique constamment renouvelé. The Tree qui vient ensuite est une autre histoire. De l'étrangeté des onomatopées d'une grande richesse timbrique et rythmique naît un discours obsessionnel qui renvoie à une musique avant-gardiste mais aussi à un cinéma fantastique peuplé de forêts jurassiques et de créatures imaginaires. Breaking Point renoue avec un jazz free qui exhale une splendide énergie collective où l'on remarque plus qu'ailleurs le jeu arborescent de la pianiste Julie Sassoon et celui hypnotique du bassiste Miles Perkin. Ensuite, c'est un piano méditatif qui ouvre un Mirror apaisant en dépit de ses innombrables brisures et tensions tandis que Tassignon délivre de vraies paroles à propos de sa solitude. A ce stade, on sait que l'on restera ici constamment à la limite entre jazz improvisé et musique expérimentale, et par extension à la frange de toute musique connue. Avant que le programme ne se referme, on aura encore beaucoup d'occasions de s'étonner, du solo de contrebasse sur Labyrinth aux bruitages vocaux malicieux de Mute, de la mélodie envoûtante de This Is The Garden au scat de Blätter dont le rythme est un poème sonore. Le répertoire se clôture par Le Chant Des Oiseaux, splendide ballade légère comme un nuage qui, par sa poésie étrange et ses accords célestes, parvient à installer une profonde nostalgie amplifiée par la pureté du chant. Voilà un disque qui transcende toutes les formes musicales connues au risque de déranger. Mais qui s'en plaindra quand on est ainsi transporté d'un morceau à l'autre dans des mondes intérieurs aussi versatiles qu'émotionnels? Sophie Tassignon et ses complices sont des magiciens et leur Maison des Miroirs est pleine de reflets. En y pénétrant à leurs risques et périls, beaucoup tomberont sous le charme et d'autres seront surpris, voire effrayés. Peut-être même que vous y perdrez vos repères ou davantage, qui sait ? Une chose est sûre toutefois: personne n'en ressortira indifférent !

[ Sophie Tassignon Website ]

Bert Joris & Tutu Puoane : Live At De Roma
(Challenge), 2013
Bert Joris (tp, arrangeur); Tutu Puoane (chant); Ewout Pierreux (piano); Nicolas Thys (contrebasse); Martijn Vink (dr) + Royal Flemish Philharmonic

1) Between us - 2) Mpho's Song - 3) Dreaming On And On - 4) Time's On Our Side - 5) Late September - 6) At least Not Alone - 7) Signs & Symphony

[ Commander chez De Werf ]

Pierre Anckaert / Tom Van Dyck 4-tet : Union Match
(September), 2013
Pierre Anckaert (piano, Fender Rhodes); Tom Van Dyck (ss); Hendrik Vanattenhoven (contrebasse); Mimi Verderame (dr)

1) Spanish Buzz - 2)On The Blueway - 3) Bright Lights - 4) Inarritu's Realism - 5) Union Match - 6) Blue velvet - 7) Broken symmetries - 8) Mignonette - 9) Slutstation

[ Pierre Anckaert / Tom Van Dyck 4-tet Website ]

Sal La Rocca : It Could Be The End
(Igloo IGL 230), 2012
Si le contrebassiste Sal La Rocca a participé à une liste interminable de disques, il n’ a en tout et pour tout enregistré sous son propre nom que deux albums : l’excellent Latinea, en quintet avec les guitaristes Peter Hertmans et Jacques Pirotton, édité par Igloo en 2003 et celui-ci. Mais si Latinea séduisait surtout par son approche mélodique et sophistiquée, ce dernier opus apparaît d’emblée plus aventureux, plus sombre aussi (ce qui expliquerait peut-être son titre franchement pessimiste : It Could Be The End) louchant parfois vers la fusion quand la guitare électrique du jeune Lorenzo Di Maio prend le dessus comme sur Insomnia. Mais cela reste quand même résolument jazz avec des textures acoustiques arborescentes sur lesquelles s’épanouissent les solistes. Et puis, on compte aussi dans le répertoire une ballade apaisée (Stand Point) qui met en évidence le jeu de contrebasse du leader. Sinon, la grande vedette de cet album est sans conteste le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart qui délivre au ténor un discours musclé à la sonorité pleine où l‘on retrouve en filigrane les influences de Coltrane (dont est repris le fameux Crescent) et celles, ardentes, de Charles Loyd. Ecoutez-le louvoyer tout du long sur Season Heat et vous constaterez par vous-même que la comparaison n’est pas forcée. Et puis, cerise sur le gâteau, il y a Pascal Mohy au piano ici beaucoup plus tendu et incisif que d’habitude, colorant par des myriades de notes les compositions de La Rocca. Et on peut même l’entendre groover au Fender Rhodes sur It Could Be The End, cassant ainsi l’image romantique qu’il avait imposée sur son propre album en trio. L’ambiance générale est celle d’un enregistrement « live » en studio : le son est organique et chaud avec des solistes qui jouent l’ouverture et prennent la tangente sur une rythmique très réactive où brille le batteur Hans Van Oosterhout fort demandé pour sa capacité à s’adapter à tous les styles de jazz. En proposant ainsi une musique originale et personnelle, plus ouverte que celle de son précédent opus mais en tout point cohérente et passionnante, Sal La Rocca a l’air de savoir où il va et avec qui. Espérons seulement qu’il ne faudra pas attendre neuf autres années avant qu‘il ne se décide à retourner en studio.

[Sal La Rocca sur MySpace ] [ It Could Be the End (MP3) ]

Eric Legnini Trio : Ballads
(Discograph), 2012
Le pianiste belge adepte des rythmes funky et de l’afro-jazz revient avec une production inattendue, du moins en termes de marketing : un disque de ballades où il expose son art du trio à travers la relecture de standards. En fait, ce disque, enregistré une année avant The Vox, n’est pas si surprenant et constitue en quelque sorte un retour aux sources puisqu’Eric Legnini avait commencé au début de sa carrière par enregistrer quelques beaux albums en trio (Natural Balance et Antraigues, à redécouvrir) sur lesquels on trouvait déjà, à côté de ses propres compositions, de forts belles interprétations de standards comme In Love In Vain de Jerôme Kern, My Shining Hour de Harold Arlen ou All Of You de Cole Porter. C’est le même principe qui est appliqué ici avec un répertoire qui combine un florilège de standards empruntés à Ellington (In A Sentimental Mood), Kern (Smoke Gets Into Your Eyes), Jimmy Van Heusen (Darn That Dream), Gershwin (I Can’t Get Started) ou Jobim (Portrait In Black And White « Zingaro ») à cinq partitions personnelles qui semblent autant d’extensions de ces belles et antiques mélodies. On ne saurait pourtant être tout à fait satisfait de cet album. Est-ce parce que l’oreille s’est trop habituée à entendre des myriades d’interprétations de ces chansons ancestrales ou parce les « nouveaux » thèmes sont aussi des reprises (Amarone, Trastevere, Nightfall), ou encore parce que la rythmique composée du contrebassiste Thomas Bramerie et du batteur Franck Agulhon se cantonne la plupart du temps dans un rôle d’accompagnement? Toujours est-il que si l’on écoute avec plaisir ce répertoire, il est difficile de se passionner réellement pour ces scénettes musicales jolies et concises mais parfois redondantes.

[ Ballads ]

Charles Loos : Three Times Twenty
(Mogno Music J045), 2011
Pour fêter ses 40 années de carrière, le pianiste Charles Loos a eu la bonne idée de revisiter son parcours et de rassembler sur un nouveau disque des démos, des compositions laissées pour compte ou des enregistrements de concerts restés dans les tiroirs, soit douze pièces musicales inédites glanées sur une période allant de 2006 à 2011. La première conséquence est un album aux climats variés allant de la musique de chambre avec cordes (Avant Un Rêve qui bénéficie d‘un superbe solo lyrique de saxophone alto par Steve Houben) au jazz mainstream et swinguant de L.A. Jazz joué live en trio avec l’excellent batteur Mimi Verderame et la bassiste Sud-Africaine Chantal Willie (Zap Mama) en passant par un duo magnifique avec le pianiste et compositeur d’origine brésilienne Weber Iago (Choro Para A). L’autre conséquence est que l’on retrouve au gré des plages les musiciens avec qui Charles Loos a partagé ses émois au fil de sa longue carrière. C’est ainsi l’occasion d’entendre quelques solos mémorables comme celui de Fabrice Alleman dont le saxophone soprano virevolte avec agilité sur Eau Pétillante ou ceux, concis mais pleins de soul, du tandem Richard Rousselet (trompette) / André Donni (sax ténor) sur Danse Danse. Aucune hétérogénéité dans ce répertoire pourtant conçu comme une compilation : l’ensemble reste cohérent grâce au talent de conteur de Charles Loos dont les compositions, nourries par la tradition, teintées de folk et de classique et pétries de tendresse et d’optimisme, restent inimitables dans le paysage du jazz européen moderne. Three Times Twenty procure non seulement du plaisir mais il offre aussi une photographie captivante de la discographie plurielle de Charles Loos sur laquelle on a, du coup, bien envie de se pencher à nouveau.

[ Three Times Twenty sur Mogno Records ]

International Trio : Donkere Golven
(WERF 095), 2011
Joachim Badenhorst (clarinette, sax ténor); Steve Swell (trombone); Ziv Ravitz (drums)

1) Delirious Walk - 2) Donkere Golven - 3) Qara - 4) Angry Mountain - 5) Monkey Tak - 6) Tak Tak - 7) Bugs In A Box - 8) Texture#3 - 9) Evolution - 10) Different Grades Of Decay - 11) Wind On My Porch

[ Commander chez De Werf ]

Rony Verbiest : Time Of The Doves
(Prova PR 1105-CD17), 2011
Rony Verbiest (Bandonéon); Hans Van Oost (guitare); Mario Vermandel (contrebasse); Luc Vanden Bosch (drums)

1) Antony - 2) Bolero Di Quimet - 3) Parkkaffe - 4) Tango 1 - 5) Vinto - 6) La Plaça Del Diamant - 7) Senora Natalia - 8) Antwerp Tango (Tango 3) - 9) Bando - 10) Colometa

[ Prova Records ]
ArneTrio : Treasures From The Trash
(Autoproduction), 2014
Arne Van Dongen (contrebasse, compositeur); Florejan Verschueren (piano); Bert Cools (gt)

1) For The So-Called Murderer - 2) For The Mother Bird - 3) Ezmose - 4) Petit Hameau - 5) Wolf - 6) Polska Ouarzazate - 7) Onderwater - 8) Joanna's Harbor - 9) Overzee - 10) Pas Du Tout Son Genre - 11) Rip Max - 12) 38 Témoins - 13 All White Part One - 14) All White

[ Arne Van Dongen Website ]

Big Noise : New Orleans Function
(Igloo IGL248), 2013
Raphaël D'Agostino (Chant, Trompette, Cornet); Johan Dupont (piano); Max Malkomes (contrebasse); Laurent Vigneron (dr)

1) Mardi Gras In New Orleans - 2)Tootie Ma Is A Big Fine Thing - 3) Black Bottom Stomp - 4) My Indian Red Intro - 5) My Indian Red - 6) When The Saints Go Marching In - 7) Hotter Than That - 8) New Orleans Function - 9)Saint James Infirmary - 10) Egyptian Fantasy - 11) Struttin' With Some Barbecue - 12) Savoy Blues - 13) I'll Fly Away

[ Big Noise chez Igloo Records ]

Leroux - Landfermann - Burgwinkel
(WERF 104), 2012
Le guitariste flamand Frederik Leroux et ses deux complices allemands de longue date, le contrebassiste Robert Landfermann et le batteur Jonas Burgwinkel, explorent dans ce nouveau disque sans nom une musique vague et difficile à décrire. Ce sont en fait des paysages sonores aux contours peu définis qui se déploient dans nos oreilles plutôt que des compositions précises et, en ce sens, les titres des première et dernière plages, Unresolved et Adrift, conviennent bien pour préciser les enjeux : une « dérive irrésolue » dans un territoire onirique abstrait où la part de cinématique n’est sûrement pas absente. Minimalisme et ambiances atmosphériques sont au rendez-vous ainsi que des parties free improvisées qui se succèdent à priori sans schéma formel prédéfini (Stumble). Dans ces entrelacs de sonorités étranges, la batterie est bien souvent le fil rouge auquel on se raccroche quand on est perdu, un fil solide tant la frappe de Burgwinkel est exemplaire de dynamisme et d’aisance dans un tel milieu déstructuré (Ample, Ambitransitive). Quand la musique devient plus ordonnée, comme dans Morb, les compétences individuelles et leur interaction en trio sont mieux mises en relief même si la musique reste toujours en dehors des codes habituels du jazz. Two fait penser aux expériences menées jadis par Gilbert Isbin sur des guitares acoustiques préparées tandis qu’Adrift conclut le répertoire par une errance dans les méandres sombres et mystérieux d’un tableau surréaliste. Intéressant dans le genre « musique pour film imaginaire » mais à l’autre bout du spectre du Sound Tracks accessible et ensoleillé du Yves Peeters Group dont fait également partie Frederik Leroux.

[ Leroux / Landfermann / Burgwinkel (MP3) ]

Igor Gehenot Trio : Road Story
(Igloo 232), 2012
Ce Liégeois de 23 ans a déjà une petite carrière derrière lui : il a gagné le premier prix du concours jeunes talents du Festival de Comblain avec le Metropolitan Quartet en 2009 et a été lauréat 2011 du Sabam jeunesses musicales Jazz Awards "Jeune Talent". De plus, Igor Gehenot a joué régulièrement en trio au Sounds Jazz Club l’année dernière. Road Story est son premier disque et il explique quelque part l’engouement que sa musique provoque chez ceux qui sont allés l’écouter sur scène. C’est que ses compositions envoûtantes racontent quelque chose. Le pianiste vous emmène en « promenade » (c’est le titre de la première plage) et tel un guide appliqué, il ne vous lâche plus jusqu’au terme de la visite. La plupart des dix titres de l’album ont des tempos lents et des nuances subtiles évoquant la pluie, un temps gris ou des ciels plombés à l’instar de la photo de la pochette. Ce sont d’ailleurs les mêmes métaphores climatiques que l’on retrouve dans la très belle vidéo en noir et blanc présentant le morceau Lena sur YouTube. Il est facile alors d’évoquer l’univers du label ECM, l’esthétique du Marcin Wasilewski Trio ou le lyrisme d’un Tord Gustafsen, et par moment, c’est sans doute la meilleure référence que l’on puisse donner. Mais si la musique est lente, elle n’en est pas pour autant minimaliste ou glacée. Au contraire, ce sont des phrases luxuriantes qui s’échappent du piano, des notes enchanteresses qui captivent l’auditeur. Et quand, au beau milieu de ces pièces poétiques déroulées avec aisance, la cadence s’accélère soudain pour un Mister Moogoo un peu inattendu, on sait déjà qu’Igor Gehenot a les moyens de convaincre. Accompagné par Sam Gerstmans (autre Liégeois contrebassiste du Greg Houben trio) et Teun Verbruggen (batteur du Jef Neve Trio), le pianiste, qui n’est encore qu’une jeune pousse, étonne déjà par un art de la retenue qui dissimule probablement une abondance de moyens. Gageons qu’on en saura plus dans peu de temps.

[ Road Story (CD & MP3) ]

Greg Houben Quartet Meets Pierrick Pédron
(Plus Loin Music), 2010
Sur son disque précédent, How Deep Is The Ocean (Igloo, 2009), Greg Houben jouait et chantait comme Chet Baker dans un style tellement maîtrisé qu’il a fait tout de suite l’unanimité. Sur cet album, le trompettiste affiche une personnalité plus affirmée que l’on ne peut plus désormais rattacher à un nom en particulier. Malgré tout, si l’on excepte le boppisant Funnel Cloud, les morceaux qui sont tous en tempo lent ou moyen rappellent quand même les ambiances des albums de Miles Davis dans les années 50, surtout quand Houben joue avec une sourdine comme sur Mademoiselle Croissant. Et puis, il s’est associé avec un sacré souffleur nommé Pierrick Pédron. Le saxophoniste breton était de passage à Liège en 2009 pour le grand festival de jazz et c’est dans la cité ardente « after hours » qu’Houben et lui ont fait connaissance, ce qui les a conduit naturellement à enregistrer ensemble cet album. Si le trompettiste belge a oublié Chet pour souffler dans la sphère davisienne, Pédron lui joue avec un allant et une flamme qui évoquent tout de suite le grand Cannonball Adderley. L’alchimie est donc parfaite entre les deux hommes dont l’interaction rappellera la magie d’un célèbre quintet de 1958. Le contrebassiste vétéran Sal La Rocca, efficace mais discret, est ici associé au batteur américain Rick Hollander dont la réputation n’est plus à faire et, cerise sur le gâteau, le piano est aux mains du jeune et talentueux Pascal Mohy qui, en plus de délivrer quelques beaux chorus, participe aussi à l’écriture des thèmes. Certes, rien de neuf n’émerge de cette association franco-belge mais franchement, qui s’en soucie quand la musique est tellement bonne qu’elle fait vibrer. Notons en passant la belle pochette monochrome à l’ancienne qui aurait pu porter le sigle du label Prestige : on y voit les deux solistes se serrer la main devant des voies de chemin de fer qui se croisent comme des destins.

[ Steve Houben Meets Pierrick Pedron ]
[ A écouter : Mademoiselle Croissant enregistré le 30/10/2010 au Duc Des Lombards ]

Tuur Florizoone : MixTuur
(WERF 096), 2011
Tuur Florizoone (accordéon); Tutu Puoane (vocal); Aly Keita (balafon); Laurent Blondiau (trompette); Michel Massot (tuba, trombone); Nicolas Thys (contrebasse); Chris Joris (percussions); Marine Horbaczewski (violoncelle); Wendlavim Zabsonre (drums); Nabindibo (choeurs polyphoniques congolais)

1) Kwa Heri - 2) Once You Go Black You Never Come Back - 3) Queskia - 4) Las Tres Brujas - 5) Je m'en fous (je ments) - 6) Change - 7) Hunt - 8) Mulume

[ Commander chez De Werf ]

The Jazz Station Big Band
(Igloo IGL 226), 2011
Stéphane Mercier (sax alto, Flûte); Daniel Stokart (sax alto, sax soprano, flûtes); Fred Delplancq (sax ténor); Vincent Brijs (sax baryton) Michel Paré (trompette, bugle, Chef d'orchestre); Jean-Pol Steffens (trompette, bugle); Jean-Paul Estiévenart (trompette, bugle); Gilles Repond (trombone); David De Vrieze (trombone); Bart De Lausnay (trombone basse); François Decamps (guitare); Vincent Bruyninckx (piano); Piet Verbist (contrebasse); Herman Pardon (drums)

1) Friday - 2) After The First Step - 3) Some Sunshine Again - 4) Alejandra - 5) 7 Over Rock - 6) Go On Now - 7) Please Walk Out Of My Head - 8) Let's Keep It Cool - 9) Talisman - 10) Feelin' Free

[ The Jazz Station Big Band sur Igloo Records ]



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