Compacts de Jazz Belge :
Les Nouveautés

Tali Toke (homerecords), 2014
François Lourtie (compositeur, sax soprano, sax basse); Jonathan De Neck (accordéon); Jérôme Klein (drums); Benoît Leseure (violon); Benjamin Sauzereau (guitare)

Etan Sul (4:59) - Sélim (5:46) - Le chant du toké (6:12) - Donzelle (1:43) - Pas sûr (7:00) - Olinaphte (4:50) - Désuet (9:00) - 'Ti Lou (1:50) - Chérie d'A (5:18) - Dans les petites choses (5:36) - ‘Ti Loukidou (7:43)

Le label Homerecords.be s'est fait une spécialité de ces groupes surgis de nulle part (If Trio, Diab Quintet, PiWiZ trio…) qui jouent des musiques protéiformes émargeant à plusieurs styles (du classique au folk en passant par la variété et le jazz) et qui suscitent la curiosité par la qualité de premiers albums inclassables. Tel est Tali Toke, un quintet international (Belgique, Luxembourg et France) qui joue les compositions originales du saxophoniste François Lourtie déjà remarqué pour ses participations à des projets divers comme le quartet Cruz Control ou le fabuleux groupe de jazz-rock The Wrong Object (sur lequel on reviendra bientôt dans les pages prog de ce site).

Le premier titre, Etan Sul, confirme que Tali Toke cultive son art hors des sentiers battus. Certes au début, les bribes d'un folklore hybride rôdent un peu à cause de l'accordéon diatonique de Jonathan De Neck et du violon de Benoît Leseure mais la musique s'enfuit rapidement vers d'autres styles aux angles différents. La composition connaît ainsi plusieurs ruptures et, après une minute, voici qu'on arpente soudain un univers féérique installé par le phrasé fluide et évanescent d'une guitare qu'on dirait jouée par John Abercrombie. Un peu avant la troisième minute, une nouvelle mutation s'annonce par quelques dissonances avant que ne s'installe un jazz de chambre qui emprunte son vocabulaire aux musiques improvisées européennes. La démarche est sophistiquée et ambitieuse mais on est conquis par la dynamique, les interactions et la variété de ce qu'il faut bien considérer comme un coup de maître. Ce qui vient après reste enthousiasmant, certains morceaux tirant davantage vers un folklore imaginaire comme Le Chant Du Toke avec ses percussions exotiques sur lesquelles s'envolent successivement l'accordéon et un violon au lyrisme quasi-balkanique, d'autres vers le jazz avec de grands espaces réservés à l'improvisation (citons entre autre le superbe solo de saxophone soprano sur Pas Sûr), sans oublier ici et là un certain goût pour l'abstraction comme sur Olinaphte ou sur le cinématique Chérie d'A avec ses structures mouvantes aussi expressives qu'intimistes.

En fait, l'intrication des genres pratiquée par Tali Toké est tellement profonde que sa musique atypique en devient universelle. Il ne suffit pas de larguer les amarres et de faire valser les étiquettes pour convaincre mais dans ce cas, on n'est pas loin d'un de ces petits chefs d'œuvre inclassables et gorgés de nuances qui laissent pointer l'héritage des grandes rencontres polychromes organisées jadis par le label visionnaire ECM.

[ Tali Toké sur Bandcamp ] [ Tali Toké website ] [ Le label Homerecords ] [ Tali Toke (CD & MP3) ]
[ A écouter : Tali Toké (présentation de l'album) ]

Lg Jazz Collective : New Feel (Igloo IGL258), 2014
Guillaume Vierset (arrangements, compositeur, guitare); Laurent Barbier (sax alto); Steven Delannoye (clarinette, saxophone soprano, saxophone tenor); Jean-Paul Estiévenart (bugle, trompette); Igor Gehenot (piano); Félix Zurstrassen (basse électrique, contrebasse); Antoine Pierre (drums)

Grace Moment (6:51) - New Feel (6:12) - Move (5:42) - Dolce Divertimento (7:05) - A (6:57) - Nick D (4:20) - Toscane (6:49) - Carmignano (4:14) - The End Is Always Sad (5:54) - Positive Mind (7:36)

Spécialement créé comme un "one shot" pour l'édition 2012 du Festival de Liège, ce projet ne s'est pas résolu à disparaître comme prévu après l'évènement. L'accueil qui lui a été réservé ainsi qu'une distinction aux Leffe Jazz Nights de Dinant en 2012 ont en effet convaincu le guitariste et leader Guillaume Vierset de prolonger l'expérience sur scène et d'enregistrer dans la foulée un album chez Igloo. Dans la musique populaire, une telle réunion d'artistes, déjà célèbres pour leurs prestations en solo, est appelée super-groupe et c'est bien ainsi qu'il faut désigner cette formation qui, à l'instar du SF Jazz Collectif de San Francisco, est une accrétion de stars locales tous plus brillantes les unes que les autres sur leurs instruments respectifs.

Alors que l'idée initiale était d'interpréter les morceaux de compositeurs liégeois, ce disque ouvre le répertoire d'une part à des artistes qui ne sont pas de la Cité ardente et d'autre part à des compositions originales. New Feel donne le ton : la balance au sein du septet est parfaite et ça tourne rond. La musique est dense comme celle d'un petit "big band" tandis que vers la troisième minute, elle s'aère soudain telle une éclaircie imprévue par temps d'orage. C'est alors le moment de beaux échanges entre saxophone et guitare électrique avant le retour du thème et une fin orchestrale. Plus doux et accessible apparaît Grace Moment avec un arrangement gracieux qui procure une sensation de facilité. Les échanges entre les musiciens sont dynamiques et naturels tandis que la rythmique composée d'Antoine Pierre à la batterie et de Félix Zurstrassen à la basse fait preuve de rondeur et d'empathie. Typique des guitares Gibson électriques semi-creuses, le son de Guillaume Vierset est à la fois chaleureux et puissant tandis que son phrasé fluide émerge des cuivres pour arrondir les angles et y faire entrer la lumière.

Restant malgré tout fidèle au concept qui l'a fait naître, le collectif rend hommage à quelques compositeurs belges vivants qui ont déjà marqué de leur empreinte la scène jazz internationale. Philippe Catherine bien sûr avec un magnifique Toscane qui évoque la verdure et le soleil, évidemment propice à une superbe partie nostalgique de six-cordes. Ou le très impressionniste Dolce Divertimento d'Alain Pierre, entre néo-classique et folklore, qui bénéficie ici d'un arrangement miroitant de multiples nuances et couleurs. Ou encore "A" de Lionel Beuvens qui permet à chacun de swinguer et d'afficher plus ouvertement leur furia créative comme, entre autre, Félix Zurstrassen sur sa basse ou Jean-Paul Estiévenart ultra speedé sur sa trompette. Quant à Carmignano, tous ceux qui connaissent Eric Legnini retrouveront ici le style sournoisement funky du compositeur de Black President : la section de cuivres pulse avec une classe folle sans faire regretter la formidable version originale de l'Afro Jazz Beat.

En bref, New Feel est un album de jazz moderne et varié dont les arrangements sophistiqués, les mélodies attachantes et les interprétations toniques mettent en exergue la passion et la vivacité de la génération montante des jazzmen belges.

[ New Feel sur Igloo Records ] [ New Feel (CD & MP3) ]
[ A écouter : Dolce Divertimento (extrait) - Positive Mind (extrait) - New Feel : Trailer New Album 2014 ]

Frank Deruytter Quartet: Moon Of Ensor (Prova Records), 2014
Frank Deruytter (saxophone ténor); Eric Legnini (piano); Bart De Nolf (contrebasse); Peter Erskine (drums)

Battle And Shame (5:23) - Left, Right? (5:08) - Lizzy's Dream (6:23) - Podgy Pooch (6:19) - Atomium Song (8:45) - Word To Babelina (8:24) - Moon Of Ensor (6:18) - Bling Bling Blues (7:30) - Orgy Of Sadness (4:22)

Il y a un an, le premier album sans nom du Frank Deruytter Quartet imposait un style de jazz précis et mordant sur lequel planait entre autre l'esprit bienveillant de Michael Brecker (lire la chronique ici). Pour ce second opus, le saxophoniste a réuni la même fine équipe bien décidée à défendre les neuf nouvelles compositions du leader. Au plan rythmique, le tandem Bart De Nolf / Peter Erskine tourne à plein régime, le batteur américain assurant une frappe discrète mais inventive dont la sophistication n'a d'égale que la rigueur de son découpage, deux qualités qui ont fait de lui l'un des musiciens de session les plus recherchés des Etats-Unis. Fort bien enregistré au studio Synsound (Bruxelles) par Dan Lacksman, le son du ténor est magnifique. Et c'est sur les lentes ballades en particulier, comme Lizzy's Dream et Orgy Of Sadness, que le timbre séduit le plus, accentuant le pouvoir émotionnel des notes mélancoliques.

Ailleurs, le quartet groove gentiment sur un Podgy Pooch plein de sève au coeur duquel le pianiste Eric Legnini déroule un solo félin nourri de soul. C'est le même genre d'atmosphère que l'on retrouve sur un Word To Babelina cinématographique, bourré de suspense, de zones sombres, de séduction trouble et de vérités non dites. Quant à Left Right?, c'est un combustible à haut indice d'octane qui permet aux musiciens de swinguer à tout va. Globalement, le répertoire se cantonne à un post bop moderne et organique, alternant les tempos et les humeurs mais avec une fixation sur les belles mélodies et les impros généralement développées avec retenue. Ce qui n'empêche pas Deruytter de se fendre de quelques fulgurances post coltraniennes, certes fluides et contrôlées mais bien réelles, comme sur Atomium Song ou sur Bling Bling Blues par exemple. Mais ces éclats tempétueux ne détruisent en rien le climat de ce disque qui privilégie l'esthétique d'un jazz souple, clair, nuancé et terriblement raffiné. En plus, ce quartet a désormais un vrai son de groupe parfaitement équilibré et on sent bien que chaque musicien s'y trouve à l'aise comme en famille. C'est sans doute en partie pour ça qu'il s'en dégage une sérénité et un charme subtil que les nombreuses écoutes successives ne parviennent pas à entamer.

[ Prova Records ] [ Moon of Ensor (CD & MP3) ]
[ A écouter : Podgy Pooch - Left Right? ]

Michel Bisceglia Trio : Singularity / My Ideal (Prova Records), 2014


Michel Bisceglia (piano); Werner Lauscher (basse); Marc Léhan (drums)

Singularity (CD 1) : Puccini (7:58) - Meaning Of The Blues (8:00) - Jasmine (4:49) - Lonely Woman (5:59) - Choosing (4:12) - Singularity (6:44) - Augmented Tree (6:20) - Don't Explain (7:14) - Passion Theme (5:27)
My Ideal (CD 1) : My Ideal (6:24) - The Epic (7:24) - Out To Sea (4:59) - Red Eye (5:48) - Paisellu Miu (4:43) - A Whiter Shade of Pale (5:19) - N' Siata (5:27)

Le trio de Michel Bisceglia existe depuis 1997 et, s'il n'a enregistré que cinq albums à ce jour, il a par contre beaucoup voyagé, se produisant sur la scène de festivals internationaux en Asie, aux Etats-Unis et en Europe. Si About Stories, leur premier opus avec le trompettiste Randy Brecker et le saxophoniste Bob Mintzer en invités, recelait déjà une envoûtante beauté (relire la chronique ici), Singularity s'en démarque par un saut évolutif, la musique gagnant en souplesse et en légèreté sans doute en relation avec l'osmose croissante entre les trois musiciens. On s'en convaincra en écoutant les deux standards du répertoire. D'abord Meaning Of The Blues, dont le trio de Keith Jarrett donna jadis une version inoubliable (Standards, Vol. 1), ici interprété avec un souffle capable de troubler l'atmosphère feutrée de cette composition éternelle. Don't Explain ensuite qui tout en invoquant les mots amers chantés par Billie Holiday existe surtout par son improvisation nuancée et délicate, totalement en phase avec la morosité de son thème (la chanson fut écrite par Lady Day après avoir découvert l'infidélité de son mari).

La surprise réside toutefois dans les sept compositions originales qui sonnent comme de nouveaux standards et paraissent déjà familiers après une écoute seulement. Sur le véloce Choosing, le trio semble galvanisé alors que le pianiste, flanqué d'une rythmique ancrée dans le tempo, brode sur la mélodie en lâchant avec une belle vigueur des chapelets de notes qui font monter la pression. Au contraire, sur Augmented Tree et sur Passion Theme, les doigts du pianiste se font tendres et enchanteurs, démontrant un sens aigu de la forme qui renvoie à Bill Evans et, à travers lui, à la musique classique dont le leader est bien familier. Avec sa rythmique binaire et sa mélodie attachante, Jasmine raconte une histoire simple et s'avère particulièrement facile à suivre. Quant au titre éponyme décliné en tempo medium, c'est l'un des sommets de cet album: ici, chaque mesure est un moment d'émerveillement qui traduit, selon une analogie avec la singularité technologique, le sentiment d'une mystérieuse interaction réciproque entre la musique et son interprète.

L'ambiance du studio était tellement positive ce jour là que le trio poursuivit sur sa lancée en réenregistrant d'anciens morceaux de leur répertoire qui montrent de nouvelles nuances. Ces titres ont été regroupés sur un compact intitulé My Ideal offert en bonus. On appréciera ainsi en particulier de réécouter The Epic et Red Eye (extraits de About Stories, 1977), la ballade N'Siata (Second Breath, 2003), ainsi que le célèbre A Whiter Shade Of Pale de Procol Harum (interprété à l'origine par un autre trio nommé Cattleya auquel participait aussi Bisceglia) dans des versions différentes qui témoignent du chemin parcouru par une formation qui a su tirer tous les bénéfices artistiques de sa longévité. Recommandé !

[ Prova Records ] [ Singularity (CD & MP3) ] [ About Stories (CD & MP3) ]
[ A écouter : Singularity - Choosing - Don't Explain - Jasmine ]

Nicolas Kummert Voices : Liberté (Prova Records), 2014
Nicolas Kummert (sax, vocals, talkbox); Hervé Samb (guitare); Alexi Tuomarila (piano); Nicolas Thys (contrebasse); Jens Bouttery (drums)

Intro Stand Up Today (1:23) - Stand Up Today (For Trayvon Martin) (7:51) - Paseo De Los Tristes (6:14) - Liberté (6:32) - Strange Fruit (4:13) - This Is My Rhythm (7:17) - Skylark (6:14) - Isaac (8:06) - You've Changed (5:10) - Willow Song (8:02)

Liberté est le second compact du projet "Voices" de Nicolas Kummert. Sorti en 2010 chez Prova Records, One faisait déjà la part belle aux voix, au groove, à la poésie gentiment révolutionnaire et aux influences africaines concrétisées entre autre par la reprise d'une chanson de Salif Keita (Folon). Des choix artistiques plus ou moins conservés dans cet excellent Liberté qui révèle toutefois une protestation et un engagement plus aigus en phase avec la musique.

Dans le magnifique Stand Up Today, le texte évoque l'affaire Trayvon Martin (c'est son portait réalisé par Madeleine Tirtiaux qui illustre la pochette), tué par balle en février 2012 sans raison apparente par un gardien de sécurité. La remise en liberté de ce dernier, jugé non coupable, entraîna une vague d'indignation aux États-Unis. Et voici que le jazz retrouve soudain une dimension sociale, voire idéologique. En perdant sa neutralité, il redevient motivé et contestataire en délivrant un message libertaire et antiraciste qui, sur le fond, n'est pas très différent de celui véhiculé par le mouvement free des 60's. Le saxophone ténor à la sonorité ample n'est d'ailleurs pas sans évoquer, la radicalisation en moins, le feu intérieur d'un Pharoah Sanders ou d'un Gato Barbieri au temps d'Impulse. On retrouve cette ambiance réfractaire sur l'instrumental Liberté et sur Strange Fruit dont le texte effroyable est déclamé à travers une talkbox, ce qui lui donne une dimension angoissante comme si ces mots terribles nous parvenaient d'outre-tombe.

Plus introspectif, This Is My Rhythm (please don't rush me …) se décline sur un tempo alangui concocté par le guitariste sénégalais Hervé Samb, qui joua autrefois avec Pierre Van Dormael (Solos Duos, 2009), en osmose avec le piano du Finlandais Alexi Tuomarila. Dans la même veine intimiste se situe le standard Skylark sur lequel le leader alterne saxophone et chant dans une ambiance feutrée marquée par un solo délectable de Tuomarila. Isaac est pas contre un instrumental avec chœurs propulsé par une rythmique euphorique sur laquelle le saxophoniste et le pianiste laissent parler leur fougue avec une éloquence jubilatoire révélatrice de leurs talents respectifs. Le répertoire prend fin sur Willow Song, un traditionnel anglais du XVIème siècle chanté sur un accompagnement déstructuré qui, par sa mélancolie, ses contours vaporeux et son étrangeté, me rappelle un thème écrit jadis pour Twin Peaks-Fire Walk With Me.

Voici donc Liberté, un album exigeant qui offre des notes et des mots composant un programme à la fois riche, accessible et original. Soit une heure de musique savoureuse alternant effervescence et lyrisme qui nécessitera de multiples écoutes pour en épuiser tous les moments de bonheur.

[ Nicolas Kummert Voices : One (1er album - CD & MP3) ] [ Nicolas Kummert Voices : Liberté (CD & MP3) ]
[ A écouter : Stand Up Today - This Is My Rhythm - Strange Fruit ]

Alex Beaurain Quintet : Sentiments d'un Clown (Mogno J049), 2013
Alex Beaurain (guitare, compositeur); Erik Bogaerts (sax); Eve Beuvens (piano); Olivier Stalon (basses, voix); Toon Van Dionant (batterie)

Conte Des Dunes (5:46) - Lapin Vicieux (5:45) - La Rape Et Le Clou (9:47) - Histoire D'images (5:47) - Un Nom Pour Chaque Chose (4:26) - Supplice (8:40) - Bonjour À Neptune (6:33) - La Falaise (6:53) - Exploration (6:26)

Cristallisé en 2011 autour d'Alex Beaurain, guitariste français installé à Bruxelles, ce quintet a beaucoup travaillé et joué en concert avant d'enregistrer ce premier compact en juillet 2013 pour Mogno Records. Et ça s'entend même si, à priori, la formation a entretemps changé de saxophoniste, Erik Bogaerts prenant en effet la place de l'Autrichien Gregor Siedl. Le premier titre, Conte Des Dunes, démarre sur une belle mélodie exposée à l'unisson par les deux solistes avant de laisser la place à une improvisation réjouissante du leader. La guitare tranchante et saturée, qui ne dédaigne pas les pédales d'effet, donne une ambiance fusionnelle à la musique qu'on ne retrouvera plus guère dans la suite de l'album tandis que le tandem composé du batteur Toon Van Dionant (batterie) et du bassiste Olivier Stalon assure un groove nerveux et obsédant. Ca démarre bien !

Lapin Vicieux est une composition malicieuse comme son titre avec un thème aussi espiègle qu'une musique de film de François de Roubaix. Eve Beuvens y prend son premier solo de piano, marqué par un toucher souple et délicat, avant de céder la place à Stalon qui fait ronfler sa basse électrique. Composition épique de dix minutes, la Râpe Et Le Clou permet à chacun de briller un peu mais c'est Erik Bogaerts qui est le maître de forge avec un solo de sax fort bien construit, montant lentement en puissance jusqu'à lâcher des cris comme des projectiles avant d'être relayé par le piano parfait de Beuvens. Un Nom Pour Chaque Chose permet encore à Erik Bogaerts de s'étendre, au soprano cette fois, dans un style fluide et lyrique familier de celui de Ben Sluijs dans sa période romantique. Sur Supplice comme sur La Falaise, le guitariste fait preuve d'une grande sureté mélodique dans des improvisations chantantes sur lesquelles planent l'esprit du grand Philip Catherine (inévitable, cher Alex, quand on vit en Belgique!).

Le répertoire comprend aussi deux ballades (Histoire D'images et Bonjour A Neptune) aux tempos très ralentis et aux accords à extinction lente. Enfin, le disque se termine sur un autre grand moment : Exploration, transcendé tout du long par le saxophone inspiré de Bogaerts qui tournoie sur des draperies soyeuses de sonorités intimes déployées en totale osmose par le guitariste et la pianiste. Fort bien produit et emballé dans une chouette pochette dont les photographies ont été prises par Alex Beaurain, Sentiments d'un Clown constitue une bien belle carte de visite pour ce jeune quintette exigeant qu'on ne manquera pas de suivre en concert. Applaudissement !

[ Sentiments d'un Clown (MP3) ] [ Sentiments d'un Clown sur Mogno Records ]
[ A écouter : Supplice (live à Jazz Station, 26/01/13) - Lapin Vicieux (live à Jazz Station, 26/01/13) ]

TAB : Himéros (Mogno j051), 2014
Alex Beaurain (guitares); Frédéric Becker (saxophones / bansuri); Frédéric Malempré (percussions)

M. Duane (8:07) - Les tourments de Phalaenopsis (6:56) - Instant (6:00) - Mlle Palmer (5:56) - La Râpe et le Clou (7:51) - Punctum (5:37) - Himéros (6:32) - L’Inconnu des 3 (4:45) - Rouge Soie (4:43)

M. Duane, qui ouvre ce recueil, est emblématique de la musique de TAB: un jazz de chambre au lyrisme profond qui fait la part belle à des improvisations dessinées par l'écriture et colorées par la fusion souvent inédite des timbres représentés. Car au fil des plages, ce sont souvent des alliages inattendus qui s'offrent à nous: saxophones ou bansuri, guitares, udu, tapan, cymbales et autres éléments percussifs divers sans batterie classique s'animent en un jeu collectif original dont les arrangements ont été pensés avec minutie. Ecoutez par exemple le bucolique Instant avec son bansuri troublant planant au-dessus des percussions et ce passage de guitare quasi-classique tout en délicatesse primesautière; ou la ritournelle lascive du titre éponyme dont l'exquise délicatesse invite à la flânerie; ou encore La Râpe et le Clou, illuminé par d'incroyables sons étouffés de gong comme on en entend dans les monastères indiens ou tibétains. Quelle musicalité, quel raffinement, et quelle sophistication aussi dans ces petites saynètes ciselées avec amour. Ce disque révèle par ailleurs une connivence quasi miraculeuse entre le guitariste français Alex Beaurain, le saxophoniste Frédéric Becker, et le percussionniste Frédéric Malempré, trois musiciens aux oreilles grandes ouvertes et aux passions multiples qui sont ici parvenus à trouver une unité de ton au charme indéniable. Pendant près d'une heure, le trio impressionniste fait ressentir des images comme autant de photographies riches en couleurs, vagabondes, pastorales, exotiques parfois. Par la grâce et la virtuosité des trois complices, la musique dans sa chantante simplicité apparente devient aérienne, atmosphérique tout en restant tendre et émouvante (après tout, Himéros personnifie le désir amoureux). Heureusement, le répertoire du compact a aussi été pensé dans sa globalité et rien ne vient jamais perturber la magie de cette musique du matin calme qui apaise l'humeur et incite au bonheur.

[ Himéros sur Mogno Records ] [ A écouter : TAB (Official Clip) - Heptone (live) ]

L'Âme des Poètes : L'interview / Brel, Brassens, Ferré (Igloo IGL246), 2014
Pierre Vaiana (axophone soprano); Fabien Degryse (guitare acoustique); Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse)

Pauvre Rutebeuf (2:23) - Les trompettes de la renommée (4:47) - Au suivant (3:24) - J'ai rendez-vous avec vous (5:44) - Avec le temps (3:33) - La quête (5:55) - Les funérailles d'antan (4:45) - Jaurès (4:26) - Jolie môme (3:55) - Les passantes (5:17) - Il n'y a pas d'amour heureux (1:35) - C'est extra / Comme à Ostende (5:47) - Le temps ne fait rien à l'affaire / La valse à mille temps (3:47)

Le 6 janvier 1969, sur une initiative de François-René Christiani, journaliste du magazine Rock'n Folk, une interview mythique de Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré fut organisée à Paris pour RTL. Cet évènement est l'alibi invoqué par L'âme Des Poètes pour leur septième disque de relecture des grands classiques de la chanson française. Sur la pochette, un dessin en noir et blanc rappelle l'unique photographie en noir et blanc prise par Jean-Pierre Leloir avec Vaina dans le rôle de Brel, Rassinfosse dans celui de Ferré et Degryse en George Brassens. Le répertoire est donc constitué de chansons et pots-pourris de thèmes repris à ces trois géants aujourd'hui décédés qui sont revisités avec la fraîcheur et la pétulance coutumières du trio. Bien entendu, c'est du jazz instrumental et les paroles des chansons sont absentes mais c'est le but du jeu: les mélodies ravivent le souvenir de ces textes mémorables tandis que les improvisations emmènent l'auditeur par de nouveaux sentiers, faisant naître une émotion qui est un mélange diffus entre ce dont on se souvient et ce qu'on entend. Les phrasés sont attachants et les timbres flattent l'oreille tandis que les trois compères font swinguer leurs instruments avec chaleur et générosité sur des mélodies souvent nostalgiques réarrangées avec beaucoup de finesse. Dans un monde à l'atmosphère de plus en plus raréfiée, ce nouvel album de L'Âme des Poètes est comme une bouffée d'air pur que l'on respire à pleins poumons!

[ A écouter : La Quête - Les Funérailles d'Antan ]

Alexandre Furnelle – Peter Hertmans : Sous Les Grands Arbres (Quetzal 135), 2013
Alexandre Furnelle (contrebasse 5 cordes); Peter Hertmans (guitares)

Sous Les Grands Arbres (4:15) - Nightfall (5:55) - The death And The Flower (6:59) - Le Chant Des Sirènes (5:14) - The Cost Of Living (5:57) - Hermitage (5:52) - Prism (4:28) - First Song (6:55) - Silence (5:19) - Bay City (6:10) - We Shall Overcome (2:21)

Le contrebassiste Alexandre Furnelle avait déjà invité le guitariste Peter Hertmans sur ses deux précédents albums, Le chant Des Sirènes (2004) et Views Of Xela (2009), tous deux sortis sur le label Mogno. Il poursuit ici cette fructueuse collaboration par un duo intimiste dont le principal objectif est d'explorer l'univers du contrebassiste Charlie Haden dont l'éclectisme, le lyrisme et la maîtrise des timbres ont séduit un public beaucoup plus large que celui habituel du jazz. Le tandem reprend ainsi quatre compositions de Haden: Bay City (extrait de Quartet West, 1987), Silence (Silence, 1987), First Song (First Song, 1990) et Nightfall (Nightfall, 2004) plus le fameux We Shall Overcome interprété en 1969 par le Liberation Music Orchestra. Mais il revisite aussi des thèmes écrits par des partenaires de Haden à différentes périodes de sa carrière: Death And The Flower et Prism de Keith Jarrett, Hermitage de Pat Metheny, et The Cost Of Living de Don Grolnick. L'album est complété par deux compositions de Furnelle: Le chant Des Sirènes (un titre extrait du premier disque éponyme de 2004) et Sous Les Grands Arbres, un inédit évoquant le coin de jardin ombragé représenté sur la pochette où les deux musiciens ont longuement mis au point leur répertoire.

Furnelle et Haden partagent incontestablement certaines inclinations comme le goût pour les belles mélodies ou celui des improvisations aérées où les silences comptent autant que les notes. Et tous deux sont fascinés par la rondeur du son de la contrebasse aussi bien que par cette magnifique simplicité qui rend la musique si belle et si agréable à écouter. Quant à Peter Hertmans qui joue ici quasi-exclusivement en acoustique, il s'avère le compagnon idéal pour ce projet serein et bucolique, tirant parti à la fois de sa longue complicité avec le contrebassiste et d'une créativité spontanée. Ses phrases claires et déliées véhiculent un profond lyrisme marqué par l'héritage d'un Philip Catherine dans ses moments les plus intimistes. Et quand pour de courts instants comme sur Le Chant Des Sirènes, il troque sa guitare acoustique contre une lady électrique, c'est pour lâcher quelques chapelets de notes atmosphériques dans la ligne sinueuse et nostalgique d'un Terje Rypdael.

Le duo a prolongé plus tard cet hommage à Charlie Haden par des concerts en quartet avec le saxophoniste Ben Sluijs et le batteur Jan de Haas. Inutile de dire que s'il venait à l'idée du label Quetzal d'éditer en disque l'une au l'autre de ces sessions live, je serais volontiers preneur.

[ Commander chez Quetzal Records ]

Ben Sluijs & Erik Vermeulen : Decades (W.E.R.F. 117), 2014
Ben Sluijs (saxophone alto); Erik Vermeulen (piano)

Broken (3:18) - Little Paris (5:06) - Up Here (0:53) - Up There (3:13) – Eiderdown (5:44) - Light blue (4:02) – April In Paris (6:20) - Pretty Dark (7:12) – Carillon (3:43) - Call From The Outside (8:38) – Decades (4:54) - The Man I Love (5:38)

Cela fait plus de quinze années que le saxophoniste Ben Sluijs et le pianiste Erik Vermeulen jouent ensemble dans différentes configurations et dès l’album Food For Free, sorti en 1997, l’empathie entre les deux musiciens était déjà palpable. De plus, ils ont connu au fil des ans une évolution similaire, passant progressivement d’un jazz insouciant et romantique à une musique plus intense et sophistiquée qui n’a toutefois jamais fait l’impasse sur une profonde nostalgie. En duo plus spécialement, la musique de Sluijs et Vermeulen ressemble à une épure. Sur le tapis d’harmonies changeant et miroitant tel un océan que lui déroule le pianiste, le saxophoniste alto glisse avec la fluidité et la majesté d’un catamaran. Comme chez Wayne Shorter sur son ténor, on reste médusé devant les lignes sinueuses aux orientations inattendues lâchées par le souffleur dont une autre caractéristique est l’usage d’un subtil vibrato qui fait danser les notes. A certains moments comme sur Broken, on croirait entendre le son d’un accordéon tant ce saxophone instable vole comme le vent, tourne en bourrasques et nous emporte avec lui. Quoiqu’aussi passionnants, certains titres plus turbulents comme Up Here et Up There peuvent paraître plus difficiles d’accès que les standards et les ballades (Little Paris, April In Paris, Light Blue emprunté à Thelonious Monk, ou le superbe The Man I Love de Gershwin et son solo cristallin de piano) mais la part d’abstraction s’éloigne et les oreilles s’éduquent rapidement tant la musique véhicule un profond lyrisme. Enfin, on appréciera en passant la manière brillante dont Vermeulen pénètre l’univers si particulier de Monk (sur Light Blue) ou comment il émule des cloches sur l’étonnant Carillion. Après les réussites que furent les deux premiers disques en duo, Stones (2001, réédité en 2010 sur le label WERF) et Parity (2010), ce nouveau compact, plus mature et plus apaisé, laisse affleurer de nouvelles nuances et subtilités qui témoignent de l’entente toujours plus grande et plus profitable de ces deux musiciens exceptionnels. Est-ce pour insister sur ce dernier aspect des choses que ce nouvel album a été intitulé Décades ?

[ Decades (MP3) ] [ Stones (MP3) ] [ Parity (MP3) ]
[ A écouter : Little Paris (Live au JazzCase, Neerpelt, 13/02/2014) - The Man I Love (Live au JazzCase, Neerpelt, 13/02/2014) ]

De Beren Gieren : A Raveling (Igloo Circle), 2013
Fulco Ottervanger (piano), Lieven Van Pée (basse), Simon Segers (batterie)

Asbrokken (5:03) - Vakantiebestemming (5:14) - Sweet Repose Threat (6:27) - Knalsonate (4:55) - The Detour Fish (5:06) - Broensgebuzze vi (1:13) - Koekjes's nachts (5:53) - Stadspark (Staat niet op zich) (4:31) - Sitting On a Fence (4:39) - Curious Young Woman (2:41) - Slippery Men (On the Riverbank) (6:02) - Ontdekking Van Materie (15:22)

Ce trio au nom bizarre qui signifie "les ours vautours" interprète les compositions de Fulco Ottervanger, un pianiste néerlandais aux idées protéiformes qui tire du classique, du rock, du jazz et de la musique contemporaine un répertoire sophistiqué tellement composite qu'il en devient carrément impossible à étiqueter. Mais pour aventureuse qu'elle soit, cette musique s'écoute avec une étonnante facilité car elle n'est jamais exagérément abstraite et surtout elle privilégie des mélodies, des textures aérées et un jeu basé sur des microtonalités qui n'est pas sans évoquer ce que faisait jadis le trio suédois d'Esbjorn Svensson. Si des titres comme le lyrique Sweet Repose Threat, le quasi-dansant Koekjes's Nachts ou le décalé Asbrokken avec ses accords atonaux sont des réussites incontestables au charme immédiat, d'autres comme Slippery Men et surtout Ontdekking Van Materie (dont la durée affichée ne représente pas la réalité puisqu'elle inclut un long passage silencieux) ressemblent plus à des collages impressionnistes, comme on en entend parfois dans le rock progressiste, constituant de grandes fresques esthétiquement séduisantes mais dont on ne saisit pas immédiatement la finalité.

Comme dans tout trio de piano, l'apport du contrebassiste Lieven Van Pée (ex membre de Collapse) est évidemment essentiel mais on soulignera surtout ici celui encore plus fondamental du batteur Simon Segers tant il contribue par ses percussions, rythmes et frôlements de peaux à un espace sonore collectif par ailleurs plutôt intimiste. Ottervanger sait aussi comment utiliser avec brio les silences dans ses compositions pour en aérer les mélodies et mettre en valeur les nuances les plus subtiles de son toucher délicat (The Detour Fish). La musique produite sonne en tout cas fort moderne, bien différente de celle des trios classiques de piano, et semble annoncer une nouvelle génération de pianistes s'appuyant sur la batterie autant que sur la contrebasse et pour qui la tradition du jazz compterait moins que la quête de constructions sonores inédites. Voici un disque dont les couleurs plurielles sont enthousiasmantes et dont la chaleur expressive est tout simplement envoûtante.

[ De Beren Gieren Website ] [ A Raveling (CD & MP3) ]
[ A écouter : Vakantiebestemming (Live au Jazzahead! 2013) - Koekjes 's Nachts (Live au Handelsbeurs / Ghent, 3/10/2013) ]

Jean-Paul Estiévenart : Wanted (W.E.R.F. 115), 2013
Jean-Paul Estiévenart (trompette); Sam Gerstmans (contrebasse); Antoine Pierre (drums) + Invité : Perico Sambeat (saxophone alto)

The Man (4:22) - Between the Curves (6:18) - Am I Crazy? (5:40) - Amok (5:40) - Bird (5:28) - Les Doms (6:34) - Lazy Bird (3:09) - Witches Waltz (5:07) - SD (4:14) - Guerrilla (5:59) - Wanted (6:24)

Celui qui aurait écouté le dernier disque de Collapse avant celui-ci aurait probablement été surpris tant ce Wanted apparaît moins abstrait, plus mélodique et donc plus directement accessible. D'un autre côté, il y a aussi quelques similitudes : d'abord, l'absence d'instrument harmonique, le trompettiste jouant ordinairement en trio avec une section rythmique ou, sur trois plages, en quartet avec le saxophoniste alto Perico Sambeat en invité; ensuite, l'esprit d'Ornette Coleman qui plane à l'occasion au-dessus de cette musique. Mais la comparaison s'arrête là car Alain Deval, batteur et leader de Collapse, et Estiévenart ont chacun une esthétique très personnelle et des approches en matière de composition qui ne se ressemblent guère.

Si l'on excepte la reprise du Lazy Bird de John Coltrane, tous les morceaux de Wanted ont été écrits par Estiévenart dans des styles certes modernes mais tellement variés qu'ils empêchent de classer cet album sous une étiquette quelconque. Du lyrique Amok dont la trompette bouchée en introduction peut évoquer les grandes heures du second quintet de Miles Davis au mystérieux Witches Waltz dans lequel les deux souffleurs semblent explorer prudemment les zones d'ombre d'une maison hantée par une nuit de pleine lune, en passant par The Man avec son thème simple et primesautier propice à l'impro post-bop la plus tranchante du répertoire, on en a pour tous les goûts. On a même droit sur le titre éponyme, pourtant bâti sur un drive lanscinant qui promettait un hard-bop plein de soul, à un dérapage qui le temps de quelques mesures poussera le trio vers un chaos libertaire inattendu avant de revenir, comme si de rien n'était, au groove moite du début.

Sam Gerstmans à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie composent une rythmique de choc dont le dynamisme et la souplesse constante sont un véritable plaisir pour les oreilles. Quand à Perico Sambeat, à écouter ses fantastiques interventions sur Guerilla, on peut s'interroger sur le fait que malgré une carrière bien remplie à jouer avec des pointures comme Mehldau, Mark Turner, David Kikoski, Wallace Roney ou plus récemment Eric Legnini, il ne soit pas plus connu du grand public hors de son Espagne natale. Enfin, la musicalité et la versatilité qui ont amené Estiévenart à être invité à jouer dans des projets les plus divers (du Al Orkesta de Joe Higham au quartet de Nathalie loriers en passant par le Jazz Station Big Band) s'affirment ici avec ampleur tandis que se confirment également ses talents d'auteur. Ecouter cet album de jazz polymorphe bourré d'émotion, d'idées et de connivence communicative est un vrai bonheur que je vous invite à partager.

[ Jean-Paul Estiévenart Website ] [ Wanted chez De Werf ] [ Wanted (CD) ]
[ A écouter : Am I crazy? ]

Collapse : Bal Folk (Igloo IGL 251), 2014
Steven Delannoye (sax ténor, sax soprano, clarinette basse); Jean-Paul Estiévenart (bugle, trompette); Yannick Peeters (contrebasse); Alain Deval (batterie)

Bal Folk (2:26) - Lente (4:41) - Lump (5:11) - Reboot (6:13) - Hopscotsch (3:46) - Do (5:48) - Crinkle (5:14) - Close And Hope (3:10) - Up The Hill (3:39) - Milk (4:30) - Film 09 (2:42)

Après un premier disque remarquable délivré en 2009, Collapse en sort un second dans un configuration similaire mais avec un line-up différent, ce qui n'est pas sans conséquence sur la musique: Lieven Van Pee a cédé sa contrebasse à Yannick Peeters tandis que le saxophoniste alto Cédric Favresse a été remplacé par Steven Delannoye qui joue du sax ténor et du soprano en plus de la clarinette, élargissant ainsi la palette sonore du quartet. Par ailleurs, les influences klezmer ou orientalisantes décelables sur le premier disque dans les compositions de Favresse ont disparu avec lui. Ce qui nous laisse avec une musique plus abstraite composée, pour la majorité des titres, par le batteur Alain Deval qui impose désormais davantage sa vision d'un jazz moderne et libre rappelant l'esprit avant-gardiste du label Impulse! dans les années 60. Mieux vaut donc prévenir les acheteurs potentiels : contrairement à ce que le titre de l'album peut laisser supposer, ils ne trouveront ici ni bal ni folk mais bien des thèmes angulaires et sophistiqués propices à d'infinies variations et improvisations contrastées. Pourtant, celui qui prendra le temps de s'y attarder trouvera dans cette musique sans piano bien des plaisirs raffinés.

Il faut ainsi écouter le post-bop de Lump, son unisson ténor-trompette impossible à mémoriser, ses impros décapantes, ses fluctuations de tempo et son solo de batterie nerveux avant la reprise du thème exécuté à toute pompe. Ou l'étrange Film 09 sur lequel clarinette basse et trompette installent une atmosphère contemplative évoquant l'arrêt d'un train en bout de quai et la fin d'un voyage. Ou encore Reboot et ses phrases de sax soprano qui s'enroulent sur elles-mêmes en d'étourdissantes volutes. Un autre grand moment est Close An Hope, qui est ce qui se rapproche le plus d'une ballade, transcendé par une trompette bouchée à la sonorité magnifique. Mais chaque composition mérite que l'on s'y attarde car ce jazz hautement exploratoire véhicule, au-dela de ses aspects techniques, des images émotionnelles qui comblent le fossé séparant une musique intellectuelle pour musiciens et le plaisir des simples mélomanes. Pour la seconde fois, Collapse a sorti un disque rare et exigeant, le genre de ceux qu'on attend avec impatience et qui, à chaque fois qu'on l'écoute, n'arrête pas de faire croître l'intérêt qu'on lui porte.

[ Collapse Website ] [ Bal Folk chez Igloo Records ] [ Collapse : Bal Folk (CD) ]
[ A écouter : Bal Folk album teaser - Do (version live au De Werf, 2012 ]

MuZiek de Singe : Fermé Le Lundi (Mognomusic), 2013
Gilles Kremer (guitares, scie); Martin Kersten (saxophones); Benoît Dumont (contrebasse); Martin Chemin (percussions); Maxime Tirtiaux (guitares, ukélé)

Poisson-Loup (4:19) - Hummus (5:34) - Sale Inuit (7:46) - Uthiopiques (6:17) - Manaïs (6:46) - Cheval de Trois et Demi portion (6:40) - Brindiai-Patras (4:55) - Poissons-Chou (4:33) - Hammam (6:25) - Gundelinde (6:01) - Valse à Poyette (4:13)

Ménagères, ménagères, profitez de notre passage: le poisson loup mange tout! Formidable morceau que cette histoire de brocanteur qui ouvre le second disque de Muziek De Singe. On y trouve un peu de tout: du manouche, du jazz cartoon genre Panthère Rose, de la musique de cirque ou de rue, des percussions arborescentes et une bonne dose d'humour dans une approche fantaisiste que n'aurait pas renié un Frank Zappa. Après cette mise en bouche particulièrement divertissante, on reste dans l'inédit avec des compositions hybrides qui ne se laissent pigeonner dans aucun style particulier, la plupart ayant un grain de folie qui les extraient du commun. On citera par exemple le "coucou" intégré dans le thème du mystérieux Brindisi Patras qui ressemble étrangement à une complainte pour un nid de fantômes; la section funk inattendue au beau milieu d'Uthiopiques; ou le sifflement nostalgique du Hollandais Geert Chatroux, invité sur Manaïs, qui évoque fugacement les plus belles bandes sonores de Sergio Leone; ou encore l'unisson ravageur entre sax baryton et guitare électrique sur Hammam.

L'ouverture de ces musiques et la précision avec laquelle elles sont interprétées sont stupéfiantes, le quintet ne se refusant aucun type d'évènement pour parvenir à ses fins. Il faut ainsi entendre Matthieu Chemin invité à mêler sa voix d'opérette aux instruments sur le finale d'un Hummus burlesque à souhait. Qu'on ne se méprenne pas toutefois, cette musique n'est ni parodique ni abstraite mais présente au contraire une grande accessibilité, offrant mélodies, émotions, exotisme, rêves et autres fruits chimériques à tous ceux qui voudront bien les cueillir. Le mixage et la prise de son sont enjôleurs, la sonorité restant toujours charnue même dans moments les plus excessifs. A une musique aussi plurielle gonflée à l'imagination la plus débridée, il fallait une pochette surréaliste en harmonie avec les titres bizarres des morceaux: elle a été confiée à Anne-Lise Martin qui a conçu un univers décalé, une sorte de zoo absurde où les poissons vont à bicyclette. Si vous recherchez quelque chose de spécial, optez pour cet album car, pour captivant qu'il soit, ce concentré de musique créative ne ressemble qu'à lui-même.

[ Muziek De Singe Website ]
[ A écouter : Poisson-loup - Manaïs (live au Théatre Molière, 19/10/2013 ]

Kim In The Middle : Open & Close (RailNote RN007), 2014
Kim Versteynen (chant); Arne Van Coillie (piano); Flor Van Leugenhaeghe (contrebasse); Luc Vanden Bosch (drums & percussions)

Intro (1:42) - Summertime (8:09) - A Short Goodbye (5:18) - As You Are (6:06) - Kind Of Grey (6:35) - Milk Wood Sky (6:19) - Minor Idea For A Walk (8:38) - Travessia (5:20) - A Mermaid's Tale (5:42) - Baby (5:35)

Le titre de l'album fait référence à la volonté des musiciens de s'ouvrir spirituellement et musicalement les uns aux autres et de favoriser ainsi leur rapprochement et leur interaction. Si c'était un des objectifs de Kim In The Middle, on peut raisonnablement écrire qu'il est atteint. Ainsi en témoigne la reprise du Summertime de Gershwin qui ouvre l'album après une courte improvisation libre. Car le traitement très personnel de ce standard éculé vous surprendra: on y entend en effet un groupe particulièrement soudé où la voix de Kim Versteynen, surtout quand elle improvise en scat, semble un instrument comme les autres. Son chant tout en retenue s'enroule en boucles tournant sur elles-mêmes avec grâce et légèreté, en totale osmose avec un trio qui groove gentiment. Le pianiste Arne Van Coillie est aussi à l'honneur, conduisant la musique de l'intérieur avec un jeu aéré qui ne bouscule jamais la chanteuse mais c'est bien la formation entière qu'il faut louer pour sa gestion intelligente de l'espace sonore. Ces qualités se retrouvent intactes dans les autres reprises de l'album qui incluent de bonnes versions de Travessia et de Baby, respectivement écrits par deux icônes "do Brazil", Milton Nascimento et Caetano Veloso, toutes deux interprétées en portugais avec une belle assurance. On notera aussi l'élégant thème de Milk Wood Sky, jadis chanté par Norma Winstone, sur lequel la voix veloutée fait des merveilles. Les compositions originales ne dénotent aucunement dans l'ensemble et l'on s'attardera seulement sur la superbe ballade Kind Of Grey, écrite en collaboration avec Tim Finouls (avec qui la chanteuse forme un duo qui remporta en 2013 le Concours Jeunes Talents des Leffe Jazz Nights de Dinant). Dans une ambiance "after hours", la voix souple et nuancée de Kim Versteynen donne de la profondeur aux paroles mélancoliques de cette chanson en demi-teinte. Sur quelques titres, Van Coillie passe au piano électrique, ce qui procure d'autres couleurs à une musique évoluant globalement dans un registre medium. Open & Close est un disque fluide et fort plaisant, parsemé de beaux moments d'échange, et qui mérite largement d'être écouté.

[ Kim Versteynen Website ] [ Kim In The Middle - 1st album, 2011 (CD & MP3) ]
[ A écouter : Making of the album Open & Close ]

Ivan Paduart : Alone # (Quetzal QZ 139), 2014
Ivan Paduart (piano)

1) Arvo (3:54) - 2) So (4:13) - 3) Renaissance (2:27) - 4) Arythmie (1:18) - 5) Forbiddden Love (1:36) - 6) Spring In Your Mind (1,23) - 7) Formentera (1:55) - 8) Never Say Never (1:52) - 9) Life As It Is (3:36) - 10) Zen (4:44) - 11) Quintessence (2:10) - 12) Childs (1:37) - 13) To Say Things (2:11) - 14) Véronique (3:24) - 15) Igor (4:30) - 16) Ignorance Infinie (1:58) - 17) Impro (1:58) - 18) If I Knew Then (1:58) - 19) Blue Landscapes (3:13) - 20) Solstice d'été (3:48) - 21) Slow Motion (1:58) - 22) Aigre Doux (1:24) - 23) You Must Believe In Spring (2:18) - 24) Bleeding Heart (1:15) - 25) Wait For Me (2:08) - 26) To My Parents (2:01)

Ce disque est une réédition, augmentée de trois titres, de l'album Alone enregistré au Portugal et en Belgique en 2003 et sorti confidentiellement sur Alone Blue Records en 2005. Dans la discographie fournie d'Ivan Paduart dans laquelle les configurations et les paysages sonores se conjuguent au pluriel, ce disque se distingue par le fait que le pianiste belge y pratique pour la première fois l'art difficile du solo. A part You Must Believe In Spring, le standard de Michel Legrand popularisé par Bill Evans, le répertoire ne comprend que des compositions originales dont certaines déjà enregistrées antérieurement dans d'autres contextes. C'est ainsi l'occasion de réentendre, dans des versions dépouillées, quelques unes des superbes mélodies, intitulées Arvo, Igor, Blue Landscapes et Formentera, qui ont émaillé la carrière récente de ce pianiste au toucher délicat. Les titres les plus accrocheurs sont aussi les plus développés quand Paduart prend le temps de s'étendre au-delà du thème. Sur So, Zen, Igor ou Solstice d'été, c'est ainsi un bonheur de l'écouter improviser avec légèreté sans jamais toutefois s'égarer trop loin dans l'abstraction, injectant dans ses chapelets de notes un lyrisme saturnien qui est devenu au fil du temps sa signature. Les notes cristallines du piano résonnent avec clarté tandis que les phrases s'enroulent dans une séduisante introspection magnifiquement préservée par la qualité de l'enregistrement. Parmi les 26 pièces du répertoire figurent quelques ébauches de compositions dont la durée est comprise entre une et deux minutes. Paduart y expose quelques nouveaux thèmes qui sonnent aujourd'hui comme des interludes mais qui feront peut-être demain l'objet de nouveaux développements. Les nostalgiques Spring In Your Time et Bleeding Heart, Arythmie, et Slow Motion sont ainsi de bons candidats pour de plus amples et futures explorations. Evidemment, on est tenté pour décrire cette musique de faire appel à l'univers habituel du piano jazz incluant Keith Jarrett, Bill Evans, voire Fred Hersh mais, pour légitimes et prestigieuses que soient les références à ces monstres sacrés, elles ne décrivent pas adéquatement le jeu de Paduart qui affirme ici un style personnel et reconnaissable, très imprégné aussi bien par la musique classique que par le monde de la chanson. A l'instar du nuage rose de la pochette (beaucoup plus réussie que celle de l'édition précédente), voici une musique paisible qui passe en invitant à la rêverie et à des voyages sans destination.

[ Alone chez Quetzal Records ] [ A écouter : Arvo - Forbidden Love ]

Sophie Tassignon & Peter Van Huffel / House of Mirrors : Act One (Wismart Records), 2014
Sophie Tassignon (voix); Peter Van Huffel (clarinette, saxophones alto & soprano); Julie Sassoon (piano); Miles Perkin (basse)

1) Old Stones (5:09) - The Tree (4:01) - 3) Labyrinth (4:50) - 4) This Is The Garden (5:41) - 5) Breaking Point (5:31) - 6) Mirror (9:28) - 7) Act One (6:32) - 8) Mute (3:57) - 9) Blätter I (4:23) - 10) Blätter II (5:06) - 11) Le Chant Des Oiseaux (4:00)

Les références sont aussi multiples qu'innombrables et aucune d'entre elles ne peut vous préparer à ce que vous allez entendre. Le mieux est donc d'entrer franchement dans ce disque par son première palier, le fascinant Old Stones: un prière païenne qui vous téléporte au royaume blême des fantômes et autres créatures immatérielles. La voix étourdissante de Sophie Tassignon égrène des sons sur lesquels vous mettrez vos propres paroles tandis que la clarinette du Canadien Peter Van Huffel offre un contrepoint à la voix en un jeu lyrique constamment renouvelé. The Tree qui vient ensuite est une autre histoire. De l'étrangeté des onomatopées d'une grande richesse timbrique et rythmique naît un discours obsessionnel qui renvoie à une musique avant-gardiste mais aussi à un cinéma fantastique peuplé de forêts jurassiques et de créatures imaginaires. Breaking Point renoue avec un jazz free qui exhale une splendide énergie collective où l'on remarque plus qu'ailleurs le jeu arborescent de la pianiste Julie Sassoon et celui hypnotique du bassiste Miles Perkin. Ensuite, c'est un piano méditatif qui ouvre un Mirror apaisant en dépit de ses innombrables brisures et tensions tandis que Tassignon délivre de vraies paroles à propos de sa solitude. A ce stade, on sait que l'on restera ici constamment à la limite entre jazz improvisé et musique expérimentale, et par extension à la frange de toute musique connue. Avant que le programme ne se referme, on aura encore beaucoup d'occasions de s'étonner, du solo de contrebasse sur Labyrinth aux bruitages vocaux malicieux de Mute, de la mélodie envoûtante de This Is The Garden au scat de Blätter dont le rythme est un poème sonore. Le répertoire se clôture par Le Chant Des Oiseaux, splendide ballade légère comme un nuage qui, par sa poésie étrange et ses accords célestes, parvient à installer une profonde nostalgie amplifiée par la pureté du chant. Voilà un disque qui transcende toutes les formes musicales connues au risque de déranger. Mais qui s'en plaindra quand on est ainsi transporté d'un morceau à l'autre dans des mondes intérieurs aussi versatiles qu'émotionnels? Sophie Tassignon et ses complices sont des magiciens et leur Maison des Miroirs est pleine de reflets. En y pénétrant à leurs risques et périls, beaucoup tomberont sous le charme et d'autres seront surpris, voire effrayés. Peut-être même que vous y perdrez vos repères ou davantage, qui sait ? Une chose est sûre toutefois: personne n'en ressortira indifférent !

[ Sophie Tassignon Website ]

Bert Joris & Tutu Puoane : Live At De Roma
(Challenge), 2013
Bert Joris (tp, arrangeur); Tutu Puoane (chant); Ewout Pierreux (piano); Nicolas Thys (contrebasse); Martijn Vink (dr) + Royal Flemish Philharmonic

1) Between us - 2) Mpho's Song - 3) Dreaming On And On - 4) Time's On Our Side - 5) Late September - 6) At least Not Alone - 7) Signs & Symphony

[ Commander chez De Werf ]

Pierre Anckaert / Tom Van Dyck 4-tet : Union Match
(September), 2013
Pierre Anckaert (piano, Fender Rhodes); Tom Van Dyck (ss); Hendrik Vanattenhoven (contrebasse); Mimi Verderame (dr)

1) Spanish Buzz - 2)On The Blueway - 3) Bright Lights - 4) Inarritu's Realism - 5) Union Match - 6) Blue velvet - 7) Broken symmetries - 8) Mignonette - 9) Slutstation

[ Pierre Anckaert / Tom Van Dyck 4-tet Website ]

International Trio : Donkere Golven
(WERF 095), 2011
Joachim Badenhorst (clarinette, sax ténor); Steve Swell (trombone); Ziv Ravitz (drums)

1) Delirious Walk - 2) Donkere Golven - 3) Qara - 4) Angry Mountain - 5) Monkey Tak - 6) Tak Tak - 7) Bugs In A Box - 8) Texture#3 - 9) Evolution - 10) Different Grades Of Decay - 11) Wind On My Porch

[ Commander chez De Werf ]

Rony Verbiest : Time Of The Doves
(Prova PR 1105-CD17), 2011
Rony Verbiest (Bandonéon); Hans Van Oost (guitare); Mario Vermandel (contrebasse); Luc Vanden Bosch (drums)

1) Antony - 2) Bolero Di Quimet - 3) Parkkaffe - 4) Tango 1 - 5) Vinto - 6) La Plaça Del Diamant - 7) Senora Natalia - 8) Antwerp Tango (Tango 3) - 9) Bando - 10) Colometa

[ Prova Records ]
ArneTrio : Treasures From The Trash
(Autoproduction), 2014
Arne Van Dongen (contrebasse, compositeur); Florejan Verschueren (piano); Bert Cools (gt)

1) For The So-Called Murderer - 2) For The Mother Bird - 3) Ezmose - 4) Petit Hameau - 5) Wolf - 6) Polska Ouarzazate - 7) Onderwater - 8) Joanna's Harbor - 9) Overzee - 10) Pas Du Tout Son Genre - 11) Rip Max - 12) 38 Témoins - 13 All White Part One - 14) All White

[ Arne Van Dongen Website ]

Big Noise : New Orleans Function
(Igloo IGL248), 2013
Raphaël D'Agostino (Chant, Trompette, Cornet); Johan Dupont (piano); Max Malkomes (contrebasse); Laurent Vigneron (dr)

1) Mardi Gras In New Orleans - 2)Tootie Ma Is A Big Fine Thing - 3) Black Bottom Stomp - 4) My Indian Red Intro - 5) My Indian Red - 6) When The Saints Go Marching In - 7) Hotter Than That - 8) New Orleans Function - 9)Saint James Infirmary - 10) Egyptian Fantasy - 11) Struttin' With Some Barbecue - 12) Savoy Blues - 13) I'll Fly Away

[ Big Noise chez Igloo Records ]

Tuur Florizoone : MixTuur
(WERF 096), 2011
Tuur Florizoone (accordéon); Tutu Puoane (vocal); Aly Keita (balafon); Laurent Blondiau (trompette); Michel Massot (tuba, trombone); Nicolas Thys (contrebasse); Chris Joris (percussions); Marine Horbaczewski (violoncelle); Wendlavim Zabsonre (drums); Nabindibo (choeurs polyphoniques congolais)

1) Kwa Heri - 2) Once You Go Black You Never Come Back - 3) Queskia - 4) Las Tres Brujas - 5) Je m'en fous (je ments) - 6) Change - 7) Hunt - 8) Mulume

[ Commander chez De Werf ]

The Jazz Station Big Band
(Igloo IGL 226), 2011
Stéphane Mercier (sax alto, Flûte); Daniel Stokart (sax alto, sax soprano, flûtes); Fred Delplancq (sax ténor); Vincent Brijs (sax baryton) Michel Paré (trompette, bugle, Chef d'orchestre); Jean-Pol Steffens (trompette, bugle); Jean-Paul Estiévenart (trompette, bugle); Gilles Repond (trombone); David De Vrieze (trombone); Bart De Lausnay (trombone basse); François Decamps (guitare); Vincent Bruyninckx (piano); Piet Verbist (contrebasse); Herman Pardon (drums)

1) Friday - 2) After The First Step - 3) Some Sunshine Again - 4) Alejandra - 5) 7 Over Rock - 6) Go On Now - 7) Please Walk Out Of My Head - 8) Let's Keep It Cool - 9) Talisman - 10) Feelin' Free

[ The Jazz Station Big Band sur Igloo Records ]



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