Sabin Todorov : Inside Story 2 (Igloo IGL 221), 2010
Sabin Todorov est originaire de Bulgarie et, sur son précédent album également intitulé Inside Story (Igloo IGL 203, 2008), sa musique était déjà imprégnée du folklore de son pays natal. Sur ce deuxième opus, le pianiste a fait un pas plus loin puisqu'il a associé son trio à un jeune groupe vocal bulgare (le Bulgarka Junior Quartet) dont les chansons traditionnelles composent la trame des compositions. La première fois, cette combinaison résonne aussi bizarrement que l'association entre le chœur vocal et le septet jazz de Max Roach sur l'album It's Time paru jadis chez Impulse. Mais après quelques écoutes, on comprend mieux la démarche de Sabin Todorov même si les chœurs, qui évoquent aussi bien des chants de Noël que des lamentations ou des chansons d'amour, restent anachroniques par rapport aux parties instrumentales improvisées, surtout quand Todorov utilise le Fender Rhodes au lieu du piano acoustique (Lament ou Beautiful Horses). La transition est toutefois facilitée par la présence, au saxophone et à la flûte, de Steve Houben, spécialiste des musiques traditionnelles d'Europe, qui rend plus fluide et harmonieux le passage entre les deux formes d'expression. Au fil de l'écoute, on en vient progressivement à apprécier cet étrange mariage surtout quand les voix, la rythmique, le saxophone et le piano s'entrelacent et contribuent ensemble à des ambiances mélancoliques comme sur Kosovo Field où l'émotion surgit de toute part. A noter aussi la superbe composition méditative écrite par le leader et intitulée Prayer, la seule du répertoire à ne pas comporter d'arrangements vocaux. Certains titres peuvent paraître plus réussis que d'autres (Ritual et Beautiful Horses sont en particulier magnifiques) mais, dans l'ensemble, cet album ambitieux et profondément original accroche de plus en plus au fur et à mesure qu'on s'en imprègne. Un souffle poétique traverse indéniablement ce projet conçu par un artiste qui revendique et se réapproprie avec talent l'héritage de sa culture : bravo ! [Sabin Todorov sur MySpace ] |
Charles Loos : Piano Works (Mogno j039), 2010
Malgré une discographie bien remplie, Charles Loos n’a que très rarement enregistré en piano solo (on se souvient de l’excellent So Happy, The Curve sorti en 2004 sorti en collaboration avec Fred Wilbo). C’est donc avec plaisir qu’on le retrouve ici dans cet exercice difficile qu’il pratique parfois sur scène et dans lequel on sait qu’il excelle. Pas de ligne directrice dans ce répertoire où le pianiste change de tempo et de style au fil des compositions. Quatre titres (Rumba, Le Zap, Fox-Trot et Valse Musette) sont des mouvements extraits d’un ballet intitulé « Noir / Instantané » composé en 2003 pour le Ballet de Liège. Enjouée et élégante, la musique y est inspirée par différents styles populaires, le plus proche du jazz étant évidemment ce superbe et court Fox Trot sautillant qui transporte l’auditeur au temps de la belle époque et qui conviendrait parfaitement pour accompagner les films muets du début du siècle. Variantes Sur Un thème du Nord est en quelque sorte un exercice à base d’une simple mélodie qui évolue en de multiples improvisations nostalgiques. La pièce principale Wasif, en cinq parties, doit son nom au fait qu’elle est tirée d’une longue improvisation que Charles Loos fit huit années plus tôt alors qu’il essayait pour la première fois le nouveau piano Yamaha du studio Wazif où a été enregistré l’essentiel de cet album. La musique y est imprévisible, sans but précis, intégrant différents styles et pourtant toujours reconnaissable comme du Charles Loos. Quant à l’ostinato qui ouvre l’album, c’est une pièce intimiste et méditative de toute beauté. Piano Works est un album de mélodies et d’improvisations enchanteresses à écouter de préférence dans la pénombre et le silence d’un soir d’été. [ Commander chez Mogno Records ] |
Yves Peeters Group : Sound Tracks (WERF 082), 2009 (édition 2010)
Sous cette superbe pochette dont la route et le ciel bleu invitent au voyage, se cache une musique énigmatique, un peu country, un peu bluesy, qui colle à merveille aux paysages désolés de contrées perdues, qu’elles soient du Texas, du Sahel ou d’ailleurs. Dans ces longues errances modales, les musiciens se promènent sans but précis, à la recherche d’une ombre ou d’une oasis. On pense parfois au Ry Cooder de Paris Texas quand Frederik Leroux fait vibrer les cordes de sa guitare électrique, évoquant les frémissements de la chaleur au dessus des pierres (Billy Pilgrim). Sur la moitié des titres, Geert Hellings ajoute une dimension onirique grâce à sa guitare « lap steel » (un instrument qu’on pose à plat sur les cuisses et dont on joue en faisant glisser une barre en acier sur un manche sans frettes). Ecoutez New Mexico qui ouvre le répertoire et son épilogue qui le referme : ça glisse tout seul comme une limousine sur une route déserte avec le vent qui souffle par les fenêtres. Au saxophone ténor, Nicolas Kummert (Alchimie) s’insinue avec volupté dans le décor. Sa sonorité ronde est magnifique et son style épuré parachève l’impression d’un exotisme imaginaire. Sur Petit Simon Millionaire, des voix se superposent aux instruments et dessinent une mélodie répétitive sur laquelle s’envole le ténor. Quant à Nicolas Thys, il délivre des lignes de basse électrique qui sont le fil rouge de ces fascinantes dérives et se fend même sur Lifeline d’un beau solo fusionnel dont on regrette franchement qu’il ne soit pas plus long. Décidément, le collectif Jazzisfaction recèle en son sein d’étonnants jeunes musiciens pleins d’idées : après le très bel album du trompettiste Peer Baierlein paru récemment chez Werf, voici celui du batteur Yves Peeters dont le projet inclassable, dans sa ligne de fuite vers l’infini, exhale comme un parfum d’aventure. [ Yves Peeters sur MySpace ] [ Commander chez De Werf ] |
Funduq al-Mughannîn / Pierre Vaiana : L'Auberge Des Chanteurs (AZ Productions AZ 1016), 2009
Basé sur le thème du « funduq », un lieu de repos et de rencontre pour voyageurs et marchands itinérants commun à tout le bassin méditerranéen, L’Auberge des Chanteurs s’inscrit dans un dialogue interculturel auquel ont participé des artistes algériens, tunisiens, belges, français et italiens. Retrouvant la tradition séculaire des échanges entre les civilisations, ce projet sympathique se compose de trois éléments distincts : d’abord, des extraits d’un concert donné au Palais Ennejma Ezzahra de Sidi Bou Saïd (Tunisie) par des étudiants en musicologie de Palerme, ensuite, une création musicale « Funduq al-Mughannîn » au Théâtre Municipal de Constantine (Algérie) et enfin, pour ouvrir, fermer et lier les deux volets précédents, trois pièces méditatives interprétées en duo par Pierre Vaiana au saxophone soprano et Salvatore Bonafede au piano. Peu de jazz ici mais plutôt une musique folklorique aux accents divers. Dans le premier volet (plages 2 à 9), on entendra aussi bien les chœurs des femmes des marins de Trapani qu’une chanson en forme de berceuse accompagnée à la guitare, une ritournelle pour divertir les paysans et même une poésie en arabe récitée sur un accompagnement de luth. Le second volet (11 à 14) bénéficie de la voix de la chanteuse tunisienne Zohra Lajnef, spécialiste des chants bédouins, et s’inscrit dans la tradition des musiques du Sud tunisien. L’Auberge des Chanteurs est ainsi une mosaïque de manifestations témoignant de la diversité et de la complémentarité du riche patrimoine artistique de la Méditerranée. Mais au-delà de la musique elle-même, c’est également une tentative de rapprochement des identités culturelles qui se sont éloignées avec le temps tout en gardant quelques lointaines connexions. En ces temps d’extrémisme et d’incompréhension, une telle initiative, soutenue par le Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh pour le Dialogue des Cultures, s’avère une œuvre salutaire de partenariat entre les peuples qui contribue à la paix, à la stabilité et à la prospérité de leur espace commun. [ Al Funduq sur MySpace ] |
Paolo Loveri : 3 for 1 (Mogno Music J037), 2009 (edition 2010)
 Même s’il reste encore trop peu connu du grand public, Paolo Loveri a déjà une longue histoire liée à la scène du jazz belge sur laquelle il se produit depuis 1992. Sur le plan discographique toutefois, ce n’est que trop rarement qu’on a pu l’apprécier, d’abord en duo avec Fabrice Alleman pour deux albums édités chez Lyrae en 1996 et 2001 (Duo et On The Funny Side Of The Strings), aujourd’hui difficilement trouvables, et plus récemment sur l’excellent projet collectif Radoni’s Tribe (Let Me Hear A Simple Song) sur lequel il rendait hommage à son mentor, Paolo Radoni. Pour son premier disque en leader, Paolo Loveri a invité celui qui, à la fin des années 80, fut son tout premier professeur de guitare en Italie : Pietro Condorelli. C’est donc à un beau duo de six cordes, accompagné par Benoît Vanderstraeten à la basse électrique et Bruno Castellucci à la batterie, qu’on a droit sur cet album intitulé fort à propos 3 For 1. Mis à part le standard de George Gershwin (But Not For Me), les dix autres compositions sont des originaux écrits par Loveri ou Condorellli. Les deux guitares, au son électro-acoustique magnifiquement enregistré, sont évidemment aux avant-postes, improvisant ou exposant des mélodies raffinées dans une esthétique propre à la musique improvisée européenne. De belles mélodies d’ailleurs comme celle de Little Castle, en forme de promenade tranquille, ou de Quartiere Stella au tempo lascif et à l’atmosphère onirique. Sur Tribute To An Unknown Hero, la cadence s’accélère et on pourra comparer les attaques et les styles des deux solistes qui se complètent et s’entrecroisent avec bonheur. Au détour d’un titre (ML Samba), on surprend le quartet à introduire quelques influences latines qui colorent subtilement la musique. Et il y a aussi un bel hommage à Wes Montgomery, intitulé Wes Drive, où l’on retrouve avec plaisir non seulement la technique du maître (ses fameux octaves) mais aussi son groove si particulier que l’inconscient associe bien souvent à la route et au voyage (Movin’ Wes, Movin’ Along, Road Song, …). Des thèmes qui, d’après la pochette, sont aussi à priori le fil conducteur de cet album. 3 For 1 est un disque qui ravira les amateurs de guitares jazz jouées dans un style classique avec toute la technique et la fraîcheur requises. [ Paolo Loveri sur Mogno Records ] |
Brick Quartet (Chopstick Records), 2009
 Sous cette pochette anonyme, dont l’art suranné ne laisse rien deviner de ce qu’on trouvera à l’intérieur, se cache un quartet qui compose et improvise une musique au bord de deux mondes : celui de la musique classique moderne et celui du jazz. La composition du groupe reflète cette ambivalence puisque le guitariste et membre fondateur Mathias Van de Wiele côtoie le saxophoniste et flûtiste Ben Sluijs et le violoncelliste Lode Vercampt, le trio étant soutenu par la batterie de Dimitri Simoen. Si Ben Sluijs n’est plus à présenter aux amateurs de jazz belge, Van de Wiele n’en est pas pour autant un inconnu : c’est lui qui officiait en tant que guitariste dans un autre groupe turbulent dont on a vanté dans ces pages le potentiel et l’originalité : Moker (dont le compact Konglong a été sélectionné en mars 2006 comme disque du mois). Et, bien que le style soit ici différent de celui de Moker, on retrouve sur cet album le même esprit combinant le goût de l’aventure à une approche iconoclaste. Et ça fonctionne ! Ecoutez Pressure qui débute le répertoire sur les chapeaux de roue : la guitare électrique du leader, le violoncelle et le saxophone se succèdent dans des embardées conduites à un train d’enfer qui laissent des traces sur l’asphalte. Changement de décor avec Giants Talk, le seul titre composé par Lode Vercampt, qui installe une atmosphère menaçante avec ses harmonies sombres et énigmatiques. Opgedoekt est pourvu d’un groove lancinant avec cette fois une guitare acoustique aux avant-postes. Les quatre titres suivants (I-Nyanga, Op is op…, D-Mi et Druk) sont totalement improvisés de manière collective par le quartet et on a forcément un peu difficile à suivre même si la musique reste cinématique, porteuse d’images et d’émotions. Le long Mountain Shock, qui commence par un solo de flûte de Sluijs, est davantage structuré et s’étend en un immense paysage sonore dont on n'aperçoit pas les limites. Le meilleur est pour la fin avec Opgelucht, un thème plaisant et enjoué sur lequel les quatre complices swinguent avec bonheur. Original, contrasté et courageux mais aussi risqué, imprévisible et complexe. Donc, à écouter avant d’emporter ! [ Brick Quartet Website ] |
Bansuri Collectif : Conto (mogno-j034), 2009
Emmené par le contrebassiste et compositeur portugais Rui Salgado, le Collectif Bansuri avait remporté le Concours des Jeunes Talents lors du Jazz Marathon 2008. Il présente maintenant son premier disque, Canto, édité sur le label Mogno. Sur scène, leur spectacle englobe un danseur, Yvan Bertrem, qui virevolte au gré de la musique et cristallise par sa chorégraphie la liberté des improvisations. Ca ne se devine évidemment pas à l’écoute du disque mais c’est important de le savoir car la musique ici a quelque chose d’organique qui suggère une raison d’être plus large qu’un simple paysage sonore. Les improvisations sont peuplées de bruits étranges, certes discrets mais bien présents, dus aux effets électroniques du guitariste Koenraad Ecker ainsi qu’aux percussions du batteur Frederik Meulyzer. On appréciera l’équilibre de ces subtils échafaudages sur des titres particulièrement réussis comme Chave ou Remorso. Et comme le nom du groupe le suggère, Salgado joue aussi du bansuri, une flûte indienne ancestrale dont on se servait jadis pour improviser des sons inspirés par la nature. Quand à Lander Van den Noortgate, il joue du saxophone alto comme d’un pinceau, brossant au milieu des textures sonores des mélodies virevoltantes et colorées comme une utopie dodécaphoniste. Imprévisible et parfois anguleuse, la musique du Collectif Bansuri est pourtant globalement fluide et moins déstabilisante qu’envoûtante avec, bien sûr, des passages expérimentaux mais aussi un côté pastoral (la première partie de Duvida), voire orientaliste (Perfeitamente), qui abolit toute tentative de classification. C’est ce qui fait tout le charme de ce conte musical (conto en portugais) qu’on recommande d’aller découvrir un soir en concert. En attendant, l’acquisition de cet album aussi éclectique que nuancé peut être envisagée avec la plus grande confiance. [ Bansuri Collectif sur MySpace ] [ Commander chez Mogno Records ] |
Greg Houben Trio : How Deep Is The Ocean (Igloo IGL 211), 2009
On reconnaît tout de suite le fameux thème d’Irving Berlin, How Deep Is The Ocean, dont l’interprétation d’une grande douceur renvoie forcément à Chet Baker qui l’a également joué tardivement dans une formule similaire avec Philip Catherine à la guitare et Jean-Louis Rassinfosse à la contrebasse (Chet's Choice, 1985). Houben aime Baker et va même jusqu’à chanter comme lui d’une voix suave et retenue sur Daybreak, un autre standard composé par Hoagy Charmichel et, jadis, également usé par Chet. Manifestement fasciné par le jazz des années 50 et 60, ce trio en donne une vision conforme, sans ornementation moderne inappropriée qui en déparerait la subtile beauté. Mais l’interprétation est d’une sensibilité inouïe : le jeu délié de Quentin Liégeois à la guitare est magnifique surtout quand il entrecroise ses notes avec la trompette veloutée du leader et qu’il le suit au plus près dans ses divagations. Sam Gerstmans fait résonner sa contrebasse de belle manière tandis que Greg Houben lui-même fait preuve à la trompette d’une grande finesse et joue avec une fluidité méditative, une aisance déconcertante et un swing à fleur de peau. Sur les huit titres du répertoire, six sont des standards, deux sont écrits par Houben et un par Dujardin mais l’homogénéité du disque est respectée tant les nouvelles chansons s’intègrent à merveille dans l’ensemble. La production et le mixage sont impeccables, plaçant l’auditeur au plus près du trio et l’enveloppant dans une sonorité chaude et chatoyante. On se croirait à un concert privé et on se mettrait presque à applaudir quand les musiciens s’autorisent quelques audaces sur les harmonies balisées. Ce disque feutré est d’une totale beauté et on en profite le mieux quand on l’écoute dans le silence en prenant son temps. C’est aussi une fantastique carte de visite pour cette nouvelle génération de jazzmen belges dont on sait maintenant qu’on peut en attendre beaucoup. [ Commander chez Igloo ] [ How Deep Is the Ocean (MP3 sur Amazon)
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Nathalie Loriers Trio + Bert Joris & String Quartet : Moments d'Eternité (WERF 078), 2009
Le huitième album de Nathalie Loriers résulte d’une collaboration entre la pianiste, qui a composé tous les morceaux, et le trompettiste Bert Joris qui les a arrangés. Par ailleurs, en complétant son trio (plus Joris) par un quatuor à cordes, elle a renoué avec la tradition classique dont elle est issue et, par la même occasion, avec une approche plus intimiste proche de celle de son plus célèbre opus : Walking through walls, walking along walls. C’est en effet le cas pour la majorité des compositions de cet album, comme Moments d’Eternité, Mémoire d’O, Prelude To Paradise ou Plus Près des Etoiles, qui apparaissent très structurées et obéissent à une esthétique européenne. Les notes de piano s’y détachent avec légèreté sur des tapis de cordes veloutés et tramés d’harmonies diverses. A côté de ces moments intériorisés qui mettent en exergue la délicatesse de son toucher, Nathalie Loriers s’est toutefois réservé deux compositions plus jazz où son swing naturel peut s’exprimer de façon plus extravertie. C’est le cas sur 400 Million Years Ago entièrement dominé par un long solo virevoltant de trompette, Bert Joris se montrant ici particulièrement impressionnant dans sa maîtrise de l’instrument. Bizarrement, on trouvera sur ce disque quelques titres déjà édités auparavant comme Obsessions et Mémoire d’O (Tombouctou, 2002) mais interprétés différemment et dotés de nouveaux arrangements. C’est aussi le cas de Neige, extrait de L'Arbre Pleure (2006), totalement transfiguré par un Bert Joris impérial. La rythmique, composée de Joost Van Schaik à la batterie et de Philippe Aerts à la contrebasse, est évidemment irréprochable et s’intègre avec professionnalisme dans le contexte délicat de cet album. Ceux qui apprécient le jazz d’essence européenne, lyrique, précieux et perfusé de tradition classique, n’auront aucun mal à pénétrer les grands mystères de ces petits moments d’éternité. [ Commander chez De Werf ] |
Mahieu-Vantomme Quartet : Walk Into The skyline (WERF 077), 2009
Après Wicked Place (2002) et Whatever, qui date déjà de 2004, ce troisième disque du quartet Mahieu-Vantomme confime la qualité de ces (un peu moins) jeunes Flamands formés au Conservatoire Royal de Gand où ils se sont rencontrés et qui sont devenus, au fil de ces dix dernières années, des compositeurs et interprètes accomplis. Cette fois encore, on a droit à un jazz moderne aux tempos variés, caractérisé par un swing quasi permanent et, dans les ballades, par une réelle émotion. L’interaction entre le pianiste Dominique Vantomme et le saxophoniste ténor Tom Mahieu a désormais atteint un niveau d’exception tandis que la rythmique composée du batteur Geert Roelofs et du contrebassiste Werner Lauscher aide beaucoup par son incroyable dynamique. Prenez Free Your Mind par exemple. C’est un superbe étendard, conçu par Tom Mahieu, qui affiche toutes les qualités du combo : un thème accrocheur, une rythmique au groove lent et intense, un piano cristallin, un ténor avec du souffle et des solos qui fusent avec naturel. La gestion de l’espace sonore est magnifique : on y respire à l’aise et c’est peu de dire que l’écoute de cette musique apaise tout en maintenant l’auditeur en alerte. A l’autre bout du disque et du spectre, on trouve Close To My Heart, composé cette fois par Dominique Vantomme, qui étire le temps avec une infinie langueur et installe un climat romantique où scintillent les notes détachées d’un piano en apesanteur. Entre ces deux plages magnifiques situées aux antipodes, Walk Into The Skyline explore d’innombrables possibilités sans jamais décevoir. Joliment emballé dans une pochette épurée obéissant à la griffe éditoriale actuelle du label WERF, voici une petite merveille dont la beauté envoûtante ne laissera personne insensible ! [ Commander chez De Werf ] |
Al Orkesta : Where Are We Now ? (Mogno j030), 2008 (édition 2009)
Al Orkesta, c’est le projet du saxophoniste et clarinettiste anglais Joe Higham. Après avoir étudié le jazz au Conservatoire de Bruxelles, Higham s’est mêlé à la scène belge en jouant avec les groupes les plus divers, du jazz bien sûr mais aussi des musiques plus actuelles comme le m-base. Ce touche-à-tout s’est aussi intéressé à la musique arabe en étudiant le ney avec Hamid Al Basri et, pour faire bonne mesure, s’est aussi associé à un groupe de rock Klezmer (musique juive). Toutes ces influences se retrouvent dans le projet Al Orkesta qui explore des thèmes folkloriques dont certains originaires de Turquie (House Of The Marriage), de Syrie (Sal Fi-na Al-Lahda), de Bulgarie (Horo Krivo) ou d’Israel (Sphil-Zhe Mir A Lidele) mais en les revisitant d’une façon moderne. Le résultat se situe quelque part entre une fanfare balkanique, le jazz pluriel d’Aka Moon et le rock de Canterbury quand il se tourne vers l’Orient. Beaucoup plus digeste qu’on ne pourrait le penser à la lecture de cette chronique, cette musique bénéficie aussi de la présence de solistes hors pairs à qui il est laissé un espace suffisant pour briller. Outre le leader lui-même et le trompettiste Jean Paul Estiévenart, il faut aussi compter avec la griffe personnelle de Jacques Pirotton, compositeur de l’unique morceau non écrit ou arrangé par le leader (Valse Immonde), dont la guitare électrique tire le projet vers une fusion jouissive (écoutez pour ça House Of The Marriage). Lyrique ou ludique, mélodique ou ouverte, la musique d’Al Orkesta se construit bien souvent sur des chants simples et joyeux, terrains de jeu propices à des réjouissances qui se prolongent jusque dans la démesure. Where Are We Now? est un album bigarré et insolite, bien équilibré entre envolées collectives et improvisations solistes. Les amateurs de World Jazz et de brassage culturel devraient apprécier sans réserve ! [ Joe Higham ] [ Al Orkesta chez Mogno Music ] |
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Collapse (IGLOO New Talents IGL 219), 2010
A l’instar de celui d’Ornette Coleman, ce quartet sans piano, donc sans soutien harmonique, n’a pas choisi la facilité. Cédric Favresse au saxophone alto et Jean-Paul Estiévenart à la trompette prennent beaucoup de libertés avec leurs compositions originales qui n’en sont pas moins habilement conçues et très diversement colorées. Entre les intonations « klezmer » de Erupcja, les tourneries hypnotiques de Bustani et le post-bop lumineux de The Rain, les seules constantes de cette musique restent sa fraîcheur, sa fougue, son imprévisibilité et son étonnante inventivité. Composée du batteur Alain Deval et du contrebassiste Lieven Van Pee, deux jeunes musiciens disponibles et ouverts à d’autres expériences comme l’électro ou le rock progressif, la section rythmique incandescente porte très haut les interactions fluctuantes des deux solistes qui rebondissent et ricochent sur le tempo élastique. Parfois, la musique frôle l’atonalité mais sans jamais s’y complaire : on retrouve toutefois ici la même vision libertaire que défendent Jeroen Van Herzeele et, plus récemment, Ben Sluijs qui furent par ailleurs les professeurs de Cédric Favresse, l’un au Conservatoire de Bruxelles et l’autre au Jazz Studio. En dynamitant les conventions comme sur Berbère Motion, le quartet retrouve aussi les vertus des transes primitives, renouant avec une magie antique qu’il croise avec une approche moderniste, réinsufflant ainsi une part de mysticisme et de sacré dans un monde musical certes ébranlé par sa dématérialisation mais toujours dominé par le profit. Pour moi, Collapse aurait pu sortir sur Impulse au début des années 70 : il porte en lui la même ferveur contagieuse que les albums de ce label mythique tandis que sa polyphonie cuivrée, portée par un phrasé incantatoire, exhale un souffle haletant. Après avoir remporté le Concours du Jazz Marathon dans son édition 2007, Collapse a attendu trois ans avant d’enregistrer ce premier album éponyme, point de départ brillant et étonnamment mature d’une discographie future qui s’annonce d’ores et déjà passionnante. [ Collapse sur MySpace ] [ Commander chez Igloo ] [ Collapse (MP3 sur Amazon.fr)
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Weber Iago : Nehmat (Solo Piano) (Mogno j038), 2010
Les hasards de l’édition ont voulu qu’en même temps que les « piano works » de Charles Loos, sorte aussi cet album enregistré en solo par le pianiste d’origine brésilienne Weber Iago. La pièce maîtresse de Nehmat est une suite dédiée à la Belgique, pays où il se produit et enregistre depuis 2000 en solo (Two Hands, One Heart, Mogno, 2000), en duo avec Charles Loos (O Sonho e o Sorriso, Igloo, 2001) ou au sein d’un quartet local avec le flûtiste Pierre Bernard, le bassiste Henri Greindl et le batteur Tonio Reina (Spring Will Stay Here, Mogno, 2003). De façon surprenante, la musique traduit cette ambiance nostalgique propre au plat pays « avec ses cathédrales pour uniques montagnes et de noirs clochers comme mâts de cocagne où des diables en pierre décrochent les nuages ». Iago y déploie une grande virtuosité qu’il met au service de la musique sans aucun effet démonstratif. Rien que ce bel hommage vaut à lui seul l’achat de cet album. Egalement magnifique est Sinos, dédié à Pierre Van Dormael récemment décédé. La mélodie austère et l’improvisation en demi-teintes s’étendent sur sept longues minutes pendant lesquelles plane l’ombre du grand guitariste. Le répertoire comprend d’autres titres où se mêlent les influences classiques et jazz d’un pianiste au style impressionniste impossible à caractériser. A noter aussi l’étonnant Soul Print sur lequel transparaît sa science du rythme dans une approche percussive de l’instrument plutôt impressionnante. Bien que dans un autre genre, ce disque est tout aussi indispensable que celui de Loos : ces deux albums combleront pour les mois à venir les amateurs de belle musique classicisante et de piano acoustique explorés en solitaire. [ Commander chez Mogno Records ] |
Ivan Paduart & The Metropole Orchestra : Crush (Mons records MR 874495 - 2 CD), 2010
Le 12 décembre 2008, le pianiste Ivan Paduart se produisait au Cirque Royal de Bruxelles avec un grand orchestre de 55 musiciens et quelques invités de marque. Ce double compact restitue cet évènement dans son intégralité, soit une heure 30 de musique pour douze compositions du leader qui comptent parmi ses plus belles réalisations. On sait combien Paduart est amateur de belles mélodies délicates déjà fort chantantes quand elles sont interprétées en petite formation mais il faut avouer qu’une fois confiées aux mains expertes d’arrangeurs comme Michel Herr ou Bert Joris, elles prennent une autre dimension. Le Metropole Orchestra, dirigé par Jim Mc Neely, est un orchestre néerlandais combinant un big band de jazz et un ensemble classique avec cordes, bois et une harpe. Souple et jamais envahissant, il parvient à donner à la musique un lustre incomparable. Le premier compact rassemble les chansons interprétées par la chanteuse néerlandaise Fay Claassen et dont les textes ont été écrits entre autre par David Linx. Largement majoritaires, les ballades sont lisses et voluptueuses tandis que le swinguant I Had A Ball (extrait de Blues Landscapes), qui bénéficie de la présence d’une guitare électrique bluesy, introduit la deuxième partie du concert. Le second disque, entièrement instrumental, permet d’apprécier différents solistes dont le saxophoniste ténor Bob Malach, dont la sonorité musclée et l’approche néo-bop font parfois penser à Michael Brecker, et Ivan Paduart lui-même dont les notes cristallines flottent comme des étoiles au-dessus de la masse orchestrale. Beaucoup de charme, d’expressivité et de moments magiques affleurent à la surface tandis que défilent dans leur nouvel écrin les thèmes mémorisés jadis à l’écoute de précédents albums (Igor extrait de Blue Landscapes, Shivers Down My Back de Belgian Suites, White Nights…). Ceux qui ont vécu le concert en direct trouveront ici le support nécessaire pour en perpétuer indéfiniment le souvenir. Les autres peuvent s’offrir une belle soirée musicale dans le confort ouaté de leur salon sans risque d’être déçus. [ Ivan Paduart Website ] |
L'âme des poètes : Ceci n'est pas une chanson belge (IGLOO IGL 218), 2009
Coucou, les revoilou ! Toujours souriants et plus espiègles que jamais, les membres de l’âme des poètes proposent une nouvelle galette qui réunit des chansons belges de tout genre et de toute époque. Si Johnny Tu n’est pas un ange de Vaya Con Dios, ici rendu avec une souplesse féline, ou Cœur de loup de Philippe Lafontaine, enluminé d’un solo de guitare magistral, paraissent des choix évidents sinon incontournables, on avait de quoi s’interroger à la lecture des titres de quelques autres sélections comme Chef un p’tit verre on a soif du Grand Jojo ou C’est ma vie de Salvatore Adamo. Et bien, le plus étonnant est que ça fonctionne. A peine reconnaît-on la mélodie qu’on est parti sur les chapeaux de roue dans des improvisations débridées, à la guitare par un Fabien Degryse en grande forme et au saxophone soprano par un Pierre Vaiana bouillonnant. Quant à Jean-Louis Rassinfosse, son air coquin sur la photo du digipack en dit long sur le plaisir qu’il a pris à réinterpréter en jazz ces vieilleries d’un autre temps. Ils vont même jusqu’à assumer leur belgitude en reprenant des chansons qui défendirent nos couleurs à l’Eurovision : Mon amour pour toi de Fud Leclerc qui remporta la sixième place en 1960, Eurovision de Marc Moulin et Telex en 1980 et J’aime la vie de Sandra Kim qui décrocha la première place en 1986. Rien à voir avec le jazz penserez-vous ? Erreur ! Nos trois impénitents n’en démordent pas : donnez leur une chanson quelle qu’elle soit, même à trois accords, et ils en feront un standard du jazz (belge). Les arrangements sont aussi variés qu’impeccables. Prenez par exemple la chanson à boire du Grand Jojo qui est transformée en complainte malienne lancinante ou L'amour Ça fait chanter la vie de Jean Vallée (encore un autre succès de l’Eurovision) enrobé d’accords de bossa nova ou encore Marcinelle de Paul Louka revisité dans l’esprit de Thelonious Monk. Et puis, l’album contient aussi une vraie perle en forme d’hommage au premier guitariste et membre fondateur du trio : Pierre Van Dormael qui composa en 1978 ce Tout petit la planète pour l’inénarrable Plastic Bertrand. La musique, à peine reconnaissable, prend ici une intonation mystérieuse comme si le groupe s’interrogeait sur le destin de leur ancien compagnon décédé en 2008 d’un cancer. Pardonnez-leur cet humour potache qui colle à leur projet, ces trois là ont un cœur qui bat et le pouvoir secret de muter en or pur le plus commun des matériaux. [ Commander chez Igloo ] |
Slang : Karmasutra (Indépendant – SL004), 2009
Au croisement du rock, des musiques ethniques et du jazz, Slang est un cas à part sur la scène belge. Sa musique métissée dégage avant tout une énergie énorme (je me souviens d’un concert pluvieux sur la Grand Place de Bruxelles, dans le cadre du Jazz Marathon, où le public, hypnotisé par les sons et les images du light show, dansait carrément sur les tables). Dans cet enregistrement en studio, les impulsions du trio sont à peine plus contrôlées : la basse de François Garny est grondante, les saxophones et flûtes de Manuel Hermia tranchants ou dépaysants et les percussions de Michel Seba toujours aussi arborescentes et tentaculaires. En dépit de quelques parties chantées qui n’apportent pas grand-chose, la fête est bien présente, rougeoyante, décapante, électrique et vitale dans sa démesure. Si les influences indiennes, auxquelles on sait Manu Hermia fort sensible, colorent le morceau éponyme, le reste relève davantage d’un groove moderne peuplé des multiples sources qui ont fertilisé l’imagination des musiciens. Le couac saxophonique de KB’s a beau sonner comme un manifeste iconoclaste, la musique n’en est pas moins passionnante car les musiciens s’amusent peut-être avec le public mais pas aux dépens de leur intégrité artistique. Ecoutez Complètement à l'Est par exemple : le solo de flûte de Manuel Hermia n’allie-il pas un dynamisme extraordinaire à un art maîtrisé de l’improvisation? Et dans Les Cinq Doigts de la Main, le solo de sax ne retrouve t’il pas la vigueur et les préoccupations rythmiques propres au M’Base de Steve Coleman ou, plus près de chez nous, de Fabrizio Cassol? Brassant un peu plus large qu’on ne pourrait le croire, Karmasutra ne se résume pas à un hymne au voodoo ni à une autre célébration païenne, c’est une expérience sensuelle et collective d’intégration musicale qui rompt avec les traditions et déboule à toute pompe sur les routes du binaire alambiqué. Ecoutez-les et, surtout, allez les voir en live ! [ Slang Website ] [ Karmasutra MP3 sur Amazon ] |
Maria Palatine : Spindrift (IGLOO MONDO IGL 216), 2008
D’origine allemande et installée en Belgique depuis 2005, Maria s’est donné pour nom de scène celui de sa terre natale, le Palatinat, et perpétue une tradition familiale : jouer de la harpe, un instrument rare sinon inexistant dans le monde du jazz. Il faut dire qu’en dépit de la présence de jazzmen belges comme Manu Hermia (saxophone et flûte) et Sam Gerstmans (contrebasse), la musique de Maria Palatine, ne présente qu’un rapport ténu avec le jazz même dans sa vision européenne. Ce qu’on entend ici défie toute classification tant l’approche est originale. Voix, harpe, violons, violoncelle et percussions s’entrecroisent et tissent de jolies mélopées sur lesquelles viennent s’incruster en douceur le saxophone soprano ou la flûte de Manu Hermia. Comme les titres des morceaux en témoignent (By The Waters, On Waterways, Deep As The Ocean Blue, If You Want Water…), le thème général est l’eau et il n’y a pas de meilleur instrument que la harpe pour suggérer les cascades de gouttes cristallines et célébrer l’élément aquatique dans sa pureté originelle. Pas étonnant que la Communauté française de Belgique lui ait demandé en 2008 de la représenter à l'exposition universelle sur l'eau de Saragosse où elle a interprété Water Celebration, une composition avec chœur, récitant et ensemble de jazz. Décomplexée de son héritage classique, Maria Palatine joue une musique de chambre en partie improvisée qui se déploie en d’amples et fluides mouvements qui font rêver. Et comme elle a beaucoup voyagé, elle intègre aussi dans sa musique des nuances exotiques auxquelless participent le bansuri (flûte indienne) de Manu Hermia. Mine de rien, Spindrift est déjà le septième opus de la harpiste et sa beauté intrinsèque pourrait bien vous inciter à redécouvrir quelques unes de ses œuvres plus anciennes. [ Maria Palatine Website ] [ Commander sur Igloo Records ] |
Peer Baierlein Quartet : Cycles (WERF 079), 2009
Le Peer Baierlein Quartet, c'est en fait la nouvelle dénomination de Jazzisfaction, un excellent combo, fondé en 1997 par le trompettiste d'origine allemande Peer Baierlein, à qui l'on doit deux albums réussis : Issues en 2002 et Open Questions en 2005. En dépit de ce changement de nom, les quatre musiciens, qui s'étaient rencontrés jadis au Conservatoire de Lemmens, sont les mêmes tandis que leur style de musique est resté fidèle à la fois à la formule Blue Note des années 60 et à une esthétique cool où perce l'influence de grands maîtres de la trompette veloutée comme Tomasz Stanko, Bert Joris ou Tom Harrell. Ainsi, entre ces deux pôles, évolue un répertoire fluide d'une inaltérable constance. Introduit par le piano nostalgique d'Ewout Pierreux, Song For Mpho démarre le set en douceur. Baierlein y improvise ensuite avec élégance, jouant avec les sonorités de sa trompette, ce qui donne des nuances variées à son jeu déjà très émotionnel. Dans un autre registre, One distille un groove feutré soutenu par Ewout Pierreux au piano électrique tandis que Baierlein swingue avec aisance et subtilité sur la rythmique efficace composée de Davide Petrocca à la basse et d'Yves Peeters à la batterie. Parfaitement accessibles, les six titres, composés pour un tiers par le trompettiste et pour le reste par le pianiste, s'enchaînent avec bonheur au fil d'une navigation paisible où les écueils et les méandres sont intelligemment négociés. Le voyage se termine sur un thème alangui au titre évocateur (Slow Beauty) qui emmène l'auditeur dans un paysage sonore poétique rempli d'ombres et de lumières dont le label ECM s'est fait une spécialité. Enregistré en concert en mai 2009 au Jazz Station et au Rataplan devant un public d'amateurs attentifs, cet album superbement produit s'écoute avec un réel plaisir. Aucun virtuosité gratuite ici, ni expérimentation, ni surprise déplacée. Il n'y a que du jazz, ciselé dans le silence, qui s'insinue avec beaucoup de charme dans le coeur d'un public conquis par la fraîcheur et la simplicité de cette musique. [ Commander chez De Werf ] [ Peer Baierlein Website ] [ Peer Baierlein sur MySpace ] |
Jean Warland & Fabrice Alleman : The Duet (Igloo IGL214), 2009
Bonne idée que de réunir Jean Warland, vétéran de la contrebasse, avec le jeune et bouillonnant saxophoniste clarinettiste Fabrice Alleman, révélé en 1998 par Loop De Loop (Igloo IGL136) enregistré en quartet aux côtés de Michel Herr, Jean-Louis Rassinfosse et Frédéric Jacquemin. Warland, c’est tout un pan de l’histoire du jazz européen : depuis 1945, il a joué avec tout le monde, de Lee Morgan à Dizzy Gillepie en passant par Lucky Thompson, Martial Solal, Johnny Griffin, Don Byas et Kenny Clarke avec qui il entretiendra une relation durable Dans l’histoire plus restreinte du jazz belge, son nom est associé a des musiciens historiques comme Jean Omer, Fud Candrix, Jack Sels, Sadi ou Francy Boland (à lire dans Bass Hits, les mémoires du contrebassiste qui viennent d’être publiées aux éditions Le Cri). Pas de nouvelles compositions dans cette rencontre à nu mais un répertoire de standards soigneusement choisis comme véhicules propices à de fructueux échanges. On pourrait s’attendre à une session convenue entre deux générations distinctes mais ce n’est pas le cas, les deux compères dialoguent avec une fraîcheur et une aisance incomparables, sculptant l’éphémère en de nouvelles et intrigantes beautés. Au fil des titres, Alleman passe du ténor au soprano ou à la clarinette mais, quelque soit l’instrument choisi, il swingue avec bonheur sur les mélodies intemporelles de Duke Ellington, Irving Berlin, Gus Arnheim ou Blosson Dearie. Dix titres sur douze sont en duo tandis que les deux autres bénéficient de la présence du batteur Frédéric Jacquemin (Let's Face The Music And Dance) ou du tromboniste Phil Abraham, ce dernier regorgeant de finesse et de sensibilité sur le fameux Sleeping Bee de Harold Arlen. The Duet est un disque chaleureux et épanoui conçu sous la bonne étoile double du talent et de la complicité. [ The Duet sur MySpace ] [ Commander chez Igloo ] |
Pascal Mohy Trio : Automne 08 (Igloo IGL209), 2009
Pascal Mohy, on l’a découvert en 2007 au sein du quartet qui accompagne la chanteuse Mélanie De Biasio. Pianiste sensible au toucher délicat, il fut un élément majeur dans la réussite de l’excellente production A Stomach Is Burning (2007 Igloo, réédité en 2008 par Cristal Records). Ici à la tête de son propre trio comprenant le contrebassiste vétéran Sal La Rocca et le batteur Joost Van Schaik, il confirme sa grande sensibilité tout en explorant d’autres facettes de son art. Bien sûr, on retrouve ce côté feutré et intimiste dans lequel il excelle et, à cet égard, le standard de Duke Ellington (Prelude To A Kiss), celui de Thelonious Monk (Ruby My Dear), le Naima de John Coltrane ou sa propre Ballade En C Mineur creusent le sillon d’un lyrisme à fleur de peau, le piano sinueux oscillant constamment entre mélodie légère et improvisation subtile. Mais l’homme, qui fut récompensé du Django D'Or des jeunes talents en 2007, n’est pas qu’un caresseur de notes et possède d’autres cordes à son arc. Ainsi, sa composition personnelle “12 Huîtres Boogie” s’approprie-t’elle l’idiome du blues avec une facilité déconcertante tout en mettant en avant un swing voluptueux qu’on n’aurait guère soupçonné chez ce musicien à priori plus nonchalant que fiévreux. If I Were A Bell, qui débute comme une comptine d’enfant, enfonce le clou avec une improvisation enjouée et bourrée d’idées. La rythmique aide beaucoup en soulignant le jeu dynamique et aéré du leader, contribuant largement au contraste et aux nuances d’une musique particulièrement vivante. On notera aussi la qualité de l’enregistrement qui a privilégié un son rond et chaleureux favorisant la proximité entre l’artiste et celui qui l’écoute. Du beau travail ! [ Commander chez Igloo-Sowarex Records ] |
Eve Beuvens : Noordzee (Igloo IGL208), 2009
Initialement un trio constitué à l’hiver 2004, la formation de la pianiste Eve Beuvens est devenue récemment un quartet avec l’addition de Joachim Badenhorst au saxophone ténor et à la clarinette. Comprenant à l’origine des standards et des compositions de Bobo Stenson et de John Taylor (deux influences majeures pour le groupe, Eve Beuvens et la contrebassiste Yannick Peeters ayant pris des cours l’une à Cologne chez John Taylor et l’autre à Göteborg chez Anders Jormin, membre du Bobo Stenson Trio), leur répertoire s’est graduellement étoffé de compositions personnelles si bien que ce disque n’offre plus que leur propre musique, même si elle a gardé des traces de leurs parcours respectifs. La première impression qui se dégage à l’écoute de ces neuf plages est la formidable connexion entre les quatre complices qui partagent indéniablement une vision commune de leur art. Bien qu’il soit composé de morceaux très variés, Noordzee apparaît en effet comme un projet cohérent et c'est avec aisance et naturel que la musique passe de compositions éthérées (Compo 2, Fragile) et lyriques (Alone Together, 44, Noordzee) à des morceaux plus rythmés (Litla Prump, Little Scorpion) et plus sombres (Looking For Trouble). Dans les moments les plus retenus, le phrasé clair et détaché d’Eve Beuvens rappelle parfois celui de Nathalie Loriers tandis que Joachim Badenhorst, qui maîtrise aussi bien les références à la musique classique que le jazz, était sans aucun doute le choix idéal pour compléter la vision du trio. Le quartet bénéficie par ailleurs d’une section rythmique brillante composée, outre Yannick Peeters, de l’excellent batteur Lionel Beuvens qu’on a pu apprécier récemment sur les productions des trios de Sabin Todorov et de Steven Delannoye (ici déjà en tandem avec Peeters) ainsi qu’aux côtés de Peter Hertmans (Cadences) et de François Delporte (aRTET). Noordzee est un disque attrayant et une carte de visite idéale pour introduire ces jeunes et nouveaux talents. [ Eve Beuvens sur MySpace ] [ Joachim Badenhorst sur MySpace ] [ Commander chez Igloo-Sowarex Records ] |
Henri Greindl : Bela Vista (mogno J032), 2009
Comme l’affiche clairement sa jolie pochette, Bela Vista est un disque d’aventures. Ce rivage luxuriant éclairé par les étoiles, où s’échoue une guitare acoustique en provenance d’on ne sait où, est une invitation au voyage, à l’exotisme, à la belle vie. Ainsi, c’est tout naturellement par la composition Bela Vista que commence notre évasion et déjà, après une courte introduction nostalgique jouée à la guitare acoustique qui nous emmène tout droit dans les favelas, la musique prend son envol sur la flûte légère de Pierre Bernard. Le thème qui paraît familier coule de source tandis que les solistes, à la guitare et au piano électrique, se succèdent avant que la flûte ne réapparaisse. Déjà, il fait bon et on se sent bien ! Au fil des plages, les musiciens brésiliens de Fortaleza ou de Sao Paulo s’associent au quintet « belge » sans que l’ambivalente culture ne soit jamais trop apparente. C’est ainsi que l’on retrouve ici le jazz tel qu’on le pratique chez nous : mélodique, sinueux, précieux et pourvu d’un swing tranquille, comme ce Zierikzee Blues à la rythmique en velours sublimé par le saxophone alto d’un Daniel stokart en état de grâce. Des valses, des influences latines, une samba, et bien sûr du jazz qui se feutre sur de savantes percussions. Et il ne faudrait surtout pas oublier la fantastique prestation de Weber Iago au piano acoustique sur le très lyrique Quelques Lignes Pour Kathleen. Avec une telle approche qui mêle diversité et qualité, inutile de préciser qu’on ne s’ennuie jamais. Fondateur du label Mono qui édite cet album, initiateur des groupes Cheiro de Choro et Parfum Latin, ingénieur du son, producteur et en plus excellent guitariste, Henri Greindl s’affirme aussi sur Bela Vista comme un compositeur doué capable d’enrober ses thèmes dans des arrangements raffinés aux timbres riches et inédits. Captivant ! [ Commander chez mogno ] |
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