Compacts de Jazz Belge :
Les Nouveautés

Kim In The Middle : Open & Close (RailNote RN007), 2014
Kim Versteynen (chant); Arne Van Coillie (piano); Flor Van Leugenhaeghe (contrebasse); Luc Vanden Bosch (drums & percussions)

1) Intro (1:42) - Summertime (8:09) - A Short Goodbye (5:18) - As You Are (6:06) - Kind Of Grey (6:35) - Milk Wood Sky (6:19) - Minor Idea For A Walk (8:38) - Travessia (5:20) - A Mermaid's Tale (5:42) - Baby (5:35)

Le titre de l'album fait référence à la volonté des musiciens de s'ouvrir spirituellement et musicalement les uns aux autres et de favoriser ainsi leur rapprochement et leur interaction. Si c'était un des objectifs de Kim In The Middle, on peut raisonnablement écrire qu'il est atteint. Ainsi en témoigne la reprise du Summertime de Gershwin qui ouvre l'album après une courte improvisation libre. Car le traitement très personnel de ce standard éculé vous surprendra: on y entend en effet un groupe particulièrement soudé où la voix de Kim Versteynen, surtout quand elle improvise en scat, semble un instrument comme les autres. Son chant tout en retenue s'enroule en boucles tournant sur elles-mêmes avec grâce et légèreté, en totale osmose avec un trio qui groove gentiment. Le pianiste Arne Van Coillie est aussi à l'honneur, conduisant la musique de l'intérieur avec un jeu aéré qui ne bouscule jamais la chanteuse mais c'est bien la formation entière qu'il faut louer pour sa gestion intelligente de l'espace sonore. Ces qualités se retrouvent intactes dans les autres reprises de l'album qui incluent de bonnes versions de Travessia et de Baby, respectivement écrits par deux icônes "do Brazil", Milton Nascimento et Caetano Veloso, toutes deux interprétées en portugais avec une belle assurance. On notera aussi l'élégant thème de Milk Wood Sky, jadis chanté par Norma Winstone, sur lequel la voix veloutée fait des merveilles. Les compositions originales ne dénotent aucunement dans l'ensemble et l'on s'attardera seulement sur la superbe ballade Kind Of Grey, écrite en collaboration avec Tim Finouls (avec qui la chanteuse forme un duo qui remporta en 2013 le Concours Jeunes Talents des Leffe Jazz Nights de Dinant). Dans une ambiance "after hours", la voix souple et nuancée de Kim Versteynen donne de la profondeur aux paroles mélancoliques de cette chanson en demi-teinte. Sur quelques titres, Van Coillie passe au piano électrique, ce qui procure d'autres couleurs à une musique évoluant globalement dans un registre medium. Open & Close est un disque fluide et fort plaisant, parsemé de beaux moments d'échange, et qui mérite largement d'être écouté.

[ Kim Versteynen Website ] [ Kim In The Middle - 1st album, 2011 (CD & MP3) ]
[ A écouter : Making of the album Open & Close ]

Ivan Paduart : Alone # (Quetzal QZ 139), 2014
Ivan Paduart (piano)

1) Arvo (3:54) - 2) So (4:13) - 3) Renaissance (2:27) - 4) Arythmie (1:18) - 5) Forbiddden Love (1:36) - 6) Spring In Your Mind (1,23) - 7) Formentera (1:55) - 8) Never Say Never (1:52) - 9) Life As It Is (3:36) - 10) Zen (4:44) - 11) Quintessence (2:10) - 12) Childs (1:37) - 13) To Say Things (2:11) - 14) Véronique (3:24) - 15) Igor (4:30) - 16) Ignorance Infinie (1:58) - 17) Impro (1:58) - 18) If I Knew Then (1:58) - 19) Blue Landscapes (3:13) - 20) Solstice d'été (3:48) - 21) Slow Motion (1:58) - 22) Aigre Doux (1:24) - 23) You Must Believe In Spring (2:18) - 24) Bleeding Heart (1:15) - 25) Wait For Me (2:08) - 26) To My Parents (2:01)

Ce disque est une réédition, augmentée de trois titres, de l'album Alone enregistré au Portugal et en Belgique en 2003 et sorti confidentiellement sur Alone Blue Records en 2005. Dans la discographie fournie d'Ivan Paduart dans laquelle les configurations et les paysages sonores se conjuguent au pluriel, ce disque se distingue par le fait que le pianiste belge y pratique pour la première fois l'art difficile du solo. A part You Must Believe In Spring, le standard de Michel Legrand popularisé par Bill Evans, le répertoire ne comprend que des compositions originales dont certaines déjà enregistrées antérieurement dans d'autres contextes. C'est ainsi l'occasion de réentendre, dans des versions dépouillées, quelques unes des superbes mélodies, intitulées Arvo, Igor, Blue Landscapes et Formentera, qui ont émaillé la carrière récente de ce pianiste au toucher délicat. Les titres les plus accrocheurs sont aussi les plus développés quand Paduart prend le temps de s'étendre au-delà du thème. Sur So, Zen, Igor ou Solstice d'été, c'est ainsi un bonheur de l'écouter improviser avec légèreté sans jamais toutefois s'égarer trop loin dans l'abstraction, injectant dans ses chapelets de notes un lyrisme saturnien qui est devenu au fil du temps sa signature. Les notes cristallines du piano résonnent avec clarté tandis que les phrases s'enroulent dans une séduisante introspection magnifiquement préservée par la qualité de l'enregistrement. Parmi les 26 pièces du répertoire figurent quelques ébauches de compositions dont la durée est comprise entre une et deux minutes. Paduart y expose quelques nouveaux thèmes qui sonnent aujourd'hui comme des interludes mais qui feront peut-être demain l'objet de nouveaux développements. Les nostalgiques Spring In Your Time et Bleeding Heart, Arythmie, et Slow Motion sont ainsi de bons candidats pour de plus amples et futures explorations. Evidemment, on est tenté pour décrire cette musique de faire appel à l'univers habituel du piano jazz incluant Keith Jarrett, Bill Evans, voire Fred Hersh mais, pour légitimes et prestigieuses que soient les références à ces monstres sacrés, elles ne décrivent pas adéquatement le jeu de Paduart qui affirme ici un style personnel et reconnaissable, très imprégné aussi bien par la musique classique que par le monde de la chanson. A l'instar du nuage rose de la pochette (beaucoup plus réussie que celle de l'édition précédente), voici une musique paisible qui passe en invitant à la rêverie et à des voyages sans destination.

[ Alone chez Quetzal Records ] [ A écouter : Arvo - Forbidden Love ]

Sophie Tassignon & Peter Van Huffel / House of Mirrors : Act One (Wismart Records), 2014
Sophie Tassignon (voix); Peter Van Huffel (clarinette, saxophones alto & soprano); Julie Sassoon (piano); Miles Perkin (basse)

1) Old Stones (5:09) - The Tree (4:01) - 3) Labyrinth (4:50) - 4) This Is The Garden (5:41) - 5) Breaking Point (5:31) - 6) Mirror (9:28) - 7) Act One (6:32) - 8) Mute (3:57) - 9) Blätter I (4:23) - 10) Blätter II (5:06) - 11) Le Chant Des Oiseaux (4:00)

Les références sont aussi multiples qu'innombrables et aucune d'entre elles ne peut vous préparer à ce que vous allez entendre. Le mieux est donc d'entrer franchement dans ce disque par son première palier, le fascinant Old Stones: un prière païenne qui vous téléporte au royaume blême des fantômes et autres créatures immatérielles. La voix étourdissante de Sophie Tassignon égrène des sons sur lesquels vous mettrez vos propres paroles tandis que la clarinette du Canadien Peter Van Huffel offre un contrepoint à la voix en un jeu lyrique constamment renouvelé. The Tree qui vient ensuite est une autre histoire. De l'étrangeté des onomatopées d'une grande richesse timbrique et rythmique naît un discours obsessionnel qui renvoie à une musique avant-gardiste mais aussi à un cinéma fantastique peuplé de forêts jurassiques et de créatures imaginaires. Breaking Point renoue avec un jazz free qui exhale une splendide énergie collective où l'on remarque plus qu'ailleurs le jeu arborescent de la pianiste Julie Sassoon et celui hypnotique du bassiste Miles Perkin. Ensuite, c'est un piano méditatif qui ouvre un Mirror apaisant en dépit de ses innombrables brisures et tensions tandis que Tassignon délivre de vraies paroles à propos de sa solitude. A ce stade, on sait que l'on restera ici constamment à la limite entre jazz improvisé et musique expérimentale, et par extension à la frange de toute musique connue. Avant que le programme ne se referme, on aura encore beaucoup d'occasions de s'étonner, du solo de contrebasse sur Labyrinth aux bruitages vocaux malicieux de Mute, de la mélodie envoûtante de This Is The Garden au scat de Blätter dont le rythme est un poème sonore. Le répertoire se clôture par Le Chant Des Oiseaux, splendide ballade légère comme un nuage qui, par sa poésie étrange et ses accords célestes, parvient à installer une profonde nostalgie amplifiée par la pureté du chant. Voilà un disque qui transcende toutes les formes musicales connues au risque de déranger. Mais qui s'en plaindra quand on est ainsi transporté d'un morceau à l'autre dans des mondes intérieurs aussi versatiles qu'émotionnels? Sophie Tassignon et ses complices sont des magiciens et leur Maison des Miroirs est pleine de reflets. En y pénétrant à leurs risques et périls, beaucoup tomberont sous le charme et d'autres seront surpris, voire effrayés. Peut-être même que vous y perdrez vos repères ou davantage, qui sait ? Une chose est sûre toutefois: personne n'en ressortira indifférent !

[ Sophie Tassignon Website ]

Bert Joris & Tutu Puoane : Live At De Roma
(Challenge), 2013
Bert Joris (tp, arrangeur); Tutu Puoane (chant); Ewout Pierreux (piano); Nicolas Thys (contrebasse); Martijn Vink (dr) + Royal Flemish Philharmonic

1) Between us - 2) Mpho's Song - 3) Dreaming On And On - 4) Time's On Our Side - 5) Late September - 6) At least Not Alone - 7) Signs & Symphony

[ Commander chez De Werf ]

Pierre Anckaert / Tom Van Dyck 4-tet : Union Match
(September), 2013
Pierre Anckaert (piano, Fender Rhodes); Tom Van Dyck (ss); Hendrik Vanattenhoven (contrebasse); Mimi Verderame (dr)

1) Spanish Buzz - 2)On The Blueway - 3) Bright Lights - 4) Inarritu's Realism - 5) Union Match - 6) Blue velvet - 7) Broken symmetries - 8) Mignonette - 9) Slutstation

[ Pierre Anckaert / Tom Van Dyck 4-tet Website ]

Jean-Paul Estiévenart : Wanted
(WERF 115), 2013
Jean-Paul Estiévenart (tp); Samuel Gerstmans (contrebasse); Antoine Pierre (dr)

1) The Man - 2) Between The Curves - 3) Am I Crazy - 4) Amok - 5) Bird - 6) Les Doms - 7) Lazy bird - 8) Witches Waltz - 9) SD - 10) Guerrilla - 11) Wanted

[ Commander chez De Werf ]

Sal La Rocca : It Could Be The End
(Igloo IGL 230), 2012
Si le contrebassiste Sal La Rocca a participé à une liste interminable de disques, il n’ a en tout et pour tout enregistré sous son propre nom que deux albums : l’excellent Latinea, en quintet avec les guitaristes Peter Hertmans et Jacques Pirotton, édité par Igloo en 2003 et celui-ci. Mais si Latinea séduisait surtout par son approche mélodique et sophistiquée, ce dernier opus apparaît d’emblée plus aventureux, plus sombre aussi (ce qui expliquerait peut-être son titre franchement pessimiste : It Could Be The End) louchant parfois vers la fusion quand la guitare électrique du jeune Lorenzo Di Maio prend le dessus comme sur Insomnia. Mais cela reste quand même résolument jazz avec des textures acoustiques arborescentes sur lesquelles s’épanouissent les solistes. Et puis, on compte aussi dans le répertoire une ballade apaisée (Stand Point) qui met en évidence le jeu de contrebasse du leader. Sinon, la grande vedette de cet album est sans conteste le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart qui délivre au ténor un discours musclé à la sonorité pleine où l‘on retrouve en filigrane les influences de Coltrane (dont est repris le fameux Crescent) et celles, ardentes, de Charles Loyd. Ecoutez-le louvoyer tout du long sur Season Heat et vous constaterez par vous-même que la comparaison n’est pas forcée. Et puis, cerise sur le gâteau, il y a Pascal Mohy au piano ici beaucoup plus tendu et incisif que d’habitude, colorant par des myriades de notes les compositions de La Rocca. Et on peut même l’entendre groover au Fender Rhodes sur It Could Be The End, cassant ainsi l’image romantique qu’il avait imposée sur son propre album en trio. L’ambiance générale est celle d’un enregistrement « live » en studio : le son est organique et chaud avec des solistes qui jouent l’ouverture et prennent la tangente sur une rythmique très réactive où brille le batteur Hans Van Oosterhout fort demandé pour sa capacité à s’adapter à tous les styles de jazz. En proposant ainsi une musique originale et personnelle, plus ouverte que celle de son précédent opus mais en tout point cohérente et passionnante, Sal La Rocca a l’air de savoir où il va et avec qui. Espérons seulement qu’il ne faudra pas attendre neuf autres années avant qu‘il ne se décide à retourner en studio.

[Sal La Rocca sur MySpace ] [ It Could Be the End (MP3) ]

Eric Legnini Trio : Ballads
(Discograph), 2012
Le pianiste belge adepte des rythmes funky et de l’afro-jazz revient avec une production inattendue, du moins en termes de marketing : un disque de ballades où il expose son art du trio à travers la relecture de standards. En fait, ce disque, enregistré une année avant The Vox, n’est pas si surprenant et constitue en quelque sorte un retour aux sources puisqu’Eric Legnini avait commencé au début de sa carrière par enregistrer quelques beaux albums en trio (Natural Balance et Antraigues, à redécouvrir) sur lesquels on trouvait déjà, à côté de ses propres compositions, de forts belles interprétations de standards comme In Love In Vain de Jerôme Kern, My Shining Hour de Harold Arlen ou All Of You de Cole Porter. C’est le même principe qui est appliqué ici avec un répertoire qui combine un florilège de standards empruntés à Ellington (In A Sentimental Mood), Kern (Smoke Gets Into Your Eyes), Jimmy Van Heusen (Darn That Dream), Gershwin (I Can’t Get Started) ou Jobim (Portrait In Black And White « Zingaro ») à cinq partitions personnelles qui semblent autant d’extensions de ces belles et antiques mélodies. On ne saurait pourtant être tout à fait satisfait de cet album. Est-ce parce que l’oreille s’est trop habituée à entendre des myriades d’interprétations de ces chansons ancestrales ou parce les « nouveaux » thèmes sont aussi des reprises (Amarone, Trastevere, Nightfall), ou encore parce que la rythmique composée du contrebassiste Thomas Bramerie et du batteur Franck Agulhon se cantonne la plupart du temps dans un rôle d’accompagnement? Toujours est-il que si l’on écoute avec plaisir ce répertoire, il est difficile de se passionner réellement pour ces scénettes musicales jolies et concises mais parfois redondantes.

[ Ballads ]

Trio Grande & Matthew Bourne : Hold The Line
(WERF 093), 2011
Trio Grande, composé de Michel Debrulle à la batterie et aux percussions, de Laurent Dehors aux saxophones et aux clarinettes et de Michel Massot au tuba et au trombone, crée un monde fantaisiste résultant du métissage d’éléments musicaux disparates. Le résultat est surprenant et totalement imprévisible surtout que l’improvisation libre vient encore compléter une écriture et des orchestrations très originales. Grande idée aussi d’intégrer au trio le pianiste excentrique anglais Matthew Bourne dont dont le jeu rythmique et les cascades de notes se marient avec bonheur aux sonorités de cet étrange équipage. On pense ici à une bande sonore pour dessin animé (BDK Theme) et là, à une ritournelle romantique d‘inspiration classique (Roche Colombe) quand ce n’est pas à une fanfare de rue (Clafoutis). Mais en fait, les trouvailles fusent continuellement à grande vitesse dans ce melting pot à la fois complexe (du point de vue des musiciens) et accessible (du point de vue du public). Les mélodies, souvent belles, sont vite déstructurées au profit d’ambiances diverses à travers lesquelles souffle un vent frais de liberté. Le son est parfois brut et on imagine aisément les quatre musiciens enregistrer cet opus en studio comme s’il était interprété live, sans ingénierie particulière et avec les seuls moyens du bord. Bon, on ne comprend pas tout ce qui sous-tend ces histoires vagabondes et désordonnées mais on s’amuse quand même. Et on se dit que sur scène, l’impact de cette musique devrait encore être bien plus grand. L’atmosphère sera-t-elle festive ou sérieuse, insouciante ou grave ? Un peu de tout cela sans doute mais avec Trio Grande, de toute façon, on n’est jamais sûr de rien.

[ Le Collectif du Lion et Trio Grande sur MySpace ] [ Commander chez De Werf ]

Greg Houben Quartet Meets Pierrick Pédron
(Plus Loin Music), 2010
Sur son disque précédent, How Deep Is The Ocean (Igloo, 2009), Greg Houben jouait et chantait comme Chet Baker dans un style tellement maîtrisé qu’il a fait tout de suite l’unanimité. Sur cet album, le trompettiste affiche une personnalité plus affirmée que l’on ne peut plus désormais rattacher à un nom en particulier. Malgré tout, si l’on excepte le boppisant Funnel Cloud, les morceaux qui sont tous en tempo lent ou moyen rappellent quand même les ambiances des albums de Miles Davis dans les années 50, surtout quand Houben joue avec une sourdine comme sur Mademoiselle Croissant. Et puis, il s’est associé avec un sacré souffleur nommé Pierrick Pédron. Le saxophoniste breton était de passage à Liège en 2009 pour le grand festival de jazz et c’est dans la cité ardente « after hours » qu’Houben et lui ont fait connaissance, ce qui les a conduit naturellement à enregistrer ensemble cet album. Si le trompettiste belge a oublié Chet pour souffler dans la sphère davisienne, Pédron lui joue avec un allant et une flamme qui évoquent tout de suite le grand Cannonball Adderley. L’alchimie est donc parfaite entre les deux hommes dont l’interaction rappellera la magie d’un célèbre quintet de 1958. Le contrebassiste vétéran Sal La Rocca, efficace mais discret, est ici associé au batteur américain Rick Hollander dont la réputation n’est plus à faire et, cerise sur le gâteau, le piano est aux mains du jeune et talentueux Pascal Mohy qui, en plus de délivrer quelques beaux chorus, participe aussi à l’écriture des thèmes. Certes, rien de neuf n’émerge de cette association franco-belge mais franchement, qui s’en soucie quand la musique est tellement bonne qu’elle fait vibrer. Notons en passant la belle pochette monochrome à l’ancienne qui aurait pu porter le sigle du label Prestige : on y voit les deux solistes se serrer la main devant des voies de chemin de fer qui se croisent comme des destins.

[ Steve Houben Meets Pierrick Pedron ]

International Trio : Donkere Golven
(WERF 095), 2011
Joachim Badenhorst (clarinette, sax ténor); Steve Swell (trombone); Ziv Ravitz (drums)

1) Delirious Walk - 2) Donkere Golven - 3) Qara - 4) Angry Mountain - 5) Monkey Tak - 6) Tak Tak - 7) Bugs In A Box - 8) Texture#3 - 9) Evolution - 10) Different Grades Of Decay - 11) Wind On My Porch

[ Commander chez De Werf ]

Tom Van Dyck & t-unit4 : Little Man - Big World
(Different Record), 2011
« t-unit4 » est une version réduite du « t-unit7 » qui nous avait légué en 2007 l’excellent The Wind's Caress d’ailleurs choisi à l’époque comme disque du mois dans ces pages. Si le saxophoniste alto Tom Van Dyck a maintenant fait l’impasse sur la section de cuivres qui le secondait (tp, tb et ts) sur ce premier essai, il a par contre conservé les autres musiciens : Mark Haanstra à la basse (acoustique), Herman Pardon à la batterie et le talentueux Ewout Pierreux (Jazzisfaction) qui, en fonction des plages, joue du piano acoustique ou du Fender Rhodes. Auteur de quasiment toutes les compositions (une sur dix est écrite par le pianiste), le leader réussit à retenir l’attention grâce a des mélodies vives et contrastées qui servent de tremplin à des improvisations de haut vol. L’interaction est maximale au sein de ce quartet d’autant plus que le répertoire est davantage axé sur un phrasé post-bop tendu et plein de verve plutôt que sur des ballades alanguies. Ecoutez par exemple Unserious Business, Blow, Bud, Not Weiser et surtout le formidable Big Tree qui clôture le répertoire : autant de morceaux de bravoure pour un combo qui éblouit par son agilité et enrichit la musique d’épisodes inattendus aussi bien sur le plan rythmique que mélodique. Le piano électrique de Pierreux fait évidemment merveille dans ce contexte, apportant déjà un groove profond par sa seule sonorité alors qu’il est en plus ici joué avec souplesse par des doigts pleins de soul. Franchement, quand ça swingue, ça swingue! Au point qu’on à envie de se lever pour applaudir et participer à l’élan commun. Ceci n’empêche d’ailleurs pas quelques grands moments de lyrisme comme sur Force Majeure où saxophone et piano se complémentent pour une émotion à fleur de peau. Little Man Big World délivre généreusement plus d’une heure de musique dense, dynamique et passionnante servie par quatre jazzmen qui savent y faire.

[ Tom Van Dyck Website ]

Rony Verbiest : Time Of The Doves
(Prova PR 1105-CD17), 2011
Rony Verbiest (Bandonéon); Hans Van Oost (guitare); Mario Vermandel (contrebasse); Luc Vanden Bosch (drums)

1) Antony - 2) Bolero Di Quimet - 3) Parkkaffe - 4) Tango 1 - 5) Vinto - 6) La Plaça Del Diamant - 7) Senora Natalia - 8) Antwerp Tango (Tango 3) - 9) Bando - 10) Colometa

[ Prova Records ]

Koen Nys Quintet : Turtle Music
(WERF 091), 2011
Voici un nouveau quintet dirigé par un saxophoniste encore peu connu en Belgique. C’est que Koen Nys a beaucoup voyagé du Canada au Japon, jouant un peu partout mais seulement très épisodiquement sur la scène belge. Il est maintenant à la tête d’un ensemble de jeunes musiciens comprenant le pianiste Bram Weijters, le guitariste Hans van Oost (Bart Defoort Quartet), la contrebassiste Yannick Peeters (Eve Beuvens Quartet et Steven Delannoye Trio) et le batteur de Jazzisfaction Yves Peeters. Ancré dans la tradition, le répertoire comprend deux standards (le fameux All Or Nothing At All et Ask Me Now de Thelonious Monk, admirablement interprété) mais aussi neuf compositions originales dont deux ont été écrites par le leader. Son jeu au ténor, souple et décontracté, dessine des mélodies attrayantes sur lesquelles il improvise avec légèreté et aisance. Le son est moelleux, chaleureux comme s’il avait été enregistré dans un petit club de jazz. Particulièrement dynamique, la rythmique pousse en avant les solistes qui en profitent pour s’épancher généreusement. C’est le cas par exemple dans The Law Within And The Stars Above qui est une longue et magnifique ballade évoquant une errance nocturne dans une ville éteinte. Occasion rêvée pour le saxophoniste et le guitariste de montrer toute l’étendue de leur art. Quand au pianiste, il entretient un profond lyrisme et se fait largement remarquer sur sa magnifique composition What’s Wrong et c’est encore lui, qui en passant au Fender Rhodes, tapisse d’un groove sournois l’emballant Under Cover de Nys. Là, le combo se fait quasi fusionnel avec un solo électrifiant de Hans Van Oost. On en vient presque à regretter que l’album, autrement un peu sage, n’offre pas plus de dérives comme celles-ci, propres à enflammer le public comme savait le faire autrefois le couple Van Herzeele / Hertmans au sein de Ode For Joe. Sinon, Turtle Music est un excellent premier album qui, enregistré en 2008, méritait bien d’être sorti du placard. Il invite largement l’auditeur à se déplacer pour aller écouter cette musique en concert.

[ Commander chez De Werf ]
ArneTrio : Treasures From The Trash
(Autoproduction), 2014
Arne Van Dongen (contrebasse, compositeur); Florejan Verschueren (piano); Bert Cools (gt)

1) For The So-Called Murderer - 2) For The Mother Bird - 3) Ezmose - 4) Petit Hameau - 5) Wolf - 6) Polska Ouarzazate - 7) Onderwater - 8) Joanna's Harbor - 9) Overzee - 10) Pas Du Tout Son Genre - 11) Rip Max - 12) 38 Témoins - 13 All White Part One - 14) All White

[ Arne Van Dongen Website ]

Big Noise : New Orleans Function
(Igloo IGL248), 2013
Raphaël D'Agostino (Chant, Trompette, Cornet); Johan Dupont (piano); Max Malkomes (contrebasse); Laurent Vigneron (dr)

1) Mardi Gras In New Orleans - 2)Tootie Ma Is A Big Fine Thing - 3) Black Bottom Stomp - 4) My Indian Red Intro - 5) My Indian Red - 6) When The Saints Go Marching In - 7) Hotter Than That - 8) New Orleans Function - 9)Saint James Infirmary - 10) Egyptian Fantasy - 11) Struttin' With Some Barbecue - 12) Savoy Blues - 13) I'll Fly Away

[ Big Noise chez Igloo Records ]

Alexandre Furnelle / Peter Hertmans Duo : Sous Les Grands Arbres
(Quetzal QZ 135), 2013
Alexandre Furnelle (Contrebasse); Peter Hertmans (gt)

1) Sous Les Grands Arbres - 2) Nightfall - 3) The Death And The Flower - 4) Le Chant Des Sirènes - 5) The Cost Of Living - 6) Hermitage - 7) Prism - 8) First Song - 9) Silence - 10) Bay City - 11) We shall overcome

[ Sous Les Grands Arbres chez Quetzal Records ]

Leroux - Landfermann - Burgwinkel
(WERF 104), 2012
Le guitariste flamand Frederik Leroux et ses deux complices allemands de longue date, le contrebassiste Robert Landfermann et le batteur Jonas Burgwinkel, explorent dans ce nouveau disque sans nom une musique vague et difficile à décrire. Ce sont en fait des paysages sonores aux contours peu définis qui se déploient dans nos oreilles plutôt que des compositions précises et, en ce sens, les titres des première et dernière plages, Unresolved et Adrift, conviennent bien pour préciser les enjeux : une « dérive irrésolue » dans un territoire onirique abstrait où la part de cinématique n’est sûrement pas absente. Minimalisme et ambiances atmosphériques sont au rendez-vous ainsi que des parties free improvisées qui se succèdent à priori sans schéma formel prédéfini (Stumble). Dans ces entrelacs de sonorités étranges, la batterie est bien souvent le fil rouge auquel on se raccroche quand on est perdu, un fil solide tant la frappe de Burgwinkel est exemplaire de dynamisme et d’aisance dans un tel milieu déstructuré (Ample, Ambitransitive). Quand la musique devient plus ordonnée, comme dans Morb, les compétences individuelles et leur interaction en trio sont mieux mises en relief même si la musique reste toujours en dehors des codes habituels du jazz. Two fait penser aux expériences menées jadis par Gilbert Isbin sur des guitares acoustiques préparées tandis qu’Adrift conclut le répertoire par une errance dans les méandres sombres et mystérieux d’un tableau surréaliste. Intéressant dans le genre « musique pour film imaginaire » mais à l’autre bout du spectre du Sound Tracks accessible et ensoleillé du Yves Peeters Group dont fait également partie Frederik Leroux.

[ Leroux / Landfermann / Burgwinkel (MP3) ]

Igor Gehenot Trio : Road Story
(Igloo 232), 2012
Ce Liégeois de 23 ans a déjà une petite carrière derrière lui : il a gagné le premier prix du concours jeunes talents du Festival de Comblain avec le Metropolitan Quartet en 2009 et a été lauréat 2011 du Sabam jeunesses musicales Jazz Awards "Jeune Talent". De plus, Igor Gehenot a joué régulièrement en trio au Sounds Jazz Club l’année dernière. Road Story est son premier disque et il explique quelque part l’engouement que sa musique provoque chez ceux qui sont allés l’écouter sur scène. C’est que ses compositions envoûtantes racontent quelque chose. Le pianiste vous emmène en « promenade » (c’est le titre de la première plage) et tel un guide appliqué, il ne vous lâche plus jusqu’au terme de la visite. La plupart des dix titres de l’album ont des tempos lents et des nuances subtiles évoquant la pluie, un temps gris ou des ciels plombés à l’instar de la photo de la pochette. Ce sont d’ailleurs les mêmes métaphores climatiques que l’on retrouve dans la très belle vidéo en noir et blanc présentant le morceau Lena sur YouTube. Il est facile alors d’évoquer l’univers du label ECM, l’esthétique du Marcin Wasilewski Trio ou le lyrisme d’un Tord Gustafsen, et par moment, c’est sans doute la meilleure référence que l’on puisse donner. Mais si la musique est lente, elle n’en est pas pour autant minimaliste ou glacée. Au contraire, ce sont des phrases luxuriantes qui s’échappent du piano, des notes enchanteresses qui captivent l’auditeur. Et quand, au beau milieu de ces pièces poétiques déroulées avec aisance, la cadence s’accélère soudain pour un Mister Moogoo un peu inattendu, on sait déjà qu’Igor Gehenot a les moyens de convaincre. Accompagné par Sam Gerstmans (autre Liégeois contrebassiste du Greg Houben trio) et Teun Verbruggen (batteur du Jef Neve Trio), le pianiste, qui n’est encore qu’une jeune pousse, étonne déjà par un art de la retenue qui dissimule probablement une abondance de moyens. Gageons qu’on en saura plus dans peu de temps.

[ Road Story (CD & MP3) ]

Ivan Paduart : Herritage
(September 5163), 2011
Herritage : neuf compositions superbes écrites par Michel Herr et, pour les interpréter, un casting de rêve incluant le guitariste Philip Catherine, le trompettiste Bert Joris, le contrebassiste Philippe Aerts, le batteur Hans Van Oosterhout et l’excellent saxophoniste néerlandais Toon Roos, tous réunis autour du pianiste Ivan Paduart, leader de cette fantastique session organisée à l’initiative du producteur Hans Kusters. Dans les notes de pochette, Paduart fait l'éloge de Michel Herr: pour moi, il est l’un des musiciens les plus complets et les plus modernes que je connaisse, un musicien qui, malgré son énorme expérience, ne perd jamais de vue l’essentiel : l’émotion. Et c’est bien l’émotion qui est au coeur de ce nouveau projet car si le Brussels Jazz Orchestra, il y a peu de temps, mettait en exergue les qualités d’arrangeur de Michel Herr, ici, c’est davantage à son talent pour écrire des thèmes à la fois beaux et sophistiqués qu’il est rendu hommage. Sur des séquences d’accords entendues autrefois dans d’autres contextes (Le Voyage Oublié et Thinking of You en trio sur Intuitions; H and C's Dance en quintet avec Joe Lovano sur Solid Steps; le thème Song for Lucy interprété en quartet sur la bande originale de Just Friends; le superbe No, maybe...! de l’album du même nom avec John Ruocco…), les solistes s’envolent avec bonheur, s'appropriant des lignes mélodiques aussi pures que du cristal tandis que les harmonies sont parées de nouvelles couleurs chatoyantes. Dès lors, la musique que dévoile ce magnifique album frissonne d’une fièvre lyrique qui lui est inoculée en douceur. Car on ne sent ni l’intention, ni l’effort : juste l'allégresse d'une phalange de musiciens chevronnés en état de grâce célébrant l’un des compositeurs parmi les plus marquants du jazz moderne européen. Quel plaisir ce doit-être pour Michel Herr d’entendre son oeuvre interprétée avec autant d’amour par des confrères aussi talentueux !!!

[ Herritage ]

Charles Loos : Three Times Twenty
(Mogno Music J045), 2011
Pour fêter ses 40 années de carrière, le pianiste Charles Loos a eu la bonne idée de revisiter son parcours et de rassembler sur un nouveau disque des démos, des compositions laissées pour compte ou des enregistrements de concerts restés dans les tiroirs, soit douze pièces musicales inédites glanées sur une période allant de 2006 à 2011. La première conséquence est un album aux climats variés allant de la musique de chambre avec cordes (Avant Un Rêve qui bénéficie d‘un superbe solo lyrique de saxophone alto par Steve Houben) au jazz mainstream et swinguant de L.A. Jazz joué live en trio avec l’excellent batteur Mimi Verderame et la bassiste Sud-Africaine Chantal Willie (Zap Mama) en passant par un duo magnifique avec le pianiste et compositeur d’origine brésilienne Weber Iago (Choro Para A). L’autre conséquence est que l’on retrouve au gré des plages les musiciens avec qui Charles Loos a partagé ses émois au fil de sa longue carrière. C’est ainsi l’occasion d’entendre quelques solos mémorables comme celui de Fabrice Alleman dont le saxophone soprano virevolte avec agilité sur Eau Pétillante ou ceux, concis mais pleins de soul, du tandem Richard Rousselet (trompette) / André Donni (sax ténor) sur Danse Danse. Aucune hétérogénéité dans ce répertoire pourtant conçu comme une compilation : l’ensemble reste cohérent grâce au talent de conteur de Charles Loos dont les compositions, nourries par la tradition, teintées de folk et de classique et pétries de tendresse et d’optimisme, restent inimitables dans le paysage du jazz européen moderne. Three Times Twenty procure non seulement du plaisir mais il offre aussi une photographie captivante de la discographie plurielle de Charles Loos sur laquelle on a, du coup, bien envie de se pencher à nouveau.

[ Three Times Twenty sur Mogno Records ]

Tuur Florizoone : MixTuur
(WERF 096), 2011
Tuur Florizoone (accordéon); Tutu Puoane (vocal); Aly Keita (balafon); Laurent Blondiau (trompette); Michel Massot (tuba, trombone); Nicolas Thys (contrebasse); Chris Joris (percussions); Marine Horbaczewski (violoncelle); Wendlavim Zabsonre (drums); Nabindibo (choeurs polyphoniques congolais)

1) Kwa Heri - 2) Once You Go Black You Never Come Back - 3) Queskia - 4) Las Tres Brujas - 5) Je m'en fous (je ments) - 6) Change - 7) Hunt - 8) Mulume

[ Commander chez De Werf ]

Mimi Verderame : Wind
(Prova Records PR 1104-CD16), 2011
Moins connu pour ses disques édités sous son nom, le batteur Mimi Verderame est par contre devenu une référence incontournable du jazz belge depuis la fin des années 80. Pendant plus de deux décennies, il a en effet contribué inlassablement au succès du genre en participant à l’enregistrement d’albums aussi réussis que Nymphea (Nathalie Loriers, 1990), +Strings (Steve Houben, 1995), Joy And Mystery (Olivier Collette, 2001), Still (Ivan Paduart, 2002), Nature Boy (Ronny Verbiest, 2007) et Bad Influence (Gino Lattuca, 2010). Sur ce nouveau chapitre, Verderame, qui en plus de la batterie joue aussi de la guitare sur quelques morceaux, s’est associé à des musiciens d’origine diverse qu’il connaît bien et qui impriment leur marque à une musique qui, globalement, ne s’écarte pas trop d’un bop mainstream. Le jeune pianiste italien Nicola Andrioli s’avère la véritable attraction de ce quintet : les trois compositions (sur sept) qu’il a écrites ont définitivement quelque chose de spécial (surtout le thème dynamique d’Andalucia) et ses improvisations aussi bien au piano acoustique qu’au Fender Rhodes, retiennent l’attention par un jeu personnel à la fois technique et lyrique. A la trompette, le non moins jeune Carlo Nardozza confirme tout le bien qu’on pense de lui en développant des solos qui démontrent sa maîtrise de la tradition hard bop. Quand au saxophoniste ténor Kurt Van Herck, complice de Verderame depuis de nombreuses années, il apporte son expérience à ce style de jazz qu’il connait par cœur. Et il ne faudrait pas oublier le vétéran Philippe Aerts, contrebassiste exceptionnel qui complète avec assurance une section rythmique au drive riche et précis. Fruit d’une exécution impeccable et d’un travail bien fait, Wind parvient aisément à maintenir l’attention en dépit d’un certain académisme assumé et sans doute imposé par le leader.

[ Wind (CD & MP3) ]

The Jazz Station Big Band
(Igloo IGL 226), 2011
Stéphane Mercier (sax alto, Flûte); Daniel Stokart (sax alto, sax soprano, flûtes); Fred Delplancq (sax ténor); Vincent Brijs (sax baryton) Michel Paré (trompette, bugle, Chef d'orchestre); Jean-Pol Steffens (trompette, bugle); Jean-Paul Estiévenart (trompette, bugle); Gilles Repond (trombone); David De Vrieze (trombone); Bart De Lausnay (trombone basse); François Decamps (guitare); Vincent Bruyninckx (piano); Piet Verbist (contrebasse); Herman Pardon (drums)

1) Friday - 2) After The First Step - 3) Some Sunshine Again - 4) Alejandra - 5) 7 Over Rock - 6) Go On Now - 7) Please Walk Out Of My Head - 8) Let's Keep It Cool - 9) Talisman - 10) Feelin' Free

[ The Jazz Station Big Band sur Igloo Records ]

Eric Legnini & The Afro Jazz Beat : The Vox
(Discograph), 2011
Après trois albums de jazz soul plus ou moins similaires (Miss Soul, Big Boogaloo et Trippin‘), Eric Legnini avait annoncé qu’il renouvellerait son style, qu’il aiguiserait son intérêt pour l’Afrique et qu’il y aurait en plus quelques surprises. Globalement, il a tenu parole car son nouveau disque entrouvre les porte à l’Afro Beat, jadis popularisé par les Nigériens Tony Allen et Fela Anikulapo Kuti, qu’il actualise comme d’habitude par un son moderne et sophistiqué. La surprise, elle, résulte plutôt de son alliance avec la chanteuse américaine Krystle Warren dont la voix sensuelle et rocailleuse, entre pop, folk et jazz, habite de bien belle manière six des compositions du pianiste. Pour donner vie à sa nouvelle musique, Legnini, toujours accompagné par ses fidèles Frank Agulhon à la batterie et Thomas Bramerie à la contrebasse, a aussi convié un bassiste électrique, le Belge Daniel Roméo, spécialiste du funk musclé et tout terrain, ainsi que le guitariste congolais Kiala Nzavotunga qui joua avec « Egypt 80 » de Fela au début des années 80. Plus, bien sûr, une section de cuivres à l’ancienne pour faire claquer le tempo. Il ne fait aucun doute que The Vox élargit, plutôt qu’il ne remplace, la palette déjà bien riche d’Eric Legnini. Le voici désormais à la tête d’un véritable combo versatile et brillant de mille feux, interprète, compositeur, arrangeur, accompagnateur de tubes chantés, magicien fougueux du piano acoustique et du Fender Rhodes, organisateur d’happenings musicaux et incroyable réunificateur d’un funk soul à l’ancienne et d’un beat actuel mondialiste tout prêt à se faire sampler. En définitive, Eric Legnini a imposé sa vision originale d’un jazz ambitieux, passionné et ludique qui pourrait à nouveau se faufiler dans les Charts et sur les pistes de danse. Cet homme-là n’a probablement pas fini de nous surprendre.

[ The Vox (CD & MP3) ]



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