
![]() Voici la treizième production du label WERF : un superbe digipack, format semble-t-il définitivement adopté par le label, aux couleurs automnales très réussies. Il est cette fois consacré à Ernst Vranckx, un jeune pianiste flamand déjà remarqué par les amateurs au sein du Chris Joris Experience. Son quartette, dont tous les membres ont moins de 35 ans, se compose de Bart Defoort, dont le compact Moving est resté comme une bonne surprise dans toutes les mémoires et qui élargit ici sa palette instrumentale en adoptant d'autres saxophones que le ténor, de Stefan Lievestro, qui enregistra notamment avec les Houdini's et fit partie du premier quartette de Ben Sluijs, et du batteur hollandais Hans van Oosterhout dont on retiendra les récentes prestations aux côtés de Nathalie Loriers, de Philip Catherine et de Bert van den Brink. En plus, le pianiste a invité le trompettiste et bugliste canadien Kenny Wheeler à participer à la session. Ce musicien, qui fêtera bientôt dans l'incrédulité générale son soixante-dixième anniversaire, était connu pour la radicalité de ses aventures musicales aux côtés de Tony Oxley et d'Anthony Braxton mais il l'est encore davantage aujourd'hui grâce au succès de cette étonnante oasis de sérénité que fut le merveilleux album Angel Song paru en 1997 sur ECM. ![]() Vranckx lui a concocté six longues compositions nuancées aux harmonies évocatrices, histoire de lui donner les repères nécessaires au développement de ses improvisions aériennes. Et Wheeler ne s'en prive pas : il envahit toutes les plages de son immense talent. Son incroyable tessiture, son phrasé volant avec ses montées soudaines dans l'aigu, le son immédiatement reconnaissable de son bugle (l'instrument qui a sa préférence) font naître la poésie comme par magie sur ces séquences soignées d'accords inspirés que sont A Child's Blessing ou The Miner's Tale. Il n'y a toutefois aucune aspérité dans le discours des cinq hommes : les saxophones de Defoort s'entrelacent avec finesse dans les phrases du maître et la rythmique est en parfaite syntonie avec l'ensemble (Ecoutez cette intro de batterie tout en souplesse sur Triangle). Quant à Vranckx lui-même, il faudra dorénavant compter avec lui : il sait se mettre au diapason des souffleurs, soutenant leurs improvisations par de belles nappes d'accords qui leur donnent un saisissant relief ou improvisant lui-même avec un phrasé sensible et aérien qui révèle la beauté des mélodies. Un disque plein de charme, idéal pour donner des couleurs aux longues soirées hivernales.
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