A noter : les nouveautés en jazz belge font l'objet d'une page spéciale. |
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Mark Egan : Truth Be Told (Wavetone), 2010
Frog Legs (6:19) - Gargoyle (4:12) - Truth Be Told (5:54) - Sea Saw (7:24) - Café Risque (5:32) - Shadow Play (6:23) - Blue Launch (7:50) - Rhyme Or Reason (5:30) - Blue Rain (5:32) - Pepé (4:25) - After Thought (2:06) - Durée Totale : 60'59"
Mark Egan (b), Vinnie Colaiuta (drums), Bill Evans (sax), Mitch Forman (claviers), Roger Squitero (percussions) Mark Egan prit jadis des leçons avec Jaco Pastorius et, depuis cette époque, il a porté haut le flambeau de la basse fretless, jouant entre autres avec Pat Metheny (PMG, 1978 et American Garage, 1980), le saxophoniste Bill Evans (The Alternative Man, 1986), David Sanborn (Pearls, 1995), Mike Stern (Upside Downside, 1986) et Larry Coryell (Tricycles, 2003). Pour ce sixième album en solo, orienté Soul / R&B, il a réuni d’anciens acolytes : Mitch Forman (claviers), Bill Evans (saxophones) et Roger Squitero (percussions) en plus du batteur virtuose Vinnie Colaiuta, un choix judicieux pour nourrir le groove de cette session. Le son de la basse (la plupart du temps, une Pedulla Fretless à 5 cordes signée Mark Egan), magnifiquement capté, est énorme et surtout, Egan prend de longs solos qui donnent le frisson. Enregistré « live en studio » en trois jours et ne gardant que les premières ou deuxièmes prises, Truth Be Told respire la spontanéité. Ecoutez sur Frog Legs comment la ligne de basse s’enroule autour de la grosse caisse, sur Truth Be Told, ce qu’elle doit à Bootsy Collins et, sur Blue Launch comment Egan mène l’orchestre au bout de son instrument. Bon, c’est de la musique jazz-funky aux tempos globalement cool et les synthés de Forman lui procurent une tonalité qui n’est pas sans rappeler le jazz-rock stérilisé des années 80. Mais le style fluide, mélodique, sinueux et presque diaphane de Mark Egan sur sa fretless, à l'opposé du slap d’un Marcus Miller par exemple, vaut vraiment la peine d’être entendu. A noter : Truth Be Told existe sous deux emballages différents. L’un est un digipack très sobre, à la manière du label ECM, avec uniquement les noms des musiciens sur un fond bleu uni. Le second, plus réussi, montre une superbe photo du musicien concentré sur sa basse, flashé pendant une tournée en Espagne en mars 2009, soit trois mois avant la session de cet enregistrement. [ Truth Be Told (CD) |
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John McLaughlin and The 4th Dimension: To The One (Abstract Logix), 2010
Discovery (6:19) - Special Beings (8:38) - The Fine Line (7:44) - Lost and Found (4:27) - Recovery (6:22) - To the One (6:35) - Durée Totale : 40'01" John McLaughlin (guitare : 1-3, 5 ; guitare synthesizer : 4, 6) - Gary Husband (claviers, drums : 5, 6 ; drums additionels : 1, 3 ; percussions additionelles : 1); Etienne M'Bappé: basse ; Mark Mondesir (drums : 1-4 ; percussions additionelles : 5) Fast and furious, Discovery démarre ventre à terre quand la rythmique enclenche la nitro : Etienne M’bappé à la basse fretless électrique et Mark Mondesir à la batterie. Le premier est d’origine camerounaise et a joué avec Salif Keita et dans le Zawinul Syndicate avant d’entamer une carrière solo. Le second vient d’Angleterre et il a prêté ses fûts à des dizaines de musiciens dans tous les styles (y compris à McLaughlin lui-même avec qui il a déjà enregistré The Promise en 1995) avant d’être reconnu par ses pairs comme l’un des plus grands batteurs du monde. Ensemble, ils soufflent la tempête et tissent une trame souple et élastique sur laquelle les notes de guitare véloces ricochent comme des balles. C’est que John McLaughlin, 68 ans au compteur, n’a rien perdu de sa fièvre ni de sa technique. Au contraire, depuis ses lointaines années avec Tony Williams ou Billy Cobham, il n’a jamais cessé de développer son talent tout en conservant la même intensité. Et si on a moins parlé de lui dans les années 90, c’est surtout parce que le jazz-rock n’avait plus la côte d’autrefois. Quoiqu’il en soit, To The One (dédié à John Coltrane et à son Amour Suprême) a largement de quoi ramener le genre dans la lumière. Surtout que les compositions sont grandioses avec des passages lyriques et des courses à perdre haleine, qui évoquent dans leur alternance une nouvelle poésie urbaine et multiculturelle. Cerise sur le gâteau, c’est l’Anglais Gary Husband qui tient les claviers et, comme c’est aussi un batteur hors pair (il a joué entre autres avec Ian Carr, Allan Holdsworth et Jeff Beck), il stimule à l’occasion Mondesir sur son propre terrain : Husband ajoute en effet son kit de batterie sur deux titres (Discovery et The Fine Line) et, par la magie du multipistes, joue carrément tout seul les deux instruments sur Recovery et To The One. Avec cet album électrisant enregistré dans l’urgence, et qui ne dure guère plus qu'un antique LP, la fusion, en cale sèche depuis des lustres, vient à nouveau de larguer les amarres. Stupéfiant ! [ To The One (CD / MP3 sur Amazon) |
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Brad Mehldau : Highway Rider (Nonesuch), 2010
CD 1 : John Boy (3:15) - Don't Be Sad (8:40) - At The Tollbooth (1:07) - Highway Rider (7:45) - The Falcon Will Fly Again (8:21) - Now You Must Climb Alone (4:05) - Walking The Peak (8:00) CD 2 : We'll Cross The River Together (12:28) - Capriccio (5:20) - Sky Turning Grey (For Elliott Smith) (6:24) Into The City (7:36) - Old West (8:28) - Come With Me (6:19) - Always Departing (6:20) - Always Returning (9:52) Durée Totale CD 1 + CD 2 : 104'11" Brad Mehldau (piano, compositions, arrangements, claviers, percussions) - Joshua Redman (ts, ss) - Larry Grenadier (b) - Matt Chamberlain (dr) - Jeff Ballard (dr) + orchestre conduit par Dan Coleman Depuis ses remarquables premiers efforts (The Art Of The Trio), le pianiste Brad Mehldau a parsemé sa carrière de réalisations abondantes et diverses dont le succès médiatique n'a pas toujours reflété la complaisance et les clichés qui leur sont parfois inhérents. Ces défauts qui, à la longue, ont fini par percer sont aujourd'hui amplifiés dans cet ambitieux double album à un point tel qu’ils prennent le pas sur la technique et les réelles facultés d’improvisation du pianiste. En faisant appel à un orchestre de chambre pour enrober ses belles mélodies pop, Mehldau a voulu mettre en avant, non sans une certaine vanité, le côté pseudo-romantique de sa personnalité tourmentée mais c’est raté. Car, à l’écoute de cette musique trop académique qui ressemble à une bande sonore de film empesée, il apparaît clairement que Mehldau n’est pas un compositeur classique. Et ce ne sont ni les formidables solos de Joshua Redman au saxophone ni les rythmes conjugués des deux batteurs Jeff Ballard et Matt Chamberlain qui changent quoi que ce soit à l’affaire : les orchestrations redondantes et boursouflées sont tellement mièvres et emphatiques qu’on n’a guère envie de suivre ce qui se passe en dessous. On est en tout cas bien loin des partitions lumineuses d'orchestrateurs géniaux comme Tchaïkovski ou Richard Strauss auxquels le pianiste fait volontiers référence. Le mixage est par contre exceptionnel et la sonorité somptueuse avec une dynamique renversante de présence. La qualité de la production, la beauté des thèmes et les quelques bons moments d’improvisation par Redman et Mehldau, qui ravivent épisodiquement l’intérêt, ne suffisent pourtant pas pour qu’on recommande l’acquisition de ce décevant Highway Rider. Ceci dit, si l'on en juge par la presse spécialisée et les chroniques sur Internet, les avis sont partagés et il y en a beaucoup qui aiment ça. Alors laissons le mot de la fin à Brad Mehldau lui-même qui s'exprime dans le magazine So Jazz : [avec le producteur Jon Brion] nous avions convenu ensemble d'enregistrer le groupe de jazz avec l'orchestre en live. Jon m'a aidé à doser, à trouver un juste équilibre dans cette session, pour ne pas être dominé par la puissance sonore de ces instruments à cordes et à vent. Peut-être qu'après tout, vous serez curieux d'entendre par vous-même le résultat ? Si c'était le cas, j'aimerais beaucoup lire votre appréciation ! [ Highway Rider |
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Ralph Towner / Paolo Fresu : Chiaroscuro (ECM), 2010
Wistful Thinking (4:19) - Punta Giara (6:20) - Chiaroscuro (6:30) - Sacred Place (4:13) - Blue In Green (5:44) - Doubled Up (4:55) - Zephyr (7:28) - The Sacred Place (reprise) (1:58) - Two Miniatures (2:38) - Postlude (2:30) - Durée Totale : 46'36" Ralph Towner (gt) - Paolo Fresu (tp) On ne présente plus le trompettiste sarde Paolo Fresu tant ses projets en solo ou en sideman sont innombrables. Par contre, le guitariste américain Ralph Towner (membre d’Oregon) s’est fait rare depuis le nouveau millénaire et son dernier disque sous son nom propre date déjà de 2006 (Time Line, ECM). Les retrouver ensemble pour un projet en duo sur le label munichois (sur lequel Paolo Fresu fait son entrée) est une aubaine pour les amateurs de musiques de chambre sophistiquées, intimistes et parfois mélancoliques. Towner construit et déconstruit sa musique en élaborant des voicings complexes d’une abstraite beauté qui renvoient à Bill Evans dont il reprend ici le magnifique Blue In Green. En musicien avisé, il varie les ambiances et les tonalités en changeant d’instrument : il utilise bien sûr sa guitare classique habituelle mais aussi, sur trois morceaux, une guitare baryton (accordée une quinte plus bas) et, sur les deux derniers titres, une guitare 12 cordes dont il joue dans un style pianistique. Fresu s’insère avec bonheur dans cette musique où son lyrisme naturel peut s’épancher à l’aise. Son jeu, encore inspiré par Miles Davis, colle tellement bien à l’esthétique ECM qu’on se demande pourquoi il n’a jamais enregistré auparavant pour ce label. On peut toutefois être certain que ce premier opus rempli d'ombres et de lumières, somptueusement enregistré et doté d’une pochette magnifique, aura une belle descendance et c’est ce qu’on lui souhaite. [ Chiaroscuro |
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Christian Scott : Yesterday You Said Tomorrow (Concord), 2010
K.K.P.D. (7:06) - The Eraser (5:25) - After All (7:55) - Isadora (6:13) - Angola, L.A. & The 13th Amendment (8:40) - The Last Broken Heart (5:47) - Jenacide (6:50) - American't (7:04) - An Unending Repentance (9:40) - The Roe Effect (3:25) - Durée Totale : 68'10" Christian Scott (tp) - Matthew Stevens (gt) - Milton Fletcher Jr. (p - Kristopher Keith Funn (b) - Jamire Williams (dr) Originaire de La Nouvelle Orléans et diplômé de la prestigieuse Berklee College of Music, le jeune trompettiste Christian Scott en est déjà à son quatrième disque (un chaque année dont un live à Newport paru en 2008). C’est qu’il a un message à faire passer à la tête de son quintet de choc. Métissant son jazz de rock, de soul et de hip-hop, Scott impose surtout une technique époustouflante sur son instrument dont il tire des sons chaleureux et envoûtants, parfois doux et intimistes, parfois hauts et clairs en fonction des compositions qui, à part une reprise de Thom Yorke (Radiohead), sont toutes de sa plume. Mais au-delà de son approche moderne qui la rend accessible à un large public, sa musique rappelle aussi l’esprit du second quintet de Miles Davis. C’est dire qu’elle est ambitieuse, novatrice et surprenante, d’autant plus que le leader se réfère en même temps à d’autres artistes emblématiques des années 60 comme Jimi Hendrix ou même Bob Dylan dont il épouse la pensée contestataire. Enregistré par Rudy Van Gelder dans son célèbre studio d’Englewood Cliffs, Yesterday You Said Tomorrow bénéficie en plus d’un son haut de gamme. Ca ne fait aucun doute qu’à 26 ans seulement, Christian Scott représente l’avenir du jazz qui s’annonce en fin de compte bien plus radieux que ce qu’on imagine aujourd’hui en écoutant les stations de radio FM. [ Yesterday You Said Tomorrow |
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Django Reinhardt : Djangologie (Cam Jazz / Le Chant Du Monde - Digipack 4 CD), 05/11/2009
Django Reinhardt étant né à Liverchies (Belgique) le 23 janvier 1910, cette année est le centième anniversaire de la naissance de celui que certains considèrent comme le plus grand des guitaristes de jazz. Et pour ceux qui n’auraient pas encore un disque de lui dans leur discothèque, c’est l’occasion de faire le point sur les offres du marché qui, crise du disque oblige, se sont à la fois réduites en nombre et accrues en termes de qualité. Les compulsifs qui ne rechignent pas à posséder des dizaines de disques d’un même artiste ont désormais le choix entre trois objets monstrueux mais celui qui sort vraiment du lot est l’Intégrale Django Reinhardt en trois coffrets (les saisons 1 et 2 incluant chacun 14 CD sont déjà disponibles et la troisième qui comprendra 12 CD devrait voir le jour après l’été 2010). Editée chez Frémeaux, cette intégrale de 40 compacts, compilée par l’érudit Daniel Nevers pendant onze années, est un travail titanesque présenté à l’ancienne avec des notes de pochette copieuses et scrupuleuses, chaque coffret contenant plus de 250 pages d’informations et d’anecdotes qui permettront à l’amateur de tout savoir sur l’homme, sa musique et ses enregistrements. La seconde encyclopédie s’appelle Djangologie qui rassemble sur 20 compacts les enregistrements du label Pathé EMI, de 1928 à 1950, classés chronologiquement. C’est forcément moins complet et l’apport écrit se limite à celui des vinyles initiaux. Par contre, la reproduction des pochettes originales au format mini-LP est plus moderne et sympa que celle de Frémeaux (et ça prend moins de place). La troisième, enfin, s’intitule Manoir De Ses Rêves (Le Chant Du Monde) et comprend 26 galettes placées dans un joli cube en carton. On a droit ici à l’essentiel de Django enregistré de 1934 à 1953 avec, en prime, un superbe livret de 120 pages. Toutefois, pour ceux qui, comme moi, ont un goût trop éclectique pour acquérir les intégrales d’un musicien unique, je recommande le très beau digipack de 4 CD, également intitulé Djangologie et édité par Le Chant du Monde, qui est en fait un échantillonnage du coffret Manoir De Ses Rêves : soit 104 titres « seulement » choisis avec subjectivité mais aussi avec finesse. Car tous les grands morceaux (Djangology, Minor Swing, Daphné, Billet Doux, Les Yeux Noirs, Manoir De Mes Rêves, Swing 41, Nuages, La Marseillaise… ) sont là, remastérisés avec soin, et, pour une somme très modique, on a encore droit à un livret de 78 pages. C’est en tout cas suffisant pour s’imprégner durablement et à moindre frais de la musicalité du génie vagabond. [ Djangologie - Digipack 4CD |
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Frank Gambale : Natural Selection (Wombat Records), 2010
Teaser (6:50) - Smog Eyes (5:09) - Tones for Chick's Bones (7:32) - In From Somewhere (6:41) - Gioia (7:34) - Good Morning Sunshine (7:16) - Samba di Somewhere (6:24) - Natural Selection (8:01) - Gambashwari (6:29) - Durée Totale : 61'58" Frank Gambale (guitare) - Otmaro Ruiz (piano) - Alain Caron (basse) On pensait que Frank Gambale, guitariste prodige et longtemps membre du Chick Corea Elektric Band et du Vital Information de Steve Smith, resterait à jamais cantonné dans un style de fusion électrique bourré de testostérone et de prouesses techniques mais, après Natural High (Wombat Records) sorti en 2006, le voilà qui persiste dans la voie d’un jazz beaucoup plus mainstream. Accompagné par l’excellent pianiste Otmaro Ruiz et par le bassiste québécois Alain Caron, le guitariste met son immense virtuosité au service de mélodies swinguantes tout en favorisant au maximum les échanges triangulaires avec ses partenaires. On croirait même parfois entendre d’anciens maîtres de la six-cordes comme Pat Martino ou, mieux, Tal Farlow avec qui Gambale partage un bagage technique impressionnant et une attaque franche, voire agressive, des cordes. Encore plus à l'aise que sur son précédent opus, peut-ête parce qu'il utilise cette fois une guitare jazz de type « hollow body » (dont le corps est creux) au lieu d’un instrument acoustique, Frank Gambale se révèle ici un improvisateur aventureux, surprenant de vivacité et de contraste, à l’extrême opposé des clichés qu’on lui reproche parfois quand il joue du jazz-rock pur et dur. [ Frank Gambale Website ] [ Natural Selection |
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David Sanborn : Only Everything (Decca), 2010
The Peeper (3:43) - Only Everything (For Genevieve) (8:03) - Hard Times (5:03) - Let The Good Times Roll (3:04) - Baby Won't You Please Come Home (8:03) - You've Changed (6:03) - Hallelujah I Love Her So (3:58) - Blues In The Night (7:51) - Durée Totale : 45'57" David Sanborn (sax alto) - Joey DeFrancesco (orgue) - Steve Gadd (drums) - Bob Malach (sax ténor) - Frank Basile (sax baryton) - Tony Kadlock (trompette) - Mike Davis (trombone basse) - Joss Stone (vocals) - James Taylor (vocals) Après Here And Gone sorti en 2008, Only Everything est le second hommage du saxophoniste à la musique de Ray Charles. Ce nouvel album est donc aussi teinté de soul et de blues que le précédent, surtout que Joey DeFrancesco, spécialiste du jazz groovy, est cette fois crédité à l’orgue Hammond B3. Certes, après 23 albums, Sanborn n’a plus rien à prouver mais il n’a pas perdu la flamme. On pense parfois à Stanley Turrentine et à Hank Crawford sauf que Sanborn affiche un mordant et une sonorité incisive qui rendent plus moderne tout ce qu’il touche, un peu à l’instar de Michael Brecker pour le ténor. Pour varier les plaisirs, le leader a fait appel sur cinq titres à une section de cuivres qui donne à l’ensemble un petit côté « big band » comme aimait à s’entourer Ray quand il enregistrait du jazz pour Atlantic tandis que la jeune et poppisante Joss Stone (déjà présente sur l’album précédent) et un James Taylor très relax chantent respectivement sur Let The Good Times Roll et Hallelujah, I Love Her So. Steve Gadd a été maintenu derrière les fûts comme gardien du rythme et, sans lui, il est probable que l’intensité de la musique n’aurait pas tout à fait été la même. Rien de vraiment nouveau certes mais Only Everything est quand même un album à verser parmi les plus belles réussites de David Sanborn, ne serait-ce que pour le couple excitant sax/orgue qui ronronne à merveille en faisant grimper la température. [ David Sanborn Website ] [ Only Everything |
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Pat Metheny : Orchestrion (Nonesuch), 2010
Orchestrion (15:48) - Entry Point (10:28) - Expansion (8:34) - Soul Search (9:17) - Spirit Of The Air (7:44) - Durée Totale : 52'01" Pat Metheny (gt + orchestrion) Le dernier projet de Pat Metheny relève de la science fiction : on n’est en effet pas loin de ces romans futuristes (citons par exemple La Mémoire de la Lumière de Kim Stanley Robinson) où un musicien unique aux commandes d'un appareil monstrueux produit des symphonies qui subjuguent les foules . « L’orchestrion » inventé par le guitariste se base certes sur l’idée déjà très ancienne des pianos mécaniques et autres instruments pneumatiques mais le concept, très limité au plan musical, a été repensé avec l’aide d’ingénieurs modernes et d’une nouvelle technologie à base de solénoïdes et de système midi. Les photos (et une vidéo sur You Tube) montrent un amalgame impressionnant d’instruments acoustiques rassemblés dans une pièce unique et actionnés comme par magie à partir d'une guitare. On ne peut s’empêcher de penser qu’un tel appareillage doit forcément laisser des traces au niveau de la synchronisation, du débit, de la dynamique ou de la rigidité des rythmes qui ont toujours été les obstacles majeurs à ce genre d’entreprise. Et bien non : on ne détecte à l'écoute aucun indice d’un quelconque mécanisme ! La musique qu’on entend sur Orchestrion est, dans son essence, tout aussi organique que celle du Pat Metheny Group en chair et en os. On croirait même par moment que l’esprit du pianiste Lyle Mays, du bassiste Steve Rodby et du percussionniste Dave Samuels ont été transférés par un malin génie dans le corps du robot. Les improvisations sont toujours aussi complexes et accessibles même à ceux qui n’écoutent pas du tout de jazz tandis que les mélodies évocatrices, si caractéristiques du PMG, brillent de mille feux dans leurs arrangements peaufinés jusqu’au détail le plus microscopique. Crescendos savants, passages euphoriques, densité des orchestrations, structures imbriquées des compositions, expressivité à fleur de peau : tout l’art de l’homme au T-shirt rayé est bien là comme il l’était déjà sur Secret Story, The Way Up, Speaking Of Now et Imaginary Day. En réalité, Metheny a atteint l’objectif ultime qu’il convoitait depuis longtemps : transformer sa guitare en un orchestre complet, pouvant être plié à sa musicalité, comme s’il en était une extension naturelle. Un conseil toutefois : s’il manque quelque chose à cet excellent album, c’est bien l’aspect visuel lié à l’utilisation de cette époustouflante mécanique. Mais l’homme et sa machine démesurée ont déjà entrepris une vaste tournée à travers le monde qui a débuté fin janvier 2010. Aujourd’hui, Metheny garde quelques secrets pour maintenir le suspense médiatique mais il est certain qu’un DVD réunissant les meilleurs moments des concerts ne manquera pas de voir le jour. Et celui-là, il ne faudra surtout pas le rater. [ Pat Metheny Website ] [ Orchestrion |
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