Blues 8 : Autres Suggestions


Balles de coton sur Elm Street, Dallas, 1911
I believe old Dallas that's the meanest town I know
I believe that Dallas that's the meanest town I know
Because you're not safe in Dallas

Je crois que le vieux Dallas est la ville la plus malveillante que je connaisse
Je crois que le vieux Dallas est la ville la plus malveillante que je connaisse
Parce que vous n'êtes nulle part en sécurité à Dallas.

Johnny Winter in Dallas, 1969
CD : Johnny Winter (Columbia)

Johnny Winter : Second Winter
Johnny Winter : Second Winter (Columbia), 1969 - réédition CD (Strategic Marketing), 2008

En 1969, tout va bien pour Johnny Winter. Son premier album éponyme pour le label Columbia (Johnny Winter, 1969) lui a apporté une réputation internationale et, en plus de l’inclure dans des compilations rock qui cartonnent (Fill Your Head With Rock et Rockbuster), CBS lui donne l’opportunité d’enregistrer dans les studios Columbia Music Row de Nashville un second disque que le bluesman texan intitulera assez logiquement « Second Winter ». Le matériel enregistré (onze plages d’une durée totale de 47 minutes) dépassant les capacités d’un LP unique, ni Winter ni le label ne furent capables d’identifier les meilleurs titres et on décida donc sagement de les éditer tous. Pas assez pour un double album et trop pour un simple ? Qu’à cela ne tienne, on les fit tenir sur un LP et demi, ce qui signifie que dans son édition originale, Second Winter offrait deux galettes de vinyle dont l’une présentait une face lisse et noire sans aucun sillon. Ce fut le premier « album à trois faces » de l’histoire du rock et aussi le dernier. Par rapport au premier opus, beaucoup plus classique dans son approche du blues, Second Winter marque une évolution radicale avec l’addition quasi permanente au trio initial (guitare / basse / batterie) du jeune frère de Johnny, Edgar Winter, aux claviers et au saxophone. Si le blues est toujours bien présent, on découvre toutefois ici une nouvelle forme musicale ouvrant sur un rock and roll psychédélique déjanté (les reprises du Johnny B. Goode de Chuck Berry et de Slippin' And Slidin' de Little Richard), voire sur un blues-rock chauffé à blanc qui repousse aux calendes grecques les limites du genre en terme de vitesse et d’agressivité. Quasiment tous les traits du blues moderne sont ici visités à une allure speedée, l’aiguille dans le rouge et le pied au plancher (essayez Hustled Down In Texas pour voir). Et quand Johnny reprend Highway 61 Revisited, sa version n’a plus rien à voir avec celle de Bob Dylan tant sa voix éraillée est noyée dans les riffs météoriques d’une guitare slide volubile. Cette urgence guitaristique livrée aux effets spéciaux deviendra plus tard un cliché qui forcera Johnny à revenir à un blues plus authentique en compagnie de Muddy Waters mais, à cette époque, c’était loin d’être le cas. Avec le succès de sa prestation phénoménale à Woodstock dans le dos, Johnny Winter va soudain se profiler dans la mémoire collective des amateurs de blues rock comme le guitariste le plus rapide de l’Ouest et l’un des plus doués à l’instar du grand Jimi Hendrix qui, lui aussi, transcenda une autre chanson de Dylan en un vrai tour de force (All Along The Watchtower). En fait, l’albinos venait d’ouvrir les portes à une nouvelle génération de blues rockers comme ZZ Top, Stevie Ray Vaughan, George Thorogood ou les Fabulous Thunderbirds pour n’en citer que quelques uns. En ce sens, Second Winter fut un album bien plus influent et essentiel dans l’histoire du rock que ce que les critiques en ont jadis perçu.

Sachez qu'il existe une édition spéciale (Legacy) de cet album comprenant 2 CD, le premier avec Second Winter plus deux titres inédits (Early In The Morning et l'instrumental Tell The Truth emprunté à Ray Charles) et le second offrant un concert enregistré le 17 avril 1970 au Royal Albert Hall de Londres. Johnny y est au sommet de sa forme dans un show phénoménal dont, par chance, on a tardivement retrouvé les bandes jadis égarées.

--- Johnny Winter : Hustled Down In Texas (extrait) - 1969

[ Second Winter (1 CD) ] [ Second Winter - Legacy Edition (2 CD) ]

Bugs Henderson : Blue Music
Bugs Henderson : Blue Music (No Guru Records), USA 2008

Le Sud des Etats-Unis, et le Texas en particulier, compte une multitude de chanteurs guitaristes musclés qui écaillent au fil des jours la peinture des bars locaux avec leur blues-rock incendiaire. Malgré leur aptitude à délivrer sur le vif des « boogie » intenses qui ravissent des légions d’amateurs de bières et de barbecue, leurs disques en studio passent rarement la rampe. Trop rude et basique sans être variée et coupée de la chaleur d’une audience toute acquise, leur musique perd alors de sa brillance et n’arrive plus à convaincre. N’est en effet pas Stevie Ray Vaughan, Billy Gibbons ou Johnny Winter qui veut ! Ca n’est toutefois pas le cas de Bugs Henderson, guitariste virtuose qui enflammait déjà la scène locale autour de Dallas dans les années 70 et dont le premier album en studio, At Last enregistré pour le label texan Armadillo Records, date de 1978. A le voir en concert ou sur ses pochettes, Bugs s’affiche pourtant comme un prototype du genre : gros bras, tatouages, T-shirt décoré d’un lion, bandana pour la sueur et un air de cow-boy marqué par le soleil de la Vallée de la Mort. Mais la comparaison s’arrête là ! Le vétéran est devenu au fil des ans un grand bluesman proche en substance de ses légendaires prédécesseurs et on en donnera pour preuve cet excellent Blue Music paru en 2008 sur un label californien confidentiel dénommé No Guru Records. Bugs et ses Shuffle Kings y délivrent un répertoire éclectique et y affichent une curiosité musicale beaucoup plus vive que la majorité des boogie men. Le phrasé jazzy de la guitare, le soin apporté aux mélodies et les arrangements élaborés ne trompent pas : l’homme a élargi sa palette sonore (chaque titre fait l’objet d’un timbre de guitare différent) et l’addition de Tommy Young au Hammond B-3 étoffe considérablement le son de son trio habituel. De plus, Henderson aborde des thèmes personnels et originaux comme un hommage à son père mort durant la seconde guerre mondiale (The Man Who Killed My Daddy), une attaque virulente contre les dealers de drogue qui faillirent ruiner la vie de son fils (Town Pump) ou encore un titre évoquant John Henry, un disc jockey célèbre de Tulsa en Oklahoma. A l’écoute de cet excellent album, on comprend pourquoi Bugs Henderson est aujourd’hui devenu un musicien respecté par ses pairs dont l’aura a depuis longtemps dépassé les frontières de son terroir natal. Recommandé !

[ Bugs Henderson Website ] [ Blue Music ]

Walter Trout : The Outsider
Walter Trout : The Outsider (Provogue Records), USA 2008

Après 35 ans de carrière, Walter Trout peut être satisfait : non seulement, il a eu l'insigne honneur de faire partie de deux des plus grands groupes de blues-rock au monde (en remplacement de Bob Hite chez Canned Heat de 1981 à 1984 et, par la suite, dans les Bluesbreakers de John Mayal où il partageait le département guitares avec Coco Motoya) mais ses albums personnels, depuis Life In The Jungle sorti en 1990, sont aussi pour la plupart de très haut niveau. Et c'est encore le cas pour cet excellent The Outsider sorti en 2008. Avec une approche typiquement rebelle dans ses textes, Trout y apparaît comme un bluesman moderne véhiculant un message personnel en prise avec les préoccupations de son époque (addiction à la drogue, pression sociale, réinsertion difficile pour les vétérans de guerre de retour au pays ....). Au plan strictement musical, le chanteur guitariste ne se laisse pas davantage enfermer dans les limites d’un genre pourtant très spécifique. Ses compositions empruntent bien sûr à Eric Clapton ou Stevie Ray Vaughan mais, à l’instar de certains virtuoses modernes comme Derek Trucks ou Joe Bonamassa, elles mettent aussi l’emphase sur une approche originale qui se traduit par l’éclectisme des arrangements et des genres abordés. Ainsi, les brûlots électriques que sont Welcome To The Human Race ou The Restless Age sont-ils combinés à d’autres morceaux plus inattendus qui sont loin d’être les moins intéressants. All My Life par exemple est une superbe ballade acoustique rehaussée par l’accordéon de Skip Edwards, The Next Big Thing affiche quelques influences country & western, The Outsider revisite le blues rampant du Red House de Jimi Hendrix, Child Of Another Day est enluminé par l’harmonica de John Rizzi, The Love Song Of J. Alfred Bluesrock brille de mille feux grâce à l’orgue groovy de Samuel Avila tandis que Sanjay intègre tout naturellement des influences indiennes en rapport avec le thème de la chanson. Produit au Studios Mad Dog à Burbank (California) par le légendaire John Porter (à qui l’on doit entre autres Damn Right I've Got the Blues de Buddy Guy, Ain't Enough Comin' In d’Otis Rush, Blues On The Bayou de B.B. King et bien d’autres albums récompensés par le monde du spectacle), le compact est pourvu d’un son monstrueux privilégiant comme il se doit la Stratocaster du leader et son puissant organe vocal prédestiné à perpétuer la voix du blues. Jadis sous l’emprise de la boisson, Walter Trout fut, selon la légende du rock, sauvé par un ange nommé Carlos Santana qui lui révéla un soir qu’il gaspillait un « don de Dieu ». Depuis cette époque aujourd’hui révolue, Walter Trout subjugue les foules en délivrant une musique au souffle puissant qui emporte tout autant les amateurs de blues électrique que ceux de rock classique.

[ Walter Trout Website ] [ The Outsider ]

Well Mack the Finger said to Louie the King
I got forty red white and blue shoe strings
And a thousand telephones that don't ring
Do you know where I can get rid of these things ?
And Louie the King said "let me think for a minute, son"
And he said "yes, I think it can be easily done"
Just take everything down to Highway 61.

Mack the Finger dit à Louie the King
J'ai quarante lacets rouges, blanc et bleu
Et un millier de téléphones qui ne sonnent pas
Sais-tu où je peux me débarasser de tout ça ?
Louie the King dit "laisse-moi réfléchir une minute, fils"
Et il dit "oui, je crois que ça peut aisément être fait"
Tu n'as qu'à tout emporter jusqu'à l'Autoroute 61.

Bob Dylan / Johnny Winter in Highway 61 Revisited

Blues 8 - Autres Suggestions



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