![]() [World Circuit HNCD 1381] |
Ali Farka Touré With Ry Cooder : Talking Timbuktu, 1994 Le virtuose de la slide guitar, Ry Cooder, est un musicien curieux de tous les folklores. Du country blues au tex-mex des bords du Rio Grande, des hymnes sudistes à la guaracha cubaine, de l'Inde à l'Afrique de l'Ouest, il se fond comme un caméléon dans les cultures qu'il découvre, insérant avec nuance son jeu si caractéristique dans tous ces styles divers dont il prend un soin maniaque à ne jamais en altérer l'essence. Sur ce disque, en compagnie du grand bassiste John Patitucci, du batteur Jim Keltner, du guitariste et bluesman Clarence Gatemouth Brown, et de deux percussionnistes maliens, il donne sa chance au guitariste et chanteur Ali Farka Toure et met en valeur ce blues africain qui le fascine. Quant à Farka, lui fait comme d'habitude : il interprète ses propres compositions avec cette voix profonde, cette nonchalance naturelle et ce rythme lancinant qui lui sont propres sans chercher à s'en écarter d'un iota. Le disque est seulement mieux produit, mieux mis en place, mieux calibré (si j'ose dire) pour une plus grande consommation. Mais si l'emballage a cette fois été particulièrement soigné, le produit lui a toujours la même qualité. |
![]() [World Circuit WCD 054] |
Ali Farka Touré : Niafunké, 1999 Né en 1939, le guitariste et chanteur Ali Farka Touré joue le blues sonrai. Après avoir enregistré avec Taj Mahal et Ry Cooder, il revient d'un long exil dans son village natal de Niafunké, au bord du désert. Il n'a rien appris qu'il ne savait déjà. Le blues, il le porte en lui depuis toujours et, comme John Lee Hooker, il n'a jamais respecté ni le temps ni les modes. Sa musique, il la veut libre et si son phrasé de guitare rappelle le djourkélé, un monocorde qui fut l'instrument de ses débuts, c'est parce qu'il préfère l'authenticité à toute démonstration de savoir-faire. Hors des normes universelles, son chant lascif flotte dans l'air immobile et surchauffé, image sonore de l'homme à jamais prisonnier des murs d'argile. Cet album est peut-être son dernier mais parce qu'il est le plus proche de ses racines, c'est aussi le plus émouvant. |
![]() [Cobalt / Mélodie 09289-2] |
Lobi Traoré : Duga, 1998 Né en 1963 près de Ségou, Lobi, qui n'appartient pas à la caste des griots, a appris à jouer de la guitare en cachette. Son style au tempo plus vif, déjà à l'origine très proche de l'idiome du blues afro-américain, en a aussi subi l'influence en retour au fur et à mesure de son évolution. C'est donc sans surprise que l'on apprend que ses artistes préférés sont Ali Farka, John Lee Hooker et Ry Cooder. Lobi chante en Bambara et s'accompagne à la guitare électrique dans un style sobre mais efficace, accommodé parfois d'arpèges empruntés à ses cousins d'Amérique. Sur ce quatrième disque, il est accompagné par des instruments traditionnels comme le djembé ou la calebasse mais aussi par l'harmonica du bluesman français Vincent Bucher rencontré un soir par hasard au New Morning. Retrouvant dans la musique du malien tout ce qui fait la force des premiers chants noirs du Mississippi, Bucher n'a pas hésité à le suivre jusqu'à Bamako. Et il a eu raison : ce disque est une réussite, une preuve de plus, s'il fallait encore le démontrer, que quelques unes des semences du blues ont bien germé ici, il y a très longtemps, quelque part sur les bords du fleuve Niger. |
![]() [Hannibal RYCO 1444] |
Taj Mahal / Toumani Diabaté : Kulanjan, 1999 Par une chaude nuit de printemps, sous le porche en bois d'une vieille maison d'Athens en Georgie, six hommes attendent. Tous Noirs, tous originaires du Mali, ils ont à leurs pieds des instruments de musique aux noms étranges : kora, balafon, kamalengoni et cette petite guitare naviforme à 4 cordes appelée ngoni qui est l'ancêtre du banjo. Celui avec qui ils ont rendez-vous vient d'arriver : c'est le bluesman américain, Henry Saint Clair Fredericks plus connu sous le nom de Taj Mahal. Déjà une légende de son vivant, Mahal s'est en fait aventuré dans d'autres genres que le blues, comme la musique des Caraïbes (l'extraordinaire Sacred Island), le zydeco ou le country rock avec Ry Cooder (The Rising Sons). Constamment hanté par la vision d'une lointaine ascendance africaine, il est venu jusqu'ici avec sa guitare National pour confronter son art aux rythmes de l'Afrique de l'Ouest, terre mythique des ancêtres, où règne le sable et le vent et où l'on prétend que le country blues est né il y a des siècles, bien avant que le coton ne soit récolté dans les Etats du Sud de l'Amérique. Et quand Taj, après avoir salué tout le monde dans un français parfait, s'assied sous le porche et fait glisser ses doigts sur les cordes métalliques, le son traînant si particulier du Delta résonne comme un appel dans le cœur des Maliens. Comme par magie, l'orchestre prend corps, les doigts tricotent des phrases séculaires, le picking de la guitare se mêle aux archaïques instruments dont l'origine se perd dans la nuit des temps et le jeu virtuose de Toumani à la kora, s'il s'inspire toujours de la grande tradition des griots, se fait parfois plus agressif, plus osé dans ses improvisations. Tous les titres de ce compact sont ainsi : spontanés, inventifs, harmonieux, sereins, enracinés dans la tradition du peuple noir, tirant ici sur les mélodies africaines, rappelant là le blues du Mississippi, toujours à mi-chemin de ces deux cultures dont on sait bien qu'elle ont des racines communes. Aucune clé ne vous sera nécessaire pour entrer dans cette musique. |
![]() [World Circuit WCD 053] |
Afel Bocoum : Alkibar, 1999 Afel Bocoum a été membre du groupe d'Ali Farka Touré depuis 30 ans. Aujourd'hui que le leader charismatique de Niafunké manifeste sa volonté de se consacrer davantage à ses terres, Afel se décide enfin à enregistrer son propre disque. Avec son groupe composé de guitares, d'instruments locaux traditionnels (djourkélé, djembé, calebasse, violon njarka à une seule corde) et d'un chœur à trois voix, il délivre une musique qui s'étire telles les longues caravanes des sables et danse comme les vaguelettes du fleuve pendant l'hivernage. Enregistré dans des conditions difficiles dans d'une école abandonnée, transformée en studio pour l'occasion, à quelques kilomètres de Niafunké, ses mélopées lancinantes sont moins " blues " que celles d'Ali Farka, résolument acoustiques et plus proches de la tradition pentatonique des chants du désert. Bocoum raconte en Sonrai ou en Tamachek les légendes et les petits évènements de la vie des sociétés agraires : l'avancée fatale des sables, la sagesse des anciens, l'importance pour la survie de l'arbre que l'on replante, de l'irrigation et de la culture de la terre. Et sur deux titres, Ali Farka Touré est venu mêler sa guitare à la sienne, adoubant ainsi ce premier disque et attestant en quelque sorte la filiation d'un style qu'il a créé il y a plusieurs décennies et imposé ensuite sans effort au monde entier. |
![]() [World Circuit WCD 045] |
Oumou Sangaré : Worotan, 1995 Née à Bamako en 1968, cette chanteuse malienne interprète ses propres compositions qui parlent des traditions, de la dévotion, du courage de la femme malienne et de sa lutte pour la liberté dans le choix d'un mari (Worotan signifie 10 noix de cola, le prix à payer pour une fiancée). Soutenu par un groupe mixant des instruments modernes (basse électrique, guitare, section de cuivres) et traditionnels (kamalengoni, flûte Peul, djembé et chœurs), son chant fier et puissant, qui présente de fortes réminiscences arabes, est l'archétype du style Wassoulou (une région au sud-ouest du Mali dont sa famille est originaire). Le wassoulou groove est basé sur l'ancien rituel des chasseurs maliens qui remonte jusqu'au XIIIe siècle au temps du premier empereur du Mali : Sunjata Keita. Ceci explique l'omniprésence au cœur de la musique d'Oumou Sangaré du kamalengoni, une sorte de harpe à 6 cordes qui est l'instrument réservé aux chasseurs et qui ne se mélange jamais avec la kora ou le ngoni des griots. Sur ce disque on notera aussi, à côté des chansons traditionnelles, quelques titres au traitement plus moderne rehaussés intelligemment par la section de cuivres funky de l'américain Pee Wee Ellis, accompagnateur de James Brown, ainsi que l'attachante ballade Djôrôlen avec la superbe guitare espagnole de l'Indien Nitin Sawhney. Voici quelque chose d'inattendu à découvrir ! |


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