Chris Joris & Daniel Schell : Ishango![]() |
Si la forme d’Ishango est exceptionnelle, le fonds ne l’est pas moins et vaut bien la peine qu'on s’y attarde un peu. Ishango est un village sur les bords du Lac Edouard considéré comme l’une des plus lointaines sources du Nil. C’est là qu’en 1950, l’archéologue belge Jean de Heinzelin découvrit un os de 10 centimètres couvert d’encoches et datant de 20.000 ans, qui n’allait pas tarder à susciter nombre de controverses au sein du monde scientifique. Pour certains, le bâton d’Ishango serait une sorte de calculette : les séries de traits très fins et gravés à la main qui sont regroupés en trois rangées courant le long du bâton constitueraient une suite de duplications ou multiples faisant ainsi remonter l’histoire des mathématiques jusqu’à cette époque reculée et déplaçant le lieu où cette science fut inventée du Moyen Orient au cœur de l’Afrique. D’autres ont même été plus loin, recherchant des liens entre les chiffres figurés par les ensembles de traits et les nombres premiers tandis que les plus audacieux on comparé l’objet millénaire à une version préhistorique du code-barre (c’est cette interprétation qui est illustrée sur la pochette du compact ainsi que sur les dessins illustrant les disques eux-mêmes). Pour Marshak, journaliste américain chargé par la NASA d’écrire un livre sur l’histoire des sciences, l’os d’Ishango serait un calendrier lunaire et l’inclinaison des entailles pourrait être reliée aux phases de notre satellite. On pense alors au film de Kubrick, 2001 Odyssée de l’Espace, et à cet os que le grand singe, devenu intelligent après un contact avec le monolithe noir, lançait dans l’espace en un somptueux fondu-enchaîné avec une station spatiale.
Mais si sur le plan scientifique, les avis divergent, sur celui de la symbolique, il n’y a pas de contestation possible : l’os d’Ishango témoigne de la créativité humaine et de son évolution qui prend naissance aux sources du Nil. Il jette un pont entre cette civilisation occidentale qui se réclame du développement et de la technologie et la civilisation africaine qui, il y a près de 20.000 ans, concevait les bases des premiers outils scientifiques. Ainsi, illustrant l’universalité de la science, le bâton d’Ishnago représente beaucoup plus qu’il ne montre : il est le symbole de la race humaine, unique et indivisible. |
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