Blues 10 : Autres Suggestions


First Black Troops, Thomas Nast, Harper's Weekly, 1863
Looking down from Mount Rushmore
All across this land
A house divided against itself
Cannot stand
We are black and white and red, yellow and brown
A nation of one
Don't tear the house down


En regardant en bas du Mont Rushmore
vers les quatre coins de la contrée
Une maison divisée contre elle-même
ne peut rester dressée
Nous sommes noirs et blancs et rouges, jaunes
et bruns. Une seule nation.
Ne brisez pas votre propre maison

Mighty Mo Rodgers in Have You Seen The American Dream

The Paul Butterfield Blues Band
The Paul Butterfield Blues Band (Elektra), USA 1965

Le second opus du Paul Butterfield Blues Band, East-West, est resté dans l’histoire du rock comme un album novateur ayant ouvert les portes aux longues improvisations que les groupes de la Côte Ouest, comme Jefferson Airplane, intègreront bientôt dans leurs concerts. Mais pour les amateurs de blues, celui-ci, paru une année auparavant, compte parmi les plus grandes réalisations du genre : le disque fut d’ailleurs classé à la onzième place des 50 meilleurs albums de blues par le célèbre magazine américain Downbeat juste avant Albert Collins et Robert Cray. Ce premier essai fut initié par le producteur d’Elektra, Paul Rothchild, qui enregistra la formation en studio en décembre 1964, puis en live au Cafe Au Go Go à New York City et, insatisfait des résultats, une troisième fois en studio en décembre 1965 avec l’addition de Mark Naftalin à l’orgue sur six titres. Ces derniers enregistrements sont ceux de l’album officiel, les premiers ayant été réédités en 1955 sur The Original Lost Elektra Sessions. Dès les premières mesures de Born in Chicago, une reprise d’une composition de Nick Gravenites, on est confronté à un drive intense imposé par l’harmonica de Paul Butterfield et la rythmique composée du bassiste Jerome Arnold et du batteur Sam Lay, tous deux débauchés du band de Howlin’ Wolf. Entre parenthèses, le quintet de Paul Butterfield fut l’un des tout premiers en Amérique à mixer des musiciens noirs et blancs et, en parallèle avec les formation britanniques, à faire chanter le blues par un artiste blanc. Les solos de guitare sont denses et concis : tous sont interprétés par le grand Mike Bloomfield (écoutez-le pleurer sur Last Night), le second guitariste nommé Elvin Bishop, pourtant également excellent, étant confiné à la guitare rythmique (il gagnera bientôt le droit de s’exprimer lui aussi sur le prochain opus). Le style est du pur Chicago Blues mais revitalisé avec une passion débordante qui suinte des huit reprises et trois originaux composant le répertoire. Les grands classiques comme Shake Your Moneymaker, I Got My Mojo Working et Look Over Yonders Wall retrouvent ainsi une vigueur naturelle qui ne passera pas inaperçue puisqu’elle remettra le blues au goût du jour et l’imposera du même coup au public blanc ensorcelé.

[ Paul Butterfield Blues Band (CD & MP3) ] [ The Lost Elektra Sessions ] [ East-West ]

Mighty Mo Rodgers : Red, White and Blues
Mighty Mo Rodgers : Red, White and Blues (Verve), USA 2002

Maurice Rodgers, aujourd’hui plus connu sous le nom de Mighty Mo Rodgers, est une sorte d’intellectuel du Blues. Détenteur d’un diplôme en philosophie et ensuite enseignant dans les quartiers difficiles de Los Angeles, il est aussi un musicien qui s’est donné pour mission de rendre au blues une signification spirituelle en droite ligne avec l’histoire du peuple afro-américain, depuis l’esclavage des premiers temps jusqu’à aujourd’hui. Du coup Maurice le Tout-Puissant n’est pas très intéressé par les prouesses instrumentales et n’a que faire des solos : seules comptent les paroles chantées sur des musiques généralement assez simples et dans des arrangements sans trop de fioritures. D’ailleurs, il n’aime pas les guitares qui, selon lui, ont détourné le public du vrai blues qui vient d’une tradition orale. Heureusement, il possède une voix rauque et expressive dont tous les chanteurs de soul et de blues rêvent d’être pourvus. Et bien souvent, ses compositions font mouche même si, sur la durée d’un album complet, on a parfois envie de passer à autre chose. Paru en 2003, Red, White And Blues est son second disque, après Blues Is My Wailin' Wall sorti quatre années auparavant, et ce n’est sûrement pas le plus mauvais (évitez surtout son dernier en date, Dispatches From The Moon, trop naïf et commercial). La pochette porte déjà un message. On y voit un enfant noir tenant la bannière étoilée : Maurice Rodgers lui-même à deux ans, photographié dans le Sud au milieu des années 40 à un endroit et à une époque où les Noirs n’avaient aucun droit civique. C’est que Mighty Mo se sent américain même si ses textes sont polémiques et attirent la controverse. Ainsi en est-il de DNA, à propos des amours du président Thomas Jefferson avec une femme de couleur (qu’il emmena en France quand il y fut ambassadeur) ou The Boy Who Stole The Blues qui décrit comment Elvis Presley est devenu riche en s’appropriant le blues. Au plan musical, l’homme fait le tour des musiques noires. On y entend du hip hop (The Holy Howl), du boogie à la John Lee Hooker (The Boogie Man), de la Soul (DNA), du Folk (Have You Seen The American Dream) et même du reggae (Prisoners Of War), tout ça pour exprimer à sa façon, selon la célèbre phrase de Willie Dixon, que si le blues est les racines, tout le reste est ses fruits. Original et malin certes, mais pas nécessairement le genre de plat dont raffolent les amateurs de blues classique.

[ Red, White And Blues (CD & MP3) ]

Eric Burdon and Jimmy Witherspoon : Black & White Blues
Eric Burdon and Jimmy Witherspoon : Guilty! (LP MGM), UK/USA 1971 - Réédition CD remastérisé : Black & White Blues (ARG Records/BMG) 1999

LP GuiltyVoici une autre excellente collaboration entre un chanteur blanc britannique (Eric Burdon, ex-Animals) et un authentique bluesman afro-américain, Jimmy Witherspoon, qui fit ses débuts avec l’orchestre de Jay McShann dans les années 40. En fait, associer ces deux là sur un même album était une riche idée car ce sont deux grandes gueules dotées de voix puissantes aussi bien capables de transmettre l’émotion du blues que la chaleur du R’n’B. Au début des années 70, Burdon, sans doute pour des raisons de santé, venait de quitter brusquement le groupe War tandis que Witherspoon avait décidé de s'éloigner de la scène pour s'établir à Los Angeles en prenant temporairement un job de disc jockey. Ce disque aurait du les remettre en selle mais malheureusement, il n'a connu aucun succès à sa sortie et ne s'est guère vendu. En le redécouvrant aujourd’hui dans sa réédition en compact, on constatera combien les deux hommes formaient une combinaison parfaite : leurs voix ont chacune une puissance extraordinaire et un timbre unique qui en font deux monstres sacrés du "shouting blues". Le groupe WAR (dont Lee Oskar à l'harmonica, Papa Dee Allen aux percussions, Howard E. Scott à la guitare et l’excellent Lonnie Jordan aux claviers plus les riffs de cuivres) intervient sur un titre (Home Dream) uniquement chanté par Burdon et déjà enregistré en août 1969 avant qu’il n’abandonne la formation. Les autres morceaux, gravés aux studios MGM à Hollywood le 31 juillet 1971, bénéficient d’un accompagnement correct par des musiciens de studio et certains arrangements sont plutôt élaborés (écoutez par exemple la combinaison orgue – vibraphone sur I've Been Driftin'/Once Upon A Time). Le répertoire contient des classiques du British Blues (The Laws Must Change de John Mayall), une reprise de Chuck Berry (Have Mercy Judge) et quelques originaux plus un superbe gospel transcendé par les choeurs du Révérend James Cleveland (The Time Has Come). Tout cela est produit efficacement par Jerry Goldstein, producteur de War et ancien manager de Sly and the Family Stone. Le seul bémol consiste finalement en une version approximative du standard Goin' Down Slow, enregistrée live dans de mauvaises conditions en mai 1971 pendant un concert à la prison de San Quentin dans la baie de San Francisco, dans laquelle on peut entendre un des détenus, Ike White, chanter et jouer de la guitare. Sorti initialement en 1971 et baptisé Guilty (coupable), le LP a été réédité une première fois en 1976 sous le nom de Black & White Blues (LA Records GG 58001) et ensuite en compact en 1999 (ARG Records/BMG). L'ancienne pochette montrant un individu non identifié (serait-ce Barry Jenkins, le batteur des Animals ?) dont le crâne est une prison, fut imaginée par Burdon et faisait référence à l'univers carcéral qui constitue globalement le thème de l'album. Elle a été remplacée sur les rééditions successives par une photographie plus banale montrant les deux chanteurs voyageant côte à côte dans un bus, probablement pendant la tournée qui a suivi l’enregistrement de l’album. Magnifique rencontre comme le blues sait parfois en produire, ce disque est tout particulièrement conseillé à ceux qui ont tendance à rouler trop vite sur l'autoroute. Entendre en effet les deux compères chanter à l'unisson "Ayez pitié, je suis dans de sales draps, attrapé par la police routière..." devrait en principe les inciter à lever le pied !

--- Burdon & Witherspoon : Have Mercy Judge (extrait) - 1971

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1936 Hudson Terraplane
And I feel so lonesome
you hear me when I moan
When I feel so lonesome
you hear me when I moan
Who been drivin' my Terraplane
for you since I've been gone


Et je me sens si seul
m'entends tu quand que je gémis ?
Quand je me sens si seul
m'entends tu quand que je gémis ?
Qui conduit ma Terraplane
pour toi depuis que je suis parti ?


Robert Johnson in Terraplane Blues, 1936

Blues 9 - Autres Suggestions



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