Eric Legnini Trio : Miss Soul (Label Bleu LBLC 6686), 2005 (sorti en janvier 2006). Ca fait longtemps qu’on l’attendait celui-là. En fait, on en était resté aux premiers albums, par ailleurs tous excellents, du pianiste hutois sortis sous son nom au début des années 90 :
Essentiels (Igloo, 1989),
Natural Balance (Jazz Club, 1991, réédité en 2003 chez September Records),
Antraigues (Quetzal, 1994) et
Rhythm Sphere (Igloo, 1994) avec Joe Lovano. Après, ce fut la rencontre avec des musiciens italiens et le début d’une longue carrière en sideman aux côtés de musiciens prestigieux comme Stefano di Battista, Flavio Boltro ou encore Stéphane Belmondo dont il fut le compagnon pour quelques uns de leurs plus beaux disques. Il y cinq ans, la rumeur de la parution d’un compact sous son nom sur le label légendaire Blue Note en fit saliver plus d’un mais, hélas, pour d’obscures raisons, l’album ne vit jamais le jour. Aujourd’hui,
Miss Soul sort enfin chez Label Bleu et c’est bien plus que de simples retrouvailles : la redécouverte d’un formidable pianiste doté d’une énergie incroyable, d’un phrasé précis et concis et d’un swing naturel au balancement irrésistible. La ligne directrice de cet album est un hommage à un pianiste énigmatique mais génial, Phineas Newborn Jr, dont le style inclassable tient d’un Be-bop nourri de swing et de Blues, un peu à l’instar d’un Oscar Perterson à qui sa virtuosité permet de le comparer. En plus de reprendre deux de ses compositions (
Sugar Ray et
Back Home qu’on peut écouter sur l’album
Back Home de Newborn paru en 1976 chez Contemporary),
Eric Legnini lui dédie aussi un titre original,
The Memphis Dude. Sinon, Legnini illustre le titre de son disque en proposant des morceaux au groove irrésistible qui portent leurs noms comme des étendards :
Horace Vorace,
Miss Soul et
Home Sweet Soul inspirés par les maîtres du Hard Bop / Soul Jazz que furent Horace Silver ou Bobby Timmons. Et pour faire bonne mesure, le pianiste ne manque pas de rappeler ses origines italiennes sur sa composition
La Strada, son respect pour le jazz classique avec
Prelude To A Kiss d’Ellington sans oublier un clin d’œil à Esbjörn Svensson avec une interprétation personnelle du
Joga de Bjork. Magnifiquement secondé par
Rosario Bonaccorso ou
Mathias Allamane à la Contrebasse et par
Franck Agulhon à la Batterie, Eric Legnini a enregistré un disque magnifique au son parfait. Et si cette musique provoque chez l’auditeur une intense jubilation, c’est parce qu’on y perçoit l’âme authentique du jazz. C’est rare et c’est bon ! [
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