Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série III - Volume 4 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ]

Wobbler : Hinterland
Wobbler : Hinterland (Laser's Edge), Norvège 2005

Tout ceux qui écouteront le premier album de ce groupe norvégien nommé Wobbler diront probablement la même chose : il s’agit là d’un condensé vintage de tout ce que le rock progressif des seventies a produit de meilleur. Une sorte de cocktail à base de King Crimson, d’ELP, de Genesis et autres Gentle Giant qui, loin d’être indigeste, se boit comme du petit lait. Les différentes sections s’enchaînent les unes aux autres avec maestria pour composer trois titres épiques dont la pièce maîtresse est un Hinterland de près de 28 minutes. Si les vocaux de Tony Johannessen passent presque inaperçus à cause d’un manque flagrant de présence, les parties instrumentales, dominées par l’arsenal de mellotrons, piano, Mini-Moog, orgue Hammond B3 (avec leslie évidemment) et autres claviers analogiques manipulés par Lars Fredrik Froislie (membre de White Willow à partir 2004 et qu’on peut écouter sur leur quatrième album, Storm Season, et sur le suivant, Signal To Noise), ont un lustre indéniable, changeant de textures aussi rapidement que les modèles enfilent des robes pendant un défilé de mode. L’alternance de passages soft et heavy évoque parfois aussi Anglagard et on apprécie en particulier les interventions épisodiques et originales de flûte ou de guitare baroque jouées par des musiciens invités (Ketil Vestrum Einarsen, excellent flûtiste également remarqué chez White Willow et Ulrik Gaston Larsen, spécialiste d’instruments antiques, ici crédité sur ce grand luth italien qu’on appelle un théorbe). Les compositions, déjà conçues au début du nouveau millénaire, ont eu le temps de mûrir : elles ont finalement été enregistrées d’abord sous la forme de démos et ensuite, à partir de juin 2004, réenregistrées dans un studio professionnel sur une période de huit mois. Autant dire que le travail intense suinte de partout : le son est plus que correct et les arrangements superbes. C’est jusque que parfois, on a un peu l’impression d’aller nulle part : les thèmes sinueux se diluent tellement au fur et à mesure de l’empilements des différentes sections que l’intérêt finit par s’émousser. Qu’importe, ceux qui apprécient les longues suites de rock symphonique à l’ancienne seront ravis par les objectifs « rétro » comme par l’habileté des musiciens. Les autres penseront que la prochaine fois, Wobbler devrait aussi se concentrer sur quelques mélodies fortes et deux ou trois chansons plus concises. Et surtout, abandonner cette étiquette passéiste (revendiquée par le groupe lui-même) qui risque vite de leur coller à la peau comme une tunique de Nessos.

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Quidam : The Fifth Season (Live In Concert 2005) (Metal Mind Productions DVD+CD), Pologne 2006
Quidam : The Fifth Season
Fondé vers le milieu des années 90, Quidam (ainsi nommé d’après un poème de leur compatriote Cyprian Kamil Norwid) s’est rapidement imposé à côté de Collage et d’Abraxas comme l’un des meilleurs représentants de l’école néo-prog polonaise. Si leur discographie comprend déjà six albums en studio et deux autres en concert, The Fifth Season est leur premier DVD. Il présente l’intégralité d’un concert filmé en 2005 dans le petit théâtre Wyspiansky de Katowice. Entre-temps, le line-up du groupe a été altéré notamment par l’introduction d’un nouveau chanteur (Bartek Kossowicz) qui ne semble pas toujours très à l’aise. Il paraît en tout cas avoir beaucoup de peine à assurer les aigus autrefois visités par la voix angélique d’Emilia Derkowska même s’il s’en tire honorablement sur les compositions les plus récentes mieux ajustées à son ambitus. Heureusement, l’essentiel du répertoire est constitué de l’intégralité (si l’on excepte l’introduction Airing) des morceaux de leur dernier compact en date, SurREvival (2005), enregistré avec Bartek. Les autres titres comprennent Jestes, Credo, et No Quarter extraits de The Time Beneath The Sky (2002) ainsi qu’un medley de chansons plus anciennes (Oldies But Goodies) et le désormais classique Sanktuarium qui ouvrait leur premier opus éponyme de 1966. Les arrangements à base de claviers, guitares et flûte sont superbes et l’impact de la musique, déjà fort atmosphérique, est encore amplifié par une prise de son remarquable en Dolby Digital 5.1 Surround, deux écrans au fond de la scène projetant des motifs variés et un jeu de lumière subtil qui concourt à créer des écrins différents pour chaque chanson. Même si Quidam ne se distingue pas par sa présence sur scène (le chanteur en particulier a encore bien du travail), on éprouve un grand plaisir à la célébration de cette musique aussi séduisante que captivante. C’est d’autant plus vrai que les Polonais ne se contentent pas d’interprétations serviles mais, au contraire, rendent le concert vivant par des improvisations inattendues en intégrant parfois des parties musicales externes à leurs propres compositions ou l’inverse (comme Los Endos de Genesis dans The Fifth Season ou le solo de Quimpromptu au sein du No Quarter de Led Zeppelin). En plus du concert, le DVD offre une multitude de bonus allant de deux clips vidéo à un documentaire sur l’enregistrement en studio de SurREvival en passant par des extraits de la tournée SurREvival de 2005, des interviews, une biographie, du matériel pour PC et une discographie. L’autre bonne idée, désormais courante chez Metal Mind Productions, est d’avoir inclus dans la pochette un compact audio de 75 minutes reprenant huit titres (sur onze) du concert, ce qui permet de l'écouter dans d’autres conditions. Ce genre de production mixte est assurément un plus par rapport aux seuls DVD ou CD audio et devraient de plus en plus représenter la norme en matière d’édition musicale. Ca permettrait peut-être de réduire le piratage en offrant des objets complets (films, bandes sonores et livrets) d’une grande qualité dont a du mal à se passer quand on apprécie réellement un groupe. En résumé, si vous aimez le néo-prog mélodique et symphonique de Collage, de Satellite ou de Pendragon, ce DVD de Quidam ne saurait vous décevoir.

[ Quidam website ] [ Les CD de Quidam ]

Magellan : Innocent God (Muse-Wrapped Records / Musea), USA 2007/2008
Magellan : Innocent God

Drowning on land - howlin' at the moon
I am a neo native
Levees gone - Tribal storms
floods hide this legacy

Found
Passablement refroidi par leur précédent opus d’une qualité très moyenne (Symphony For A Mysanthrope, 2005), j’avoue avoir écouté celui-ci avec appréhension en me disant quand même qu’après avoir été éjectés du label InsideOut, les frères Gardner avaient dû se ressaisir. Hélas, il semble bien qu’Innocent God soit une suite logique du précédent dont il conserve les mêmes défauts. Néanmoins, les références classiques ont disparu et les chansons ont été écourtées, probablement dans l’espoir qu’elles seraient plus faciles à appréhender. C’est parfois le cas comme Who To Believe qui est une simple ballade avec piano et orchestre synthétique sans intérêt particulier et Slow Burn, un titre hard atypique qui prouve que Magellan, à l’instar d’un Kansas, peut aussi faire du rock concis et vigoureux. Malheureusement, la voix de Trent couvre quasiment l’intégralité de ces compositions, laissant peu de place à des parties instrumentales qui auraient aéré les chansons. Le style mute parfois vers une certaine modernité avec Invisible Bright Man auquel les rythmes électroniques procurent un côté commercial inhabituel chez Magellan. Beaucoup plus intéressant bien qu’un peu longuet est l’épique Innocent God avec sa structure labyrinthique et un son heavy traduisant bien le côté sombre des paroles tandis que Found (qui raconte l’inondation de la Nouvelle Orléans suite au passage du cyclone Katrina) est également plutôt réussi avec un rythme ethnique quasi tribal qu’on croirait importé tout droit d’une jungle profonde … ou d’une chanson moderne de Peter Gabriel. Finalement, le meilleur titre de l’album reste l’excellent instrumental Sea Of Details qui retient l’attention par ses synthés et les solos d’une guitare (Wayne Gardner ou Robert Berry ?) enfin libérée des flots continus de paroles. Voilà ce qui cloche dans Innocent God : i) la musique a été écrite d’abord pour enrober les textes ; ii) le chant de Trent Gardner est certes spécifique mais, sur la longueur, il finit par devenir monotone ; iii) les parties instrumentales ne constituent généralement que des ponts très courts entre les couplets. Si vous trouvez ce disque dans un bac de soldes, vous pouvez toujours en faire l’acquisition : Magellan, même en perte de vitesse, reste une pointure du rock symphonique hard et progressif et il est doté d’une vraie personnalité mais si vous n’achetez qu’une production de ce groupe, optez plutôt pour Impending Ascension (1993) beaucoup plus aventureux et créatif ou, ce qui reste mon préféré à ce jour, l’étrange Hundred Year Flood et son rock symphonique bourré d’idées et de testostérone.

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