Compacts de Jazz Belge :
Autres Suggestions (9)




"Est-ce la trompette ou les trompettistes que j'aime ?
Je n'ai jamais été attiré par la trompette classique ou cubaine,
c'est en écoutant Chet et Miles que j'ai choisi cet instrument.
Leur discours est limpide et fort, ils jouent moins de notes que les saxophonistes
et leur son rentre dans la peau."

Greg Houben in Jazz Around, N°53, Eté 2010



Charles Loos : Piano WorksCharles Loos : Piano Works (Mogno j039), 2010. Malgré une discographie bien remplie, Charles Loos n’a que très rarement enregistré en piano solo (on se souvient de l’excellent So Happy, The Curve sorti en 2004 sorti en collaboration avec Fred Wilbo). C’est donc avec plaisir qu’on le retrouve ici dans cet exercice difficile qu’il pratique parfois sur scène et dans lequel on sait qu’il excelle. Pas de ligne directrice dans ce répertoire où le pianiste change de tempo et de style au fil des compositions. Quatre titres (Rumba, Le Zap, Fox-Trot et Valse Musette) sont des mouvements extraits d’un ballet intitulé « Noir / Instantané » composé en 2003 pour le Ballet de Liège. Enjouée et élégante, la musique y est inspirée par différents styles populaires, le plus proche du jazz étant évidemment ce superbe et court Fox Trot sautillant qui transporte l’auditeur au temps de la belle époque et qui conviendrait parfaitement pour accompagner les films muets du début du siècle. Variantes Sur Un thème du Nord est en quelque sorte un exercice à base d’une simple mélodie qui évolue en de multiples improvisations nostalgiques. La pièce principale Wasif, en cinq parties, doit son nom au fait qu’elle est tirée d’une longue improvisation que Charles Loos fit huit années plus tôt alors qu’il essayait pour la première fois le nouveau piano Yamaha du studio Wazif où a été enregistré l’essentiel de cet album. La musique y est imprévisible, sans but précis, intégrant différents styles et pourtant toujours reconnaissable comme du Charles Loos. Quant à l’ostinato qui ouvre l’album, c’est une pièce intimiste et méditative de toute beauté. Piano Works est un album de mélodies et d’improvisations enchanteresses à écouter de préférence dans la pénombre et le silence d’un soir d’été. [ Commander chez Mogno Records ]


Paolo Loveri : 3 for 1Paolo Loveri : 3 for 1 (Mogno Music J037), 2009 (édition 2010). Même s’il reste encore trop peu connu du grand public, Paolo Loveri a déjà une longue histoire liée à la scène du jazz belge sur laquelle il se produit depuis 1992. Sur le plan discographique toutefois, ce n’est que trop rarement qu’on a pu l’apprécier, d’abord en duo avec Fabrice Alleman pour deux albums édités chez Lyrae en 1996 et 2001 (Duo et On The Funny Side Of The Strings), aujourd’hui difficilement trouvables, et plus récemment sur l’excellent projet collectif Radoni’s Tribe (Let Me Hear A Simple Song) sur lequel il rendait hommage à son mentor, Paolo Radoni. Pour son premier disque en leader, Paolo Loveri a invité celui qui, à la fin des années 80, fut son tout premier professeur de guitare en Italie : Pietro Condorelli. C’est donc à un beau duo de six cordes, accompagné par Benoît Vanderstraeten à la basse électrique et Bruno Castellucci à la batterie, qu’on a droit sur cet album intitulé fort à propos 3 For 1. Mis à part le standard de George Gershwin (But Not For Me), les dix autres compositions sont des originaux écrits par Loveri ou Condorellli. Les deux guitares, au son électro-acoustique magnifiquement enregistré, sont évidemment aux avant-postes, improvisant ou exposant des mélodies raffinées dans une esthétique propre à la musique improvisée européenne. De belles mélodies d’ailleurs comme celle de Little Castle, en forme de promenade tranquille, ou de Quartiere Stella au tempo lascif et à l’atmosphère onirique. Sur Tribute To An Unknown Hero, la cadence s’accélère et on pourra comparer les attaques et les styles des deux solistes qui se complètent et s’entrecroisent avec bonheur. Au détour d’un titre (ML Samba), on surprend le quartet à introduire quelques influences latines qui colorent subtilement la musique. Et il y a aussi un bel hommage à Wes Montgomery, intitulé Wes Drive, où l’on retrouve avec plaisir non seulement la technique du maître (ses fameux octaves) mais aussi son groove si particulier que l’inconscient associe bien souvent à la route et au voyage (Movin’ Wes, Movin’ Along, Road Song, …). Des thèmes qui, d’après la pochette, sont aussi à priori le fil conducteur de cet album. 3 For 1 est un disque qui ravira les amateurs de guitares jazz jouées dans un style classique avec toute la technique et la fraîcheur requises. [ Paolo Loveri sur Mogno Records ]


Jean Warland & Fabrice Alleman : The DuetJean Warland & Fabrice Alleman : The Duet (Igloo IGL214), 2009. Bonne idée que de réunir Jean Warland, vétéran de la contrebasse, avec le jeune et bouillonnant saxophoniste clarinettiste Fabrice Alleman, révélé en 1998 par Loop De Loop (Igloo IGL136) enregistré en quartet aux côtés de Michel Herr, Jean-Louis Rassinfosse et Frédéric Jacquemin. Warland, c’est tout un pan de l’histoire du jazz européen : depuis 1945, il a joué avec tout le monde, de Lee Morgan à Dizzy Gillepie en passant par Lucky Thompson, Martial Solal, Johnny Griffin, Don Byas et Kenny Clarke avec qui il entretiendra une relation durable Dans l’histoire plus restreinte du jazz belge, son nom est associé a des musiciens historiques comme Jean Omer, Fud Candrix, Jack Sels, Sadi ou Francy Boland (à lire dans Bass Hits, les mémoires du contrebassiste qui viennent d’être publiées aux éditions Le Cri). Pas de nouvelles compositions dans cette rencontre à nu mais un répertoire de standards soigneusement choisis comme véhicules propices à de fructueux échanges. On pourrait s’attendre à une session convenue entre deux générations distinctes mais ce n’est pas le cas, les deux compères dialoguent avec une fraîcheur et une aisance incomparables, sculptant l’éphémère en de nouvelles et intrigantes beautés. Au fil des titres, Alleman passe du ténor au soprano ou à la clarinette mais, quelque soit l’instrument choisi, il swingue avec bonheur sur les mélodies intemporelles de Duke Ellington, Irving Berlin, Gus Arnheim ou Blosson Dearie. Dix titres sur douze sont en duo tandis que les deux autres bénéficient de la présence du batteur Frédéric Jacquemin (Let's Face The Music And Dance) ou du tromboniste Phil Abraham, ce dernier regorgeant de finesse et de sensibilité sur le fameux Sleeping Bee de Harold Arlen. The Duet est un disque chaleureux et épanoui conçu sous la bonne étoile double du talent et de la complicité. [ The Duet sur MySpace ] [ Commander chez Igloo ]


Pascal Mohy Trio : Automne 08Pascal Mohy Trio : Automne 08 (Igloo IGL209), 2009. Pascal Mohy, on l’a découvert en 2007 au sein du quartet qui accompagne la chanteuse Mélanie De Biasio. Pianiste sensible au toucher délicat, il fut un élément majeur dans la réussite de l’excellente production A Stomach Is Burning (2007 Igloo, réédité en 2008 par Cristal Records). Ici à la tête de son propre trio comprenant le contrebassiste vétéran Sal La Rocca et le batteur Joost Van Schaik, il confirme sa grande sensibilité tout en explorant d’autres facettes de son art. Bien sûr, on retrouve ce côté feutré et intimiste dans lequel il excelle et, à cet égard, le standard de Duke Ellington (Prelude To A Kiss), celui de Thelonious Monk (Ruby My Dear), le Naima de John Coltrane ou sa propre Ballade En C Mineur creusent le sillon d’un lyrisme à fleur de peau, le piano sinueux oscillant constamment entre mélodie légère et improvisation subtile. Mais l’homme, qui fut récompensé du Django D'Or des jeunes talents en 2007, n’est pas qu’un caresseur de notes et possède d’autres cordes à son arc. Ainsi, sa composition personnelle “12 Huîtres Boogie” s’approprie-t’elle l’idiome du blues avec une facilité déconcertante tout en mettant en avant un swing voluptueux qu’on n’aurait guère soupçonné chez ce musicien à priori plus nonchalant que fiévreux. If I Were A Bell, qui débute comme une comptine d’enfant, enfonce le clou avec une improvisation enjouée et bourrée d’idées. La rythmique aide beaucoup en soulignant le jeu dynamique et aéré du leader, contribuant largement au contraste et aux nuances d’une musique particulièrement vivante. On notera aussi la qualité de l’enregistrement qui a privilégié un son rond et chaleureux favorisant la proximité entre l’artiste et celui qui l’écoute. Du beau travail ! [ Commander chez Igloo Records ]


Brick QuartetBrick Quartet (Chopstick Records), 2009. Sous cette pochette anonyme, dont l’art suranné ne laisse rien deviner de ce qu’on trouvera à l’intérieur, se cache un quartet qui compose et improvise une musique au bord de deux mondes : celui de la musique classique moderne et celui du jazz. La composition du groupe reflète cette ambivalence puisque le guitariste et membre fondateur Mathias Van de Wiele côtoie le saxophoniste et flûtiste Ben Sluijs et le violoncelliste Lode Vercampt, le trio étant soutenu par la batterie de Dimitri Simoen. Si Ben Sluijs n’est plus à présenter aux amateurs de jazz belge, Van de Wiele n’en est pas pour autant un inconnu : c’est lui qui officiait en tant que guitariste dans un autre groupe turbulent dont on a vanté dans ces pages le potentiel et l’originalité : Moker (dont le compact Konglong a été sélectionné en mars 2006 comme disque du mois). Et, bien que le style soit ici différent de celui de Moker, on retrouve sur cet album le même esprit combinant le goût de l’aventure à une approche iconoclaste. Et ça fonctionne ! Ecoutez Pressure qui débute le répertoire sur les chapeaux de roue : la guitare électrique du leader, le violoncelle et le saxophone se succèdent dans des embardées conduites à un train d’enfer qui laissent des traces sur l’asphalte. Changement de décor avec Giants Talk, le seul titre composé par Lode Vercampt, qui installe une atmosphère menaçante avec ses harmonies sombres et énigmatiques. Opgedoekt est pourvu d’un groove lancinant avec cette fois une guitare acoustique aux avant-postes. Les quatre titres suivants (I-Nyanga, Op is op…, D-Mi et Druk) sont totalement improvisés de manière collective par le quartet et on a forcément un peu difficile à suivre même si la musique reste cinématique, porteuse d’images et d’émotions. Le long Mountain Shock, qui commence par un solo de flûte de Sluijs, est davantage structuré et s’étend en un immense paysage sonore dont on n'aperçoit pas les limites. Le meilleur est pour la fin avec Opgelucht, un thème plaisant et enjoué sur lequel les quatre complices swinguent avec bonheur. Original, contrasté et courageux mais aussi risqué, imprévisible et complexe. Donc, à écouter avant d’emporter ! [ Brick Quartet Website ]


L'âme des poètes : Ceci n'est pas une chanson belgeL'âme des poètes : Ceci n'est pas une chanson belge (IGLOO IGL 218), 2009. Coucou, les revoilou ! Toujours souriants et plus espiègles que jamais, les membres de l’âme des poètes proposent une nouvelle galette qui réunit des chansons belges de tout genre et de toute époque. Si Johnny Tu n’est pas un ange de Vaya Con Dios, ici rendu avec une souplesse féline, ou Cœur de loup de Philippe Lafontaine, enluminé d’un solo de guitare magistral, paraissent des choix évidents sinon incontournables, on avait de quoi s’interroger à la lecture des titres de quelques autres sélections comme Chef un p’tit verre on a soif du Grand Jojo ou C’est ma vie de Salvatore Adamo. Et bien, le plus étonnant est que ça fonctionne. A peine reconnaît-on la mélodie qu’on est parti sur les chapeaux de roue dans des improvisations débridées, à la guitare par un Fabien Degryse en grande forme et au saxophone soprano par un Pierre Vaiana bouillonnant. Quant à Jean-Louis Rassinfosse, son air coquin sur la photo du digipack en dit long sur le plaisir qu’il a pris à réinterpréter en jazz ces vieilleries d’un autre temps. Ils vont même jusqu’à assumer leur belgitude en reprenant des chansons qui défendirent nos couleurs à l’Eurovision : Mon amour pour toi de Fud Leclerc qui remporta la sixième place en 1960, Eurovision de Marc Moulin et Telex en 1980 et J’aime la vie de Sandra Kim qui décrocha la première place en 1986. Rien à voir avec le jazz penserez-vous ? Erreur ! Nos trois impénitents n’en démordent pas : donnez leur une chanson quelle qu’elle soit, même à trois accords, et ils en feront un standard du jazz (belge). Les arrangements sont aussi variés qu’impeccables. Prenez par exemple la chanson à boire du Grand Jojo qui est transformée en complainte malienne lancinante ou L'amour Ça fait chanter la vie de Jean Vallée (encore un autre succès de l’Eurovision) enrobé d’accords de bossa nova ou encore Marcinelle de Paul Louka revisité dans l’esprit de Thelonious Monk. Et puis, l’album contient aussi une vraie perle en forme d’hommage au premier guitariste et membre fondateur du trio : Pierre Van Dormael qui composa en 1978 ce Tout petit la planète pour l’inénarrable Plastic Bertrand. La musique, à peine reconnaissable, prend ici une intonation mystérieuse comme si le groupe s’interrogeait sur le destin de leur ancien compagnon décédé en 2008 d’un cancer. Pardonnez-leur cet humour potache qui colle à leur projet, ces trois là ont un cœur qui bat et le pouvoir secret de muter en or pur le plus commun des matériaux. [ Commander chez Igloo ]


Jazz Belge : autres suggestions (8)

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