Jazz & Fusion : Sélection 2020





Retrouvez sur cette page une sélection des grands compacts, nouveautés ou rééditions, qui font l'actualité. Dans l'abondance des productions actuelles à travers lesquelles il devient de plus en plus difficile de se faufiler, les disques présentés ici ne sont peut-être pas les meilleurs mais, pour des amateurs de jazz et de fusion, ils constituent assurément des compagnons parfaits du plaisir et peuvent illuminer un mois, une année, voire une vie entière.

A noter : les nouveautés en jazz belge font l'objet d'une page spéciale.


Yes LoveGilbert Isbin Trio : Yes Love (Tern Records), 2019

1. Yes Love (4:12) - 2. Gift To The Fall (3:32) - 3. Observation (3:38) - 4. A Fine Day (2:47) - 5. Blue In Green (4:43) - 6. Sky And Sand (3:55) - 7. Aquest Amor (4:54) - 8. Singsong (3:45) - 9. Wawacou (3:58) - 10. Troubled (4:08) - 11. Wellspring (3:22) - 12. Peace Piece (2:01)

Gilbert Isbin (luth); Xavier Rau (contrebasse); Peter Vangheluwe (percussions)


Gilbert Isbin a une discographie passionnante derrière lui. Plusieurs de ses albums qui s'inscrivent dans le jazz d'avant-garde ou la musique contemporaine avec utilisation de guitares préparées sont toutefois restés confidentiels mais le guitariste a su prouver de temps en temps qu'il savait aussi toucher les cœurs par une musique au lyrisme indéniable (on se souvient en particulier du splendide Water With A Smile sorti en 2004). Le voici aujourd'hui dans un contexte encore différent puisque qu'il a cette fois choisi de jouer sur un luth en trio avec un contrebassiste et un percussionniste.

Les neuf compositions qui sont de sa plume se situent au croisement de divers genres, jazz improvisé, musique classique et folklore, mais aussi d'influences. On entend notamment dans cette musique claire et fluide quelques réminiscences de Ralph Towner (la sonorité sèche du luth de Gilbert n'est pas si éloignée de celle d'une guitare acoustique à cordes de nylon) et, plus proche de nous, d'Alain Pierre qui joue parfois en solo dans un style similaire.

Poétique et méditative, la musique inspire et on sent bien que le luthiste a recherché l'alliance parfaite entre simplicité, beauté et spiritualité. Gift To The Fall, Sky And Sand et Wellspring sont des odes à la nature, des invitations à l'arpenter jusqu'à s'y perdre comme dans un rêve. La complicité entre les trois musiciens est quasi irréelle : Xavier Rau invente en permanence des contrepoints célestes sur sa contrebasse tandis que Peter Vangheluwe, ancien complice déjà présent sur Water With A Smile, accompagne la musique par des percussions attentives.

Le répertoire est complété par trois reprises. L'angulaire Wawacou qui figurait au menu d'un disque enregistré il y a bien longtemps par Gilbert Isbin en collaboration avec le contrebassiste Cameron Brown (Spring Cleaning, 1993), le mélodique et splendide Singsong extrait d'un disque ECM encore plus ancien de Jan Garbarek (Wayfarer, 1982) et la cerise sur le gâteau : une interprétation du célèbre Blue In Green de Bill Evans ici rendu dans une majestueuse lenteur qui rend hommage à son spleen original.

Tel un paysage verdoyant, cette musique a quelque chose d'apaisant. Elle vous fait pénétrer dans un univers onirique d'une beauté diaphane. Il serait vraiment temps que Gilbert Isbin sorte de son statut de secret bien gardé afin que sa musique aux multiples vertus puisse être appréciée par un public beaucoup plus large.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Yes Love sur Bandcamp ]
[ A écouter : Blue In Green ]


CursivIgor Gehenot : Cursiv (Igloo Records), 24 janvier 2020

1. The Faith - 2. Cursiv - 3. Little Boy - 4. Hopeful - 5. Fat Cat - 6. Julia - 7. Yaï - 8. I remember Clifford - 9. Julia (Alternative Live Take)

Igor Gehenot (piano); Alex Tassel (bugle); Viktor Nyberg (contrebasse); Jérôme Klein (drums); David El-Malek sax (1, 2, 4, 5 & 9)


Sous cette couverture sans titre se niche Cursiv, deuxième album en quartet du pianiste liégeois Igor Géhénot avec le trompettiste français Alex Tassel qui n'y intervient plus comme invité mais bien comme un membre à part entière. Cette fois, l'invité est un autre jazzman français : le saxophoniste David El-Malek, surtout connu pour ses projets avec le pianiste Baptiste Trotignon, qui joue ici sur quatre titres (cinq si l'on ajoute la prise alternative de Julia).

Outre le standard I Remember Clifford écrit par Benny Golson, le répertoire comprend sept nouvelles compositions dues pour cinq d'entre elles à la plume du pianiste et, pour les deux autres, à celle du bugliste. Les inspirations des deux hommes sont admirablement croisées : la musique suggère tout du long une unité de pensée qui, comme c'était déjà le cas sur le disque précédent, n'est pas étrangère à la cohérence et à la qualité de l'album. Le style général reste un jazz moderne tendance post-bop mais entre les différents morceaux existent de grandes variations d'ambiance. Ainsi, le splendide The Faith est-il un moment intime de réflexion où le bugle soyeux délivre des phrases poétiques au-dessus des accords délicats du piano. La mélodie belle, parfaitement lisible et guidée par un profond lyrisme rend ce morceau concis très attachant. D'un autre côté, Yaï, écrit par le bugliste, est un pur bop au groove prononcé sur lequel il est difficile de ne pas hocher la tête en rythme avec la pulsation. Et c'est d'ailleurs le moment de souligner l'excellente contribution d'une section rythmique particulièrement dynamique composée du contrebassiste Viktor Nyberg et du batteur Jérôme Klein.

Ainsi de pièces mélancoliques et tendres en morceaux plus enlevés et virevoltants, le disque reflète les différentes facettes de ses interprètes, ce qui permet incidemment de l'écouter d'une traite avec un immense plaisir. Quant à David El-Malek, on appréciera tout particulièrement son jeu sur le titre éponyme marqué par son très beau solo et ses interventions en contrepoint du bugle d'Alex Tassel.

Le précédent opus, leur avait déjà rapporté un Octave en 2018 et Cursiv, qui est pétri dans le même moule, pourrait fort bien lui succéder.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Cursiv (CD / Digital) [ Delta (CD / Digital) ]
[ A écouter : Cursiv ]


ElevenMike Stern - Jeff Lorber Fusion : Eleven (Concord Jazz), USA, 27 septembre 2019

1. Righteous (4:01) - 2. Nu Som (5:28) - 3. Jones Street (7:28) - 4. Motor City (4:04) - 4. Big Town (5:05) - 6. Slow Change (8:38) - 7. Tell Me (5:0127) - 8. Ha Ha Hotel (5:12) - 9. Rhumba Pagan (4:09) - 10. Runner (4:24). Enregistré les 20 et 21 mai 2019 au Blackbird Music Studio, Berlin

Mike Stern (guitare); Jeff Lorber (claviers); Jimmy Haslip (basse); Dave Weckl (drums); Vinnie Colaiuta (drums); Gary Novak (drums); Dave Mann (cuivres); Leni Stern (ngoni).


On peut dire que Mike Stern a un talent certain pour choisir ses complices. Après Yellowjackets, Jan Gunner, Eric Johnson, Dave Weckl et quelques autres, il s'allie aujourd’hui au claviériste Jeff Lorber, lui-même auteur de pas mal d'albums de jazz fusion mais à tendance plus douce (proche du smooth jazz). Avec Mike Stern qui est un musicien beaucoup plus mordant à bord, la musique est au croisement de deux approches différentes, ce qui a engendré un style intermédiaire à la fois accessible et sophistiqué avec, en plus, une pointe d'humour. D'ailleurs, le titre de l'album fait référence au film parodique Spinal Tap dans lequel le guitariste expliquait fièrement que son potentiomètre de volume avait onze degrés, soit un de plus que la normale, pour un extra de puissance en concert.

Le résultat est ainsi un jazz-rock esthétique et plein de groove, funky même comme sur Ha Ha Hotel qui évoque carrément les fabuleux Brecker Brothers. Mike Stern y délivre un solo de guitare pyrotechnique tandis que Jeff Lorber qui joue ici de l'orgue Hammmond conclut en réduisant le studio en cendres. Cette composition, qui était apparue pour la première fois sur l'album Is What It Is de Mike Stern en 1994, est ici revivifiée dans une version définitive.

Coproduit par le bassiste Jimmy Haslip (Yellowjackets) et bénéficiant, entre autres, de la présence remarquable des batteurs Dave Weckl et Vinnie Colaiuta, Eleven réunit le meilleur de deux mondes en offrent une fusion à la fois mélodique et incendiaire, de quoi plaire à tout le monde.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Eleven (CD / Digital) ]
[ A écouter : Ha Ha Hotel ]








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