Rock progressiste : les Nouveautés 2017 (Sélection)



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Mike Oldfield : Return To Ommadawn (Virgin EMI Records), UK, 20 janvier 2017
Return To Ommadawn

Mike Olfield (tous les instruments)

1. Return To Ommadawn, Part I (21:10) - 2. Return To Ommadawn, Part II (20:57)

Return To Ommadawn / CDConscient des avis partagés à propos de ses dernières productions pop-rock, Mike Oldfield a eu la sagesse de consulter ses fans sur les réseaux sociaux avant d'enregistrer son nouvel album. Leur réponse fut pour la majorité d'entre eux édifiante : un retour au style acoustique des trois premiers albums et à celui d'Ommadawn en particulier resté pour beaucoup un des chefs d'œuvre incontestés de la musique progressive. Aussi, quarante-deux années après l'original, ce vingt-sixième album en studio renoue-t-il avec le style folk, à la fois hypnotique et mystérieux, de son prédécesseur. En reprenant notamment à la fin de la partie II du nouvel enregistrement un court passage chanté par les enfants de Penrhos qui est issu du disque de 1975, le musicien fait évidemment référence à On Horseback, la chanson de clôture de Ommadawn, et établit ainsi un lien direct entre les deux productions. Par ailleurs, le Retour a été conçu à l'ancienne, soit en deux parties dont la longueur équivaut chacune à celle d'une face de trente-trois tours. Pendant près d'une année, Oldfield a enregistré seul dans son studio de Nassau (Bahamas), utilisant une multitude d'instruments modernes et anciens, superposant les différentes couches instrumentales avec une plus grande facilité technique qu'autrefois, et construisant telle une tapisserie une musique riche et complexe dont l'ADN est à 100% celui d'Oldfield.

Pourtant, si Return To Ommadawn est indéniablement une séquelle, ce n'est pas pour autant un clone et, à certains égards, ce retour dépasse même l'original dont il est une extension. Les mélodies sont irrésistibles, les arrangements aérés et cristallins, et l'enchaînement des sections d'une indescriptible fluidité avec, comme une cerise sur le gâteau, quelques riffs de guitare aussi succincts qu'inattendus qui vous invitent à revenir sur vos pas pour vérifier qu'on ne les a pas rêvés. Cette déambulation dans les Highlands est tout simplement magnifique : c'est une ode à la nature, à sa beauté, à la pureté de l'air et aux couleurs de la terre. C'est un hymne à la joie et à l'espoir et il est impossible, si l'on ressent une quelconque empathie pour les paysages bucoliques et la nostalgique qui les hante habituellement, de ne pas succomber à cette musique hors normes. Et pour ceux qui apprécient avant tout le guitariste, ils seront comblés : Oldfield utilisant ici, davantage que sur ses dernières créations, un panel impressionnant d'instruments parmi lesquels des guitares acoustiques aux cordes en acier ou en nylon, une Gibson SG, une Fender Telecaster, une Stratocaster, une Paul Reed Smith signature, des basses électriques et acoustiques, sans parler des mandolines, ukulélé, banjo et de l'indispensable harpe celtique. Certes, certaines progressions d'accords rappelleront quelques thèmes déjà entendus précédemment mais ils sont noyés dans un ensemble au charme immédiat, délivré avec passion, sans aucune prétention et dans un esprit de pure fantaisie musicale. Une fantaisie d'ailleurs fort bien mise en exergue par la pochette de Rupert Lloyd dans un style évoquant l'univers hivernal de Game Of Thrones (unique dans la discographie de Mike Oldfield) qui va comme un gant à cette longue errance méditative aux confins du réel. [5/5]

[ Return to Ommadawn (CD, LP & MP3) ]

Galahad : Quiet Storms (Oskar), UK, 15 mai 2017
Quiet Storms

Stuart Nicholson (vocals)
Roy Keyworth (guitare)
Dean Baker (claviers)
Tim Ashton (basse)
Spencer Luckman (drums)
+ Christina Booth (vocals)

1. Guardian Angel (3:54) - 2. Iceberg (4:10) - 3. Beyond The Barbed Wire (4:28) - 4. Mein Herz Brennt (5:03) - 5. Termination (5:17) - 6. This Life Could Be My Last (5:50) - 7. Pictures Of Bliss (2:11) - 8. Willow Way (4:13) - 9. Easier Said Than Done (4:18) - 10. Melt (4:28) - 11. Weightless (5:30) - 12. Shine (9:15) - 13. Don’t Lose Control (5:40) - 14. Marz (And Beyond) (6:14) - 15. Guardian Angel (Hybrid) (4:43)

Cinq années après le tandem éclatant Battle Scars / Beyond The Realms Of Euphoria, Galahad sort un nouveau disque quelque peu différent. En fait, il ne s'agit que d'une demi-nouveauté, l'album étant une compilation d'anciennes compositions réarrangées ou en version acoustique, de titres rares sortis sur des EP ou ajoutés en bonus sur les rééditions d'anciens albums, plus quelques nouveautés dont deux reprises. Il a toutefois l'avantage de présenter le groupe sous un jour nouveau, beaucoup plus calme et intimiste que sur les disques précédents. Magnifiquement interprétées par Stuart Nicholson que l'on redécouvre ici comme le grand chanteur qu'il est, certaines chansons, comme Guardian Angel ou Beyond The Barbed Wire sont dominées par un piano acoustique joué par le grand Dean Baker. Mais le reste est d'une aussi belle sobriété, que ce soit sur Iceberg avec ses guitares acoustiques, ses synthés et son orchestration brillante ou sur Mein Herz Brennt emprunté à Rammstein qui est chanté en allemand sur un simple accompagnement de piano et de violon. Willow Way a même un côté folk acoustique, voire pastoral, qui renvoie plus à Magna Carta qu'à Pendragon ou Marillion. Enfin, en plus de la collaboration occasionnelle de Sarah Bolter à la flûte et de Louise Curtis au violon qui complémentent joliment les sons du mellotron, on notera encore sur Termination un chouette duo vocal entre Nicholson et Christina Booth, la chanteuse de Magenta.

Le titre de l'album, Quiet Storms, ainsi que la superbe photo de Horton Tower dans la neige (une tour gothique en briques rouges plantée dans le Dorset où est basé le groupe), prise par le célèbre Roger Holman dans les années 60, sont certes indicatrices de l'ambiance générale de l'album mais rien ne pouvait laisser prévoir une telle rupture avec la musique néo-prog symphonique bien souvent impétueuse auquel la formation britannique nous avait habitué jusqu'ici. Quoiqu'il en soit, fort bien mixée par Karl Groom, cette collection de chansons exécutée avec brio, sans trop de fioritures ni solos, est plus qu'agréable et démontre, si c'était encore nécessaire après trente années d'existence et une dizaine d'albums réalisés en studio (dont Empires Never Last en 2006, l'un des grands classiques du prog), combien Nicholson et ses acolytes sont de superbes musiciens aux idées larges, capables du meilleur aussi bien dans leur niche néo habituelle qu'en dehors. [4/5]

[ Quiet Storms (MP3) ]
[ A écouter : Weightless - Willow Way ]

Magenta : We Are Legend (Tigermoth Records), UK, 26 avril 2017
We Are Legend

Christina Booth (vocals)
Rob Reed (claviers, guitares)
Cris Fry (guitares)
Dan Nelson (basse)
Jon "Jiffy" Griffiths (drums)

1. Trojan (26:04) - 2. Colours (10:47) - 3. Legend (11:39)

We Are LegendQuatre années après The Twenty Seven Club, Magenta est de retour et c'est une bonne nouvelle car la pérennité du groupe n'était pas garantie. Ces dernières années, le claviériste Rob Reed a en effet entrepris non sans succès une carrière en solo avec son projet Sanctuary inspiré par les Tubular Bells de Mike Oldfield tandis que la chanteuse Christina Booth fut diagnostiquée d'un cancer qui, heureusement, n'est plus aujourd'hui qu'un mauvais souvenir. En tout cas, en compagnie du guitariste Chris Fry et d'une nouvelle rythmique incluant Jon "Jiffy" Griffiths (drums) and Dan Nelson (basse), les deux leaders se sont retrouvés avec la détermination d'aller de l'avant et d'enregistrer un album quelque peu différent.

Trois titres seulement en composent le répertoire et ce sont de superbes morceaux à la fois riches, complexes et intenses. Trojan qui démarre le programme est la pièce maîtresse, celle qui dans les années 70 occuperait la première face entière d'un vinyle. Son thème qui relève de la science-fiction raconte l'invasion de la Terre par des robots sortis de l'océan et envoyés tel le cheval de Troie par une race humaine vivant sous la surface et désireuse de reconquérir la planète. Cette histoire digne d'une série Z japonaise est illustrée d'une manière cinématographique par une musique spectaculaire comportant d'innombrables changements de rythmes et d'atmosphères. Le son est moderne et incisif, Reed ayant cette fois complété son panel d'instruments analogiques par quelques synthés et effets électroniques qui donnent de nouvelles couleurs à la musique. Les passages les plus calmes sont également réussis, évoquant occasionnellement Camel notamment via des solos climatiques d'orgue et de de guitare. Apparemment dédié au peintre Van Gogh dont il décrit la folie créatrice, Colours est une autre belle réussite avec des passages instrumentaux superbes où orgue et guitare se complètent dans des envolées qui rappellent encore Camel ou Pink Floyd. Enfin, Legend retrouve la science-fiction avec une histoire post-apocalyptique inspirée par le film I Am Legend (avec Will Smith) et c'est encore l'occasion d'entendre une musique évocatrice, quoique plus angulaire, mettant bien en relief le chant de Christina Booth, principal acteur de cette pièce sombre et dramatique.

We Are Legend est un vrai disque de prog dans tous les sens du terme : thèmes originaux avec une part de SF, textes soignés, musique épique et constamment mouvante, nombreuses sections contrastant les unes avec les autres, explorations instrumentales sans oublier le nécessaire grain de folie … Ne reniant en rien la ligne directrice de ses premiers albums mais sans pour autant stagner, Magenta poursuit ainsi une carrière remarquable avec cette production en studio très réussie que l'on peut à ce stade considérer comme le point d'orgue de leur discographie. [4/5]

[ We Are Legend (CD/DVD) ]
[ A écouter : Trojan (extrait) ]

Big Big Train : Grimspound (English Electric Recordings), UK, 28 avril 2017
Grimspound

David Longdon (vocals, fl, gt, piano)
Dave Gregory (gt) ; Andy Poole (ac gt, claviers)
Rikard Sjoblom (gt)
Danny Manners (claviers, contrebasse)
Rachel Hall (violon, cordes)
Greg Spawton (b); Nick D'Virgilio (drs)

1. Brave Captain (12:37) - 2. On The Racing Line (5:12) - 3. Experimental Gentlemen (10:01) - 4. Meadowland (3:36) - 5. Grimspound (6:56) - 6. The Ivy Gate (7:27) - 7. A Mead Hall In Winter (15:20) - 8. As The Crow Flies (6:44)

GrimspoundCes dernières années, le groupe britannique Big Big Train a acquis une autre dimension, produisant des oeuvres riches et complexes d'une grande originalité à la fois par la musique et par les thèmes traités. English Electric (2012) et Folklore (2016) sont en effet des albums quasi parfaits alliant les subtilités du prog symphonique classique (celui du Genesis de Peter Gabriel en particulier) avec une approche plus moderne et développant des concepts aussi nostalgiques qu'intelligents liés à la riche histoire récente de l'Angleterre et à ses héros. Sans être un album conceptuel, ce dernier opus ne fait pas exception à cette règle : Brave Captain par exemple est consacré au pilote de chasse de la première guerre mondiale, Captain Albert Ball, mort à 20 ans après avoir abattu 44 avions ennemis tandis que Experimental Gentlemen évoque l'équipe de scientifiques embarqués sur l'Endeavour de James Cook lors de son premier voyage autour du monde. Si la musique est globalement plus aventureuse que sur leur album précédent, Folklore, la composante "folk" n'est pas non plus complètement oubliée. Ainsi, Meadowland, avec son violon et ses guitares acoustiques, installe une atmosphère bucolique tandis que la première partie de The Ivy Gate renvoie aux premiers disques de Fairport Convention et c'est d'ailleurs avec bonheur que l'on y retrouve Judy Dibble (qui chantait en 1968 sur le premier album éponyme de Fairport avant de laisser sa place à Sandy Denny) invitée pour un superbe duo avec David Langdon dont la voix, soit dit en passant, est de plus en plus belle à chaque nouvelle production.

Toutefois, ce qui fait de Big Big Train une formation vraiment spéciale sont les deux qualités suivantes. Son aspect mélodique d'abord : épiques, douces ou profondes, les mélodies séduisent dès la première écoute et sont parfaitement ajustées aux beaux textes de Greg Spawton et David Longdon. Ensuite, les arrangements : après tout, BBT étant un octet, la musique sans discipline aurait pu vite devenir confuse mais ce n'est pas le cas car si les textures sont denses, elles sont aussi lustrées et limpides, laissant entendre tous les instruments avec clarté grâce à un mixage et à une production tous deux impeccables. On s'en convaincra à l'écoute du seul instrumental de l'album, le jazzy On The Racing Line dont l'orchestration témoigne d'une écriture concertée et d'un jeu collectif de haute volée, chaque instrument acoustique ou électrique apportant sa contribution à la réussite de la composition.

L'album est parfaitement cohérent avec le passé du groupe, certains titres offrant même des liens avec des personnages déjà rencontrés auparavant comme le pilote automobile britannique John Cobb (On The Racing Line) ou Union Jack (Meadowlands). En dépit de ces retours dans sa propre histoire, Big Big Train continue d'évoluer. Pourtant conçu au départ à partir des chutes de Folklore, ce dixième album en studio nommé Grimspound (qui est le nom d'un site préhistorique du Devon probablement dérivé du dieu de la guerre Grim / Odin) est un véritable triomphe qui peut être retenu parmi les plus grands disques prog réalisés depuis le nouveau millénaire ou même, vu qu'on y découvre à chaque écoute de nouvelles raisons de l'apprécier, depuis les lointaines années 70. [5/5]

[ Grimspound (CD & MP3) ]
[ A écouter : Experimental Gentlemen (Part Two: Merchants of Light) - Brave Captain ]

Psychic Equalizer : The Lonely Traveller (Milvus), Espagne/Danemark, 2017
The Lonely Traveller

Hugo Selles (claviers, compositions)
Quico Duret (gt) ; Morten Skott (dr)
India Hooi (voix, hulusi)
Quatuor à cordes + Invités

1. Mezuz (6:18) - 2. An Ocean Of Changes (I-IV) (6:33) - 3. The Lonely Traveller (0:53) - 4. Lagrimas (3:37) - 5. Adrift (2:39) - 6. Pena Labra (2:35) - 7. Flying Over The Caucasus (3:34) - 8. Lovers Meet (6:44) - 9. A Collection Of Marbles (3:53) - 10. An Ocean Of Changes (V-VI) (2:20) - 11. A Visit To Adelaide (5:11) - 12. Norrebro (2:48) - 13. Never Lose Hope (Bonus Track) (1:28)

Psychic Equalizer est le projet du pianiste et compositeur Hugo Selles, d'origine espagnole mais actuellement basé au Danemark. Dans cet album, il a tenté de traduire en musique l'évolution que subit tout être humain qui passe de l'adolescence à l'âge adulte en prenant progressivement conscience du monde qui l'entoure. Il en est résulté une douzaine de pièces instrumentales (à l'exception de quelques vocalises sur Lagrimas et sur Norrebro) aux durées et aux ambiances variées même si la mélancolie est bien souvent présente. Le piano est l'instrument majeur sur beaucoup de titres : le leader en joue dans différents styles, passant d'un romantisme inspiré par le classique sur Mezuz à une approche plus progressive sur Adrift, avec parfois des accents jazzy sur Flying Over The Caucasus et même free sur la section IV de An Ocean Of Changes.

Ce disque n'est toutefois pas un récital de piano : les compositions sont dotées d'arrangements très élaborés et, pour les jouer, Hugo Selles a dû recruter d'autres musiciens dont les interventions au fil des plages contribuent largement à la réussite de l'œuvre. Le guitariste Quico Duret en particulier se fend de quelques belles envolées électriques sur Mezuz, sur Lagrimas et sur A Visit To Adelaide dans un style lyrique et aérien qui n'est pas sans rappeler le grand Andy Latimer (Camel). Sur Norrebro, qui est le nom d'un quartier multiculturel de Copenhague, des harmonies à trois voix ont été intégrées avec bonheur apportant un petit côté Pink Floyd à cette magnifique composition dédiée à l'amour et à la tolérance (un thème d'actualité auquel fait également référence la pochette). Il n'y a pas de bassiste sur cet album mais la batterie et les percussions ont été confiées à Morten Skott dont le jeu subtil est parfaitement approprié au contexte de cette musique très évocatrice. Et il faut aussi mentionner la présence d'un quatuor à cordes qui vient encore rehausser la qualité de quelques morceaux dont le magnifique Lovers Meet qui est une ode à la nature (la rencontre en question étant en réalité celle de deux rivières en Inde). Enfin, les textures ont été rehaussées par l'ajout d'instruments inusités dont les sonorités apportent ici et là des colorations moirées: vibraphone, celesta, balalaïka, hulusi, orgue Hammond, guitare acoustique et autres effets qui témoignent une fois encore combien cette oeuvre sophistiquée a été longuement murie.

En plus de véhiculer une réelle empathie pour l'humanité ainsi qu'une énergie positive, The Lonely Traveller séduit par ses belles mélodies, la fluidité de ses interprétations et la plénitude de ses sonorités sans oublier le soin apporté à la production et à la réalisation de l'album entier, y inclus le livret fourmillant d'informations qui l'accompagne. Mine de rien, la plateforme Bandcamp est devenu aujourd'hui un vivier international de nouveaux talents progressifs à tête chercheuse dont les créations sont parfois aussi, sinon plus emballantes que celles de bien des vedettes confirmées du genre. Recommandé ! [4/5]

[ The Lonely Traveller (CD & MP3) ] [ The Lonely Traveller sur Bandcamp ]
[ A écouter : Lagrimas - A Collection Of Marbles - Adrift ]

Richard Barbieri : Planets + Persona (Kscope), UK, 3 mars 2017
Planets + Persona

Richard Barbieri (claviers, synthés)
Lisen Rylander Love (voix, saxophone)
Luca Calabrese (tp)
Christian Saggese (gt ac)
Klas Assarsson (vibraphone)
Grice Peters (kora)
Axel Croné (b),Percy Jones (b)
Kjell Severinsson (dr)

1. Solar Sea (7:30) - 2. New Found Land (7:18) - 3. Night of the Hunter (10:45) - 4. Interstellar Medium (5:38) - 5. Unholy (8:58) - 6. Shafts of Light (6:38) - 7. Solar Storm (6:22)

Planets + Persona (CD)En dépit de sa collaboration à deux groupes phares (Japan dans les années 70 et 80 et ensuite Porcupine Tree pendant 17 années), Richard Barbieri reste un musicien peu connu. La raison en est que le claviériste ne s’est jamais vraiment mis en avant, délaissant les longs solos flamboyants au profit de nappes d’ambiance et de colorations subtiles mises au service des compositions qui, sans lui, n’auraient pas été ce qu’elles sont. De même, une fois décidé à produire ses propres albums, Barbieri a opté pour une musique d’atmosphère quasi minimaliste qui évoque aussi bien les enregistrements « ambient » de Brian Eno et de Cluster que l’œuvre impalpable du grand Jon Hassell. Mais si la musique de Barbieri est aussi prenante c’est parce qu’il a eu l’intelligence de mêler à ses sons électroniques des instruments acoustiques et des éléments humains qui viennent régulièrement tempérer la froideur des machines. La voix et le saxophone de Lisen Rylander Love respectivement sur Interstellar Medium et sur Solar Storm, la guitare acoustique de Christian Saggese sur Shafts Of Light, la kora de Grice Peters sur Unholy ou la trompette de Luca Calabrese sur New Found Land apportent non seulement des variations bienvenues mais elles réchauffent aussi une musique qui, comme les titres des morceaux l’indiquent, ne serait sinon qu’une autre illustration sonore, déjà mille fois entendue, de l’espace et de ses mystères profonds.

Barbieri est à l’eau et au moulin, passant du piano au Fender Rhodes, et des synthétiseurs vintage à la programmation de percussions électroniques, sculptant le matériau sonore en le rendant ici diffus et léger comme un amas gazeux et là, lancinant et rythmé, basse et batterie à l’appui, comme le rayonnement d’un lointain pulsar, le préparant à recevoir les contributions multiples des invités. En dépit de quelques dérives imprévisibles et avant-gardistes ou même improvisées comme dans le jazz, l’ensemble pourrait constituer une superbe bande originale pour un polar ou un film de science-fiction. Cette connexion cinématique est d’ailleurs bien réelle puisque le répertoire contient une longue suite déclinée en trois sections en hommage au célèbre film La Nuit Du Chasseur (The Night Of The Hunter) réalisé par Charles Laughton en 1955. L’album est emballé dans un superbe digipack qui reproduit de somptueuses photographies de paysages glacés dont les formes abstraites et colorées ont définitivement quelque chose qui les rattachent à ce qu’on entend sur ce disque. Avec Planets + Persona, Richard Barbieri s’est finalement trouvé un style qui lui convient, riche et original au-delà de quelques inévitables réminiscences, et qui définira sans doute le contour de ses futures productions... A moins que d’ici là, un producteur avisé ne le détourne de sa voie pour écrire la musique de l’une de ces innombrables séries à succès qui fleurissent actuellement sur toutes les chaînes de télévision. [3½/5]

[ Planets + Persona (CD & MP3) ]
[ A écouter : Solar Sea - New Found Land - Planets + Persona (album montage) ]

Steve Hackett : The Night Siren (InsideOut), 24 mars 2017
The Night Siren

Steve Hackett (gt, vocals)
Roger King (claviers)
Rob Townsend (sax, fl)
Amanda Lehmann (voc)
Christine Townsend (violon)
Dick Driver (b), Gary O’Toole (drs)
+ Invités

1. Behind The Smoke (6:59) – 2. Martian Sea (4:40) – 3. Fifty Miles From The North Pole (7:08) – 4. El Niño (3:52) – 5. Other Side Of The Wall (4:01) – 6. Anything But Love (5:56) – 7. Inca Terra (5:54) – 8. In Another Life (6:07) – 9. In The Skeleton Gallery (5:09) – 10. West To East (5:14) – 11. The Gift (2:45)

The Night Siren (CD)Behind The Smoke qui ouvre le répertoire est déjà un indicateur de ce qui va suivre. Ce morceau symphonique dont l’orchestration évoque le Kashmir de Led Zeppelin se distingue par quelques consonances orientales et un texte en prise avec l’actualité à propos des récentes migrations de population. Voilà une musique qui fera chaud au cœur à chaque fois qu’elle sera jouée sur scène dans l’Amérique de Donald Trump. Cette large ouverture d’esprit sous-tend l’album entier qui a été enregistré dans divers pays avec la contribution de musiciens et d’instruments locaux et qui célèbre à sa manière une diversité multiculturelle dont Hackett s’est toujours montré un fervent défenseur. Du coup, les ambiances et les styles varient énormément au fil des différentes compositions. Du sitar indien intelligemment utilisé sur le très enlevé Martian Sea aux fières cornemuses irlandaises d’In Another Life confiées au spécialiste Troy Donockley (qui joue avec Iona et Nightwish et qu’on peut entendre sur une kyrielle de disques prog) en passant par le charango et les rythmes andins d'Inca Terra, on voyage d’un continent à l’autre sans pour autant que la musique puisse être confondue d’une quelconque manière avec du folklore traditionnel. Car, en dépit des emprunts faits aux différentes cultures rencontrées, elle reste avant tout purement et simplement du Steve Hackett avec de multiples changements de tempo et des solos fluides de guitare qui, pour flamboyants qu’ils soient, tombent toujours là où il faut sans jamais mettre en péril la cohérence de la composition.

A l’instar de ses précédentes productions, le guitariste est particulièrement bien entouré avec au fil des plages des invités comme son frère John Hackett à la flûte, le chanteur Nad Sylvan, le saxophoniste Rob Townsend, le batteur Nick D’Virgilio époustouflant sur Martian Sea, ainsi que l’inamovible claviériste Roger King qui l’accompagne depuis les années 90 et collabore aussi aux compositions. Et puis, comme il l’a prouvé à de nombreuses reprises (rappelez-vous The Steppes sur Defector, Sierra Quemada sur Guitar Noir ou Loch Lomond sur Beyond The Shrouded Horizon), Steve Hackett est aussi un grand pourvoyeur d’évocations sonores majestueuses de paysages ou de phénomènes naturels comme ici, les terres arctiques de Fifty Miles From The North Pole ou les variations climatiques d’El Nino. L’un des grands moments de l’album reste toutefois West To East avec son arrangement orchestral grandiose, ses chœurs émouvants et son thème à propos des dommages de la guerre porté malgré tout par l’espoir d’un monde meilleur. C’est là le message d’un homme de cœur qui a beaucoup voyagé et a souhaité partager son empathie pour la paix et la tolérance à une époque sombre où tout le monde en a bien besoin. Décidément, Steve Hackett est non seulement excellent quand il revisite l’œuvre de son ancien groupe Genesis mais il l’est tout autant sur ses productions personnelles. [4/5]

[ The Night Siren (CD & MP3) ]
[ A écouter : Behind The Smoke - In The Skeleton Gallery - El Nino (Répétition live) ]

The Mute Gods : Tardigrades Will Inherit The World (InsideOut), UK, 24 Février 2017
Tardigrades Will Inherit The World

Nick Beggs (basse, gt, Chapman Stick, voc.)
Roger King (claviers, gt)
Marco Minnemann (drums)

1. Saltatio Mortis (1:56) - 2. Animal Army (4:59) - 3. We Can't Carry On (5:11) - 4. The Dumping Of The Stupid (7:08) - 5. Early Warning (3:56) - 6. Tardigrades Will Inherit The Earth (5:02) - 7. Window Onto The Sun (6:00) - 8. Lament (2:01) - 9. The Singing Fish Of Batticaloa (8:24) - 10. Hallelujah (5:50) - 11. The Andromeda Strain (2:56) - 12. Stranger Than Fiction (4:21)

Une année après Do Nothing Till You Hear From Me, Nick Beggs et ses Mute Gods proposent leur second album cette fois enregistré en trio pur sans invités. Le message par contre est toujours alarmiste et s'inscrit dans la continuité des textes du premier disque (dont l'aspect graphique avec le même homme-miroir à tête carrée est également repris) tandis que la musique se fait plus sombre en conformité avec des thèmes pessimistes traitant des médias (The Dumbing Of The Stupid, de la religion (Hallelujah), de la politique (We Can’t Carry On) et de la science (Window Onto The Sun). Ces derniers esquissent en effet les travers d'une humanité en mutation qui concourt inéluctablement à sa propre extinction avec pour fatale conclusion un monde habité uniquement par de minuscules créatures appelées tardigrades, les seules à pouvoir survivre dans un environnement hostile extrême (d'où le titre de l'album et du morceau éponyme). Cette prédiction sinistre de l'évolution qui résonne comme une alerte est introduite par une pièce orchestrale (Saltatio Mortis) en forme de danse funèbre, prélude dramatique et menaçant à ce qui va venir. A l'exception de Early Morning, plus pop et accessible, les morceaux qui suivent sont denses et sans compromission, un peu trop bruyants parfois pour être appréciés sur le seul plan musical, surtout si on les écoute d'une traite. Emportés par la volonté de défendre sans complaisance leur vision, les musiciens ont apparemment oublié que, sans aération ni ornementation, la musique peut aussi devenir étouffante et, paradoxalement, diminuer l'impact du message véhiculé.

Il faut attendre le superbe Window Onto the Sun, septième titre du répertoire, suivi par le court instrumental Lament, pour que l'atmosphère s'éclaircisse enfin laissant entendre des harmonies plus mélodieuses. Mais la vraie révélation de l'album est le morceau qui vient ensuite, The Singing Fish Of Batticaloa qui fait référence aux mystérieux poissons chantants d'un lac du Shri Lanka : la mélodie, l'arrangement superbe, et les claviers célestes de Roger King combinés à des effets sonores subtils dérivés de la bande son d'un documentaire de la BBC sur ces animaux mythiques, considérés ici comme de possibles messagers de la catastrophe, font de cette composition une vraie réussite. Après un Hallelujah de bonne facture avec son rythme saccadé et ses sonorités trafiquées, l'instrumental Andromeda Strain démontre que la force de The Mute Gods réside d'abord dans la virtuosité de ses trois musiciens dont la technique et l'expérience ne sont plus à souligner. Et c'est déjà la fin avec Stranger Than Fiction, une autre chanson plus légère, dédiée par Nick Beggs à son épouse, qui clôture le répertoire sur un rayon de soleil particulièrement apprécié.

En conclusion, parce qu'il privilégie le fond sur la forme, Tardigrades est un disque un peu bancal mais, sur la distance, il offre quand même suffisamment de nuances et d'idées pour que l'amateur de prog, et en particulier de disques conceptuels, lui prête une oreille attentive. [3½/5]

[ Tardigrades Will Inherit the Earth (CD & MP3) ]
[ A écouter : Tardigrades Will Inherit The Earth - The Singing Fish Of Batticaloa ]

This Winter Machine : The Man Who Never Was (Progressive Gears Records), UK, 16 janvier 2017
The Man Who Never Was

Gary Jevon (guitare)
Mark Numan (claviers)
Al Wynter (vocals)
Peter Priestley (basse)
Marcus Murray (drums)

1. The Man Who never Was (16:05) - 2. The Wheel (9:28) - 3. Lullaby (Interrupted) (4:53) - 4. After Tomorrow Comes (7:58) - 5. Fractured (10:26) - Durée Totale : 48'50"

J'appartiens à une génération qui pense encore que quand une pochette de disque est vraiment belle, la musique qui lui est liée ne saurait être tout-à-fait mauvaise. C'est bien sûr une idée illogique qui renvoie à la facétie métaphysique de Frank Zappa selon laquelle une œuvre musicale forme un tout décrivant des interrelations entre pochette, livret, paroles, partitions, vidéos et même concerts. Dans certains cas, ça marche et dans d'autres moins, surtout si le groupe n'a pas été impliqué dans toutes les étapes de sa création. Quoi qu'il en soit, même si l'on y retrouve quelques symboles déjà fort utilisés dans le monde du prog comme la cabine téléphonique rouge et un personnage en cape noire dans la neige, l'image conçue par l'illustrateur suisse Sador Kwiatkowski pour The Man Who Never Was interpelle et invite à en savoir plus. Et le fait est que la nostalgie diffuse de cette scène hivernale se retrouve dans les textes des chansons, que ce soit à travers les ruminations d'un personnage déphasé face à une ancienne photographie dans laquelle il ne reconnaît pas l'homme qu'il est (la longue suite en quatre parties de The Man Who Never Was) ou dans les regrets troubles émanant d'une relation rompue (After Tomorrow Comes), ou encore dans la résignation lasse qui permet de suivre le fil d'une vie en dépit des innombrables fractures qui l'ont brisé (Fractured).

Tout cela est fort bien mis en relief par des musiques symphoniques aux accents lyriques qui ne sont pas sans évoquer le style néo-progressif du Marillion de Steve Hogarth. Arrangés avec imagination, les sons et les textes sont en effet bien souvent en phase, se renforçant l'un l'autre pour amplifier le sentiment aigu d'une mélancolie imprécise qui baigne l'album entier. Les passages instrumentaux nichés au creux des longues compositions sont nombreux avec de chouettes échanges entre claviers et guitares qui s'embrasent à l'occasion dans des envolées gracieuses ou nerveuses mais toujours jouissives (sur The Wheel en particulier ainsi que sur l'excellent instrumental Lullaby) et marquées par d'autres influences comme IQ, voire Porcupine Tree. En plus, le chanteur Al Wynter est doté d'une belle voix et il fait preuve d'une grande justesse en planant avec finesse au-dessus des harmonies et en négociant avec aisance les changements de tonalité. Il faut dire que sans pouvoir se prévaloir d'un pédigrée quelconque, les membres de ce quintet originaire de Leeds dans le Yorkshire ne sont ni jeunes ni inexpérimentés, ce qui explique la surprenante maturité de ce premier essai très réussi. Sans être très original dans son esthétique globale, The Man Who Never Was se distingue cependant par ses réelles qualités ainsi que par la cohérence du projet qui séduit par toutes ses composantes. [4/5]

[ The Man Who Never Was (CD & MP3) ]
[ A écouter : The Man Who Never Was - After Tomorrow Comes ]

O.R.k. : Soul Of An Octopus (Rare Noise Records), UK / Italie / Australie, 24 février 2017
Soul Of An Octopus

Lorenzo Esposito Fornasari (vocals)
Carmelo Pipitone (guitare)
Colin Edwin (basse)
Pat Mastelotto (drums)

1. Too Numb (3:54) - 2. Collapsing Hopes (4:39) - 3. Searching for the Code (4:03) - 4. Dirty Rain (5:06) - 5. Scarlet Water (4:13) - 6. Heaven Proof House (4:26) - 7. Just Another Bad Day (4:11) - 8. Capture or Reveal (4:49) - 9. Till the Sunrise Comes (5:21) - Durée Totale : 40'36"

On pourrait être tenté à l'écoute du premier titre (Too Numb) de décrire la musique de O.R.k. comme un amalgame de celles de King Crimson et de Porcupine Tree, deux formations d'où émanent respectivement le batteur Pat Mastelotto et le bassiste Colin Edwin. Mais ce ne serait pas rendre justice à l'apport conséquent des deux autres membres du groupe: le guitariste Carmelo Pipitone très présent sur tous les titres et qui fait preuve d'une étonnante versatilité en alternant jeu en acoustique et envolées féroces en électrique avec l'aide occasionnelle d'effets électroniques (une pédale wah-wah entre autres sur Collapsing Hopes) et le chanteur extraordinaire Lorenzo Esposito Fornasari dont le registre vocal étendu lui permet de couvrir toutes sortes de styles, du métal (Dirty Rain) à l'opéra (Till The Sunrise Comes) en passant par la ballade. En réalité, Soul Of An Octopus est un creuset très original d'idées audacieuses, l'ensemble donnant l'impression d'une musique très écrite, aussi atypique que soignée, et qui tend en tout cas à s'éloigner des canons habituels du rock progressiste. La palme revient certainement aux arrangements ciselés à la perfection qui donnent l'impression d'un groupe terriblement soudé dont la production globale compte et vaut plus que la somme des parties composantes. C'est particulièrement apparent sur le magnifique Till The Sunrise Comes, véritable tour de force et point culminant et final du disque, qui parvient par son traitement sonore et son rythme hypnotique à imposer une ambiance sombre, décalée et envoûtante me ramenant, allez savoir pourquoi, au mystérieux album Seventeen Seconds de The Cure. Quelques chansons à la structure plus classique comme Searching For The Code, Scarlet Water ou Capture Or Reveal aèrent avec bonheur un répertoire autrement plus dense et hybride qui laisse une impression de complexité et nécessite plusieurs écoutes attentives pour en faire le tour. Le disque est emballé dans une superbe pochette psychédélique réalisée par l'artiste milanais Nanà Dalla Porta dont l'art dérangeant, absurde et peuplé d'octopodes a déjà orné d'autre albums remarqués comme ceux de Oh Lazarus et Berserk ainsi que Inflamed Rides, le premier opus de O.R.k. Emanation rigoureuse d'un vrai groupe, miraculeusement arrangé et mixé, à la fois complexe, épique et profondément original, Soul Of An Octopus est la preuve qu'après 50 années d'existence, le prog est encore capable de se réinventer. Recommandé. [4/5]

[ Soul Of An Octopus ] [ O.R.k. sur Rare Noise Records ]
[ A écouter : Too Numb ]

Knight Area : Heaven And Beyond (Butler Records), Pays-Bas, 10 février 2017
Heaven And Beyond

Gerben Klazinga (keyboards)
Mark Smit (vocals and keyboard)
Mark Bogert (guitars)
Peter Vink (bass)
Pieter van Hoorn (drums)

1. Unbroken (7:06) - 2. Dreamworld (5:14) - 3. The Reaper (7:11) - 4. Box of Toys (3:47) - 5. Starlight (4:06) - 6. Heaven And Beyond (7:43) - 7. Savior Of Sinners (4:08) - 8. Eternal Light (3:26) - 9. Twins Of Sins (7:17) - 10. Tree Of Life (6:25) - 11. Memories (5:48) - Durée Totale : 62'04"

Au départ un groupe typique dans la ligne la plus mélodique du courant néo-prog, Knight Area a progressivement évolué depuis Nine Paths en 2011 vers une musique plus musclée, tendant même sur leur avant-dernier opus, Hyperdrive, vers un prog métal fier et flamboyant bien qu'accessible. Bâti sur cette reconversion, Heaven And Beyond offre une nouvelle brassée de compositions pleines de panache évoquant parfois, notamment par le son des synthés, le hard-rock clinquant des années 80 incarné par Europe et Def Leppard. Deux références qui exciteront sûrement l'imagination surtout si l'on ajoute qu'il faut les combiner à d'autres plus progressistes comme Enchant, Ayreon ou même Asia.

Des titres comme Dreamworld et Starlight convaincront les plus réticents que Knight Area est devenu sur ses vieux jours une sacrée bête digne d'être exposée au plus grand nombre dans les arènes modernes. La rythmique est solide, les riffs de six-cordes mordants et le chant de Mark Smit conduit avec assurance une charge de brigade légère qui ne tombe jamais dans les pièges parodiques d'un prog-métal roublard et trop sophistiqué. Bien sûr, quand on prend le hard-rock comme modèle, il vaut mieux savoir aussi écrire des ballades dignes de ce nom. Et ma foi, le titre éponyme fait largement l'affaire : c'est du pur A.O.R. avec un piano mélancolique, un refrain mémorisable, des solos de guitare surgissant comme des jaillissements magmatiques et des chœurs ciselés dans l'airain sans oublié une production en crescendo hyper-léchée dominée par la cadence d'une caisse claire imperturbable. Ça n'a l'air de rien mais il n'est pas aussi évident de retrouver cette ancienne formule magique qui a produit jadis tant de tubes. Et même quand la musique est purement instrumentale comme sur Eternal Light, elle est encore pourvoyeuse d'émotions tant elle est désormais fluide et maîtrisée. En dépit du fait qu'il soit devenu accessoire, le côté prog n'est pas pour autant totalement absent du répertoire mais Knight Area, à l'instar d'Asia, en fait un usage modéré quand cela sert son discours comme sur Saviour Of Sinners ou Twins Of Sins. La musique prend alors une dimension épique avec une sonorité profonde et spectaculaire bien mise en relief par le mixage méticuleux de Joost van den Broek (Epica, Star One) qui rend pleinement justice à la vision musicale du groupe. Et sur ce dernier titre, on ne manquera pas de lever un sourcil en écoutant la basse grondante de Peter Vink, autrefois membre du légendaire Finch. Si vous êtes venus pour trouver un substitut à des formations néo comme IQ, Jadis ou Marillion, mieux vaut être prévenu qu'après sept albums, les musiciens ont bifurqué et trouvé leur voie ailleurs dans un style entre Hard Rock et A.O.R. agrémenté d'un zeste de prog symphonique. Un mélange qui leur va bien car, avec Heaven And Beyond, les Hollandais ont tout simplement délivré l'album le plus personnel et le plus brillant de leur carrière. Viva Knight Area ! [3½/5]

[ Heaven And Beyond (CD & MP3) ]
[ A écouter : Memories ]

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