Jazz Belge : Archives 4


Jazzisfaction : Open Questions Jazzisfaction : Open Questions
[WERF 053], 2005


D’origine allemande, le trompettiste Peer Baierlein a étudié avec Bert Joris et lui a emprunté un son velouté à la Tom Harrell. Membre éphémère du Maria Schneider Workshop Orchestra lors de sa tournée au jazz de Middelheim de 2001, il a aussi joué avec le Brussels Jazz Orchestra. Son instrument a un son voilé et ses solos parcimonieux sont d’une fluidité apaisante. Le reste du quartet colle à cette musique émouvante. La rythmique composée du contrebassiste David Petrocca et du batteur Yves Peeters accompagne avec un art consommé de la nuance tandis que le pianiste Ewout Pierreux distille ses notes avec aisance dans un registre à mi-chemin entre un jazz Bop issu des années 60 et une esthétique nordique à la Bobo Stenson. Le répertoire, composé de onze titres originaux, fluctue aussi entre ces deux pôles avec des thèmes calmes d’une grande sensibilité (Simple Truth, Abschied, Hope, Open Questions) et d’autres plus enlevés (Nasheet Never Waits, Godzilla In Love et surtout Angst pourvu d’un groove jubilatoire). Certes, le quartet ne cherche pas à innover mais son Jazz qui recèle un indéniable pouvoir de séduction ne verse jamais non plus dans la nostalgie. Au contraire, sa fraîcheur n’est jamais prise en défaut et sa sincériré lui procure une identité propre. Si vous aimez le Bop naturellement swinguant d’un Kenny Dorham autant que le lyrisme mélancolique d’un Chet Baker, ces plages, qui composent un ensemble d’une grande cohérence, vous feront passer un merveilleux moment. D’autant plus que la balance entre les instruments est remarquable et que l’enregistrement a la qualité sonore qu'il faut pour apprécier une musique aussi délicate. Open Questions, deuxième album de Jazzisfaction après Issues (2002), est une belle réussite de plus dans le catalogue déjà bien fourni du label brugeois De Werf.

[Jazzisfaction]


Mandy Gaines : Live at the Music Village Mandy Gaines : Live at the Music Village
[Alone Blue Records], 2005


Ca va bientôt faire vingt années que la chanteuse américaine Mandy Gaines, native de Cincinnati, parcourt le monde, se produisant et enregistrant localement avec des groupes autochtones des disques dont elle ne donne même pas la liste sur son propre site. Parce que le truc de Mandy, c’est la scène. De Bangkok à Taipei en passant par Singapour, Munich, Helsinki ou Paris, elle a squatté les bars et restaurants des plus grands hôtels et recueilli un partout des louanges pour ses performances chaleureuses. Elle est enregistrée ici au Music Village de Bruxelles en compagnie du New Look Trio composé de Roger Vanhaverbeke à la contrebasse, Luc Vandenbosch à la batterie et Johan Clement au piano. L’atmosphère est celle d’un vrai club de jazz : le son est chaud, l’ambiance intime et la scène toute proche de l’audience experte qui applaudit quand il faut après les interventions des solistes. Avec la voix des grandes divas du jazz de jadis, Mandy chante un répertoire qu’elle connaît par cœur : des standards de Gershwin (They Can’t Take That Away) ou de Duke Ellington (In A Sentimental Mood) bien sûr à côté d’autres classiques, pour la plupart des ballades, comme Lover Man (en duo avec le pianiste) ou It Had To Be You. Il n’empêche que l’un des meilleurs titres du disque est cette interprétation énergique du fameux Route 66 propulsé par un trio qui fait tourner la machine à plein régime. Un trio qui s’approprie d’ailleurs la scène au milieu du concert avec une très longue version non chantée de Sweet Georgie Fame de Blossom Dearie. Cet album restitue avec fidélité une des innombrables prestations de Mandy Gaines et, si vous n’avez jamais eu la chance de la rencontrer auparavant, voici une bonne occasion de transformer pour un soir votre salon en petit club de jazz.


Kris Defoort : Conversations/Conservations Kris Defoort : Conversations/Conservations
[WERF 047], 2005


Etrange disque en vérité que cette œuvre ambitieuse de Kris Defoort enregistrée live le 15 novembre 2003 au Kaaitheater à Bruxelles. Les deux premiers titres, Dancing In Our Head et Restless, interprétés par un quartet à cordes, sont des pièces entièrement composées qui déroutent par leurs rythmes complexes, leurs violons tendus, leurs mélodies insaisissables et leurs pizzicatos obsédants. March 20 Lullaby, troisième composition interprétée par le même Quatuor Danel, se réfère à la deuxième Guerre du Golfe et est dédié aux enfants d’Irak. L’atmosphère, lourde, tragique et poignante, jette une chape de plomb sur le paysage musical avant qu’un violoncelle lugubre ne déroule sa longue plainte nostalgique. C’est la fin du prélude qui marque l’entrée en scène des dix jazzmen de Dreamtime aux côtés du quatuor. Purple Red et surtout Velvet, fondé sur le Lamento Della Ninfa de Monteverdi, sont conçus comme des morceaux hybrides basés sur les règles de la musique classique mais dans lesquelles s’insinuent des instruments et des improvisations appartenant au jazz. Plus qu’un collage, les compositions sont ici de véritables symbioses, polyphonies dynamiques recréées à partir d’œuvres baroques revisitées par un esprit contemporain, fier de son patrimoine artistique mais qui a eu la curiosité de s’ouvrir à d’autres cultures. Même si la voix soprano de Claron McFadden combinée aux râles des trombones de Geoffroy de Masure et de Michel Massot ont leur part d’anachronisme, le courant passe plutôt facilement. Deep Blue, fondé sur les Goe Crystall Teares du luthiste John Dowland (XVIe siècle), commence par un très beau chant nostalgique de Claron McFadden et se poursuit par une brillante improvisation de Laurent Blondiau à la trompette bouchée. Quant à Our Little Life, inspiré par La Tempête de William Shakespeare, il s’agit d’une re-création surprenante à la frange de la musique contemporaine. Ajoutez à ça quelques improvisations déliées qui viennent s’intercaler entre les pièces maîtresses et vous obtenez un morphing improbable mais réussi entre passé et présent, entre écriture et improvisation, entre rigueur et liberté. Ces Conversations / Conservations constituent assurément une œuvre de référence pour ceux qui ne sont pas effrayés de tout remettre en jeu, à commencer par leurs étiquettes musicales.

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Renaud Patigny & His Blue Devils : Still Boogyin' Renaud Patigny & His Blue Devils : Still Boogyin'
[ALONE BLUE Records], 2006


A 47 ans, le pianiste Renaud Patigny a derrière lui un nombre incalculable de concerts au cours desquels il a su rendre les gens heureux par des prestations pleines de bonne humeur. Spécialiste du Boogie-Woogie et du Jazz à l’ancienne, il sait captiver le public par des retranscriptions fidèles de chefs d’œuvre repiqués sur des 78 tours ou par ses propres compositions originales écrites dans le même esprit traditionnel. Fabuleux technicien, il faut le voir et l’entendre sur scène interpréter des Boogies empruntés à Meade Lux Lewis, Albert Ammons, Pete Johnson ou Jimmy Yancey pour comprendre la somme de travail et d’énergie que cette musique demande. Accompagné par les Blue Devils augmentés parfois de la chanteuse Christine Jones en invitée, Patigny interprète ici 15 nouvelles compositions et une reprise de Market Place autrefois enregistré par la Diva du Blues Etta James. Comme on peut s’y attendre, le répertoire est un florilège de thèmes qui prennent tous leur source aux origines de la musique noire américaine. Entre les Boogie-Woogie (Boogie Soldier, Chicken Strut, Trottant à Chicago, Walkin’ In Brussels, On My Way To L.A.), les walkin’ bass ou autres Barrelhouse (Barrelhousin’ Once More) et les Blues (Blues For Claude, At Club Joe’s), on ne s’éloigne jamais beaucoup du cahier des charges, Patigny et ses hommes délivrant comme à l’accoutumée, avec humour et une impressionnante science du genre, une série de petites perles définies par lui-même avec simplicité comme « tendres, parfois amusantes, mais jamais tristes ». On épinglera aussi le burlesque Danke Schön Amadeus en forme d’hommage déjanté à Mozart (!) et au Chef d’orchestre Stanislas Lefort alias l’inénarrable Louis de Funès dans la Grande Vadrouille (Merci messieurs, c'était très bien, c'était très bien !) et l’excellent Benin City Queen’s Eyes sur une rythmique évoquant une Afrique factice imaginée par un orchestre du Cotton Club. Inutile de tergiverser : Still Boogyin’ a tout ce qu’il faut pour vous mettre des fourmis dans les jambes.


Frederik Leroux Quartet : Angular Frederik Leroux Quartet : Angular
[Frantic Loop Records FLR 001], 2005 [édition 2006]


Né à Gent en 1980, le jeune guitariste Frederik Leroux a perfectionné son art avec Peter Hertmans et Fabien Degryse au Conservatoire Royal de Bruxelles (1998) avant d’émigrer aux USA pour étudier avec Ben Monder et Paul Bollenback à la New School University in New York (2003-2004). Avec son quartet formé en mai 2004, il enregistre ce premier album autoproduit en novembre 2005 et c’est l’occasion pour ceux qui ne l’ont jamais vu en concert d’apprécier un style de guitare fort original. Son phrasé souple et délié et la maîtrise d’un son distinct qui va de la ligne claire à des tonalités saturées sont au service de compositions modernes souvent méditatives et à l’environnement en perpétuel changement. Ecoutez Corny par exemple : ça commence comme une ballade tout en douceur avant d’évoluer lentement en un crescendo poignant : le solo délié et aérien est progressivement inséminé d’effets pour se résoudre dans une bouillie sonore libératrice. Dans un autre registre, Urban Jungle comprend des passages free inattendus après un thème qui s’annonçait plutôt classique. En fait, les compositions sont assez difficiles à appréhender de prime abord mais après plusieurs écoutes, elles révèlent une vision certes alambiquée mais très personnelle de la musique. Difficile de citer des influences : Peter Hertmans parfois dans les passages les plus classiques mais ces paysages sonores sont aussi hantés par les ombres furtives de Bill Frisell (pour l’exploitation étendue des timbres) ou même de Derek Bailey (pour l’approche arythmique et atonale), des guitaristes connus et respectés pour leurs esprits indépendants et leurs concepts très particuliers de l’improvisation. Les autres membres du quartet, Peter Ewald (saxophone ténor et clarinette), Robert Landfermann (basse) et Jonas Burgwinkel (drums), tous de la même génération que le leader, ont parfaitement compris l’essence de sa musique. Un titre comme Light Scattering By Small Particules, un saisissant voyage dans un monde kaléidoscopique, met en évidence cette interaction magique entre des musiciens imaginatifs dont la douceur n’exclut pas une grande expressivité. Frederik Leroux est un musicien et un compositeur à suivre et on ne peut que l’encourager à approfondir sa vision singulière au sein de ce quartet qui lui va comme un gant.


Tomassenko : La Danse des Komnous Tomassenko : La Danse des Komnous
[Tomassenko Production TO603], 2006


Tomassenko est un collectif dont la musique se situe aux confins de plusieurs genres : le Jazz inscrit dans les grooves lancinants, les musiques ethniques par l’usage de sons exotiques africains, tibétains ou en provenance de coins du monde non identifiés, la chanson française (quand il ne s’agit pas d’une langue inventée ou de simples onomatopées) et une musique ambient où l’électronique n’a absolument pas sa place. Le tout compose un répertoire métissé extrêmement original, forcément déconcertant mais par certains côtés envoûtant. Le tuba de Michel Massot associé au trombone de Geoffroy De Masure donne parfois à cette musique étrange de faux airs de petite fanfare paresseuse. Les titres, dont la plupart tournent autour des 2 ou 3 minutes, constituent autant d’esquisses sonores inachevées comme les fragments d’un puzzle très coloré dont on n’aurait aucune idée de l’image complète. Les plages les plus longues comme Nodidem Diamala ou N’ameno qui prennent le temps d’occuper l’espace sont les plus réussies et finissent même par captiver malgré leur absence totale de direction. Il faut écouter La Danse des Komnous comme on regarde les flammes éphémères d’un grand feu de bois, se laisser envahir par la chaleur des formes évanescentes et profiter du moment qui passe. A réserver aux amateurs de sons aléatoires, aux poètes impénitents et à ceux qui chérissent le charme indéfinissable d’une promenade sans but plutôt que les voyages organisés. Un mot encore pour célébrer la fantastique illustration de Rita Van Bilsen ornant une superbe pochette fleurie qui va comme un gant à cette bande-son pour film d’animation imaginaire.


Mâäk's Spirit : 5 Mâäk's Spirit : 5
[WERF 059], 2006


Un disque de Maak’s Spirit est toujours une inconnue en ce sens qu’il est bien difficile d’imaginer ce que l’on va entendre. L’avant-dernier, sorti en 2004 et intitulé Al Majmaa, cherchait avec succès de nouvelles couleurs en s’associant aux rythmes Gnaoua du Maroc. L’idée pour ce cinquième album, enregistré à l’hiver 2006 dans un petit studio de Lokeren, était de travailler une série de compositions écrites par le guitariste Jean-Yves Evrard. Dieu seul sait ce qu’il est advenu mais le résultat explosif ne correspond probablement en rien au projet prévu : si compositions il y a eu au départ, il n’en reste pas grand-chose. Le sextet s’est en effet fixé sur une esthétique purement avant-gardiste consistant en un brûlot d’improvisations sans concession incluant quelques bruitages curieux. Mais en insistant trop sur l’aspect brut de la matière sonore, Blondiau et ses comparses ne facilitent guère l’accès à leur vision. Sophie Kokaj et Samantha 7 sont crédités pour leurs voix : en fait elles se contentent de déclamer des textes qu’elles ont écrits (ou plutôt improvisés) à propos de pas grand chose : dans la joyeuse cité de (?)ville, il m’a acheté quatre journaux illustrés, une boîte de bonbons, deux coca colas, une trousse de manucure... Seul le titre Trois mules bleues obéit à une certaine structure sans toutefois revendiquer une once de mélodie. Sept titres sont répertoriés sur la pochette alors que le disque paraît en contenir deux supplémentaires respectivement de 4 et 10 minutes : fausse alerte, ils n’offrent que du silence et des bruits de voix à peine audibles. On admettra bien volontiers que ces musiciens aient été poussés par des envies libertaires et une saine fureur de jouer mais ce numéro 5 reste quand même un opus fort tourmenté que j’abandonne sans trop de regret aux amateurs de bizarreries.

[Maak's Spirit] [ Maak's Spirit sur Amazon ]


Zoshia : Moon Talk Zoshia : Moon Talk
[Alone Blue Records], 2006


Sophie Tassignon a une voix singulière à la fois claire et grave mais sa façon de chanter est encore plus étrange comme si elle maîtrisait ses émotions pour mieux se concentrer sur le formalisme de son art. Du coup, son chant dérange et obsède mais il fascine aussi. Les compositions originales, dont elle écrit la musique et parfois les textes (en alternance avec son père), sont tortueuses et n’hésitent pas à mélanger les rythmes et les genres. C’est toutefois sur les musiques lentes (superbe For a World Of Love And Care) qu’elle est la plus convaincante : sa voix se fait apaisante et papillonne dans l’air en d’infinies broderies (on appelle ça du scat). On se rend compte alors que même quand elle s'exprime en russe (Anna avec des paroles de Anna Akhmatova), on peut tomber sous le charme énigmatique de ces litanies blafardes quitte à dériver dans un courant glacé comme un vent d’hiver quand les mots planent longuement sur une note unique au-dessus des accords. L’écrin sur lequel elle pose son chant est concocté par un trio efficace composé de Christian Claessens au piano dans un style fluide et retenu, de Nico Manssens à la batterie et de Steven Van Loy qui joue de la basse électrique, ce qui renforce le ton particulier de la musique et l’éloigne un peu plus des trios de jazz classique avec chanteuse. Autoproduit, Moon Talk a un son correct mais il aurait grandement bénéficié de l'apport avisé d’un producteur professionnel et on imagine sans peine ce que Manfred Eicher (ECM) aurait pu tirer d’une pareille substance. Ce premier album affirme quand même suffisamment d’exigence et d’originalité pour qu’on se laisse entraîner dans son monde à part.

[ Sophie Tassignon & Zoshia ]


Cezariusz Gadzina : Saxafabra Cezariusz Gadzina : Saxafabra
[WERF 061], 2007


Cezariusz Gadzina est un saxophoniste d’origine polonaise mais installé depuis quelque temps en Belgique. Son projet intitulé Saxafabra est particulier en ce qu’il associe quatre saxophonistes, un tubiste et quatre percussionnistes, chacun jouant en outre de divers instruments dans le registre qui lui appartient. Forcément, avec un tel équipage, la musique prend des couleurs inhabituelles. Dotée d’un groove lancinant qui louche parfois sur les musiques nord-africaines et sahéliennes (bendir, djembé, tbal, krakeb et autres percussions du terroir côtoient les éléments d’une batterie plus classique), elle pourrait se définir comme un subtil métissage entre une fanfare européenne et des rythmes ancestraux, évoquant parfois les climats nostalgiques dégagés par l’orchestre de Dollar Brand sur African Marketplace. Merveilleusement mise en place, la musique évite la fatigue que l’on aurait pu craindre de la part d’une telle association : les textures sont aérées, fluides et, plutôt que de se chevaucher, les sons des cuivres se complètent dans une perspective minimale. Bien que toutes les compositions soient écrites par Cezarius Gadzina, le groupe bénéficie beaucoup de l’expérience du saxophoniste Luc Mishalle qui a souvent joué dans des fanfares de jazz, des groupes de musique contemporaine (Ictus) ou dans des projets multiculturels intégrant de la musique rurale berbère marocaine. Saxafabra est non seulement un ensemble créatif et original mais plus important est que sa musique résonne à travers le temps et l’espace et a le pouvoir de faire renaître des émotions primitives enfouies au plus profond de l’inconscient.

[ Commander chez De Werf ]


Phil Abraham & Jazz Me Do : Jazz Me Do 2 Phil Abraham & Jazz Me Do : Jazz Me Do 2
[Alone Blue Records], 2007


Phil Abraham est un musicien né avec le jazz dans la peau : son évolution stylistique ayant suivi celle du jazz, on a aujourd’hui l’impression qu’il peut tout jouer et, aussi bien sur des standards comme Exactly Like You que sur des pièces modernes et complexes comme Giant Steps, son trombone swingue toujours avec autant d’aisance. Alors quand, pour la seconde fois, il consacre tout un album (enregistré cette fois en studio) à des compositions de Lennon – McCartney, on sait déjà, bien avant d’écouter le disque, qu’on va prendre du plaisir. De With A Little Help From My Friends à Yesterday, pas de surprise : les thèmes populaires inscrits dans la mémoire sont immédiatement reconnaissables et la musique reste très accessible même pour ceux qui n’écoutent du jazz qu’occasionnellement. Ceci n’empêche pas que les arrangements, concoctés pour la plupart par Abraham lui-même, sont orfévrés avec amour. Evidemment, ce n’est pas la première fois qu’on interprète les Beatles en Jazz (l’excellent Blue Note Plays The Beatles par exemple compilait des interprétations de Cassandra Wilson, Lee Morgan, Tony Williams et autres artistes de l’écurie Blue Note), mais il se dégage de ce projet Jazz Me Do un engouement qui séduit tandis que les solistes exceptionnels rassemblés pour l’occasion sont totalement impliqués : Charles Loos au piano, Richard Rousselet à la trompette, Jacques Pirotton à la guitare et Fabrice Alleman au saxophone se sont mis au diapason du leader et leurs interventions sont fraîches, gaies et chaleureuses à la fois. Que ce soit sur le funky Ticket To Ride, le pensif Fool On The Hill, l’entraînant From Me To You ou le tendre Here There And Everywhere enluminé par les vocalises de la chanteuse sud-africaine Chantal Willie, on ne résiste pas à « la vie » de cette musique qui n’a rien de réchauffé. Comme on pouvait s’y attendre, Abraham recourt une fois encore au scat sur Lady Madonna qui en devient irrésistible d’autant plus que les solos de soprano et de guitare électrique sont eux aussi lumineux. Bref, si vous aimez la bonne musique en général et le Smooth Jazz en particulier, ce crossover réussi entre Pop et Jazz classique va vous emballer.

[ Phil Abraham Website ] [ Phil Abraham sur Amazon ]


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