Jazz Belge : Archives 2


Anne Wolf Trio : Amazone Anne Wolf Trio : Amazone
(IGLOO IGL 159), 2001


Ce premier compact de la pianiste Anne Wolf reflète son attirance pour les parfums latins. En compagnie du bassiste Cédric Waterschoot et de Chris Joris aux percussions, elle présente dix titres dont cinq compositions personnelles, une de Kenny Baron, une d'Egberto Gismonti et, comme il se doit, une de Charles Loos : Sencilla qui figurait aussi sur le compact récent du duo Loos - Weber Iago. A force de le réentendre, il faut convenir que ce titre, interprété ici avec une grande souplesse, est décidément pourvu d'un swing naturel et d'un charme poétique. La chanteuse brésilienne Marcia Maria vocalise sur quatre plages en s'intégrant avec beaucoup de retenue dans le projet du trio. Un projet qui, au-delà des traces latines, laisse percer l'inclination de la pianiste pour l'improvisation et sa connaissance de la musique classique. Offrant par ailleurs aussi de très belles ballades (Débauche de Majeurs et A Four Letter Word), ce compact plus éclectique qu'il ne paraît à la première écoute offre décidément bien plus que ses promesses. On peut en finale se poser des questions sur le choix de la guitare basse au lieu d'une contrebasse qui aurait sans doute enrichi l'espace sonore si bien maîtrisé par le trio. Mais c'est une affaire de goût toute personnelle qui ne saurait vous retenir d'écouter ce disque aux multiples attraits.


Christoph Erbstösser Trio Christoph Erbstösser Trio : Vive les Etrangers
[TRA 004], 1999


Né à Cologne en 1965, le pianiste Christoph Erbstösser est un lauréat du Conservatoire d'Hilversum à Amsterdam. Après avoir poursuivi ses études à New York et joué sur des scènes internationales, il s'est installé à Anvers en 1995. Avec Jos Machtel à la contrebasse, rencontré au sein du Brussels Jazz Orchestra, et l'anversois Dré Pallemaerts à la batterie qu'il connaît depuis 14 ans, il a fondé ce trio que l'on peut entendre sur ce premier disque. A côté de quelques reprises comme le Bye Ya de Thelonious Monk ou un superbe You and the Night and the Music qui s'étire sur près de 10 minutes, Erbstösser nous offre six de ses propres compositions : une musique globalement posée et réfléchie où chaque note compte. Toujours mélodique, parfois nonchalante comme sur Kate's Song, elle s'appuie aussi à l'occasion sur des rythmes tranquilles pouvant évoquer, comme il le revendique lui-même, une couleur ouest-africaine (Vive les Etrangers). Toujours est-il que ce compact s'écoute d'un seul tenant, comme une suite de contes enchanteurs. Comme une invitation à une promenade dans l'ombre moirée d'une forêt magique. Détente et apaisement garantis.


Maxime Blésin 5tet : Bowling Ball Maxime Blésin 5tet : Bowling Ball
[IGLOO IGL 161], 2002


Avec son Quintet composé de musiciens français (Eric Prost au ténor, Manu Duprey au piano, et Mourad Benhammou à la batterie) et belge (Salvatore La Rocca, basse), le guitariste Maxime Blésin compose et interprète un Hard Bop efficace qui rappelle la période Blue Note des années 50 à et 60. Même la photo de pochette est typée avec le leader en situation dans un bowling comme aurait pu l'être Barney Kessell, Grant Green ou Kenny Burrell quarante années auparavant. La musique est alerte, vigoureuse et la rythmique propulse avec ardeur des solistes qui possèdent l'art du swing et du groove. Quant à Blésin lui-même, il tient avec une (trop) grande sobriété un discours mélodique constitué de séduisantes lignes nettes et précises qui évoquent celles des grands guitaristes liés à l'esthétique bop et disciples de Charlie Christian. Sa sonorité, fluide et pure, fait aussi merveille sur des morceaux plus lyriques comme Gançao et le trop court Lili qui clôture en beauté cette plaisante galette recommandée à tout ceux qui aiment les bonnes ambiances de jazz avec leurs parts de swing et d'émotion.


Paduart Trio + Margitza Ivan Paduart 3 + Rick Margitza : Still
[A Records / Challenge], 2002


Rick Margitza est assurément l'un des grands ténors actuels. Doté d'un son chaud et pur d'une puissance peu commune, il démontre ici, sur un titre comme Not For Sale par exemple, combien son jeu peut être dur tout en restant subtil et décontracté. Ailleurs, son discours laisse apparaître des sentiments divers comme la mélancolie, la joie ou la passion. Et partout s'étend le swing intense de cet immense saxophoniste qui a su imposer un style propre que l'on pourrait décrire comme une sorte de moderne compromis entre Charles Lloyd, Stan Getz et Wayne Shorter avec un zeste de Coltrane. Extrêmement mélodique, le jeu de Margitza s'unit de façon heureuse avec celui du pianiste Ivan Paduart connu pour ses ballades romantiques et ses mélodies finement ciselées. La superbe composition du leader intitulée First Rays en est une évidente démonstration. Mais le pianiste belge rappelle aussi qu'à l'occasion, il peut swinguer avec ardeur et l'entendre converser avec le saxophone de son invité sur des titres comme Hope ou Disconnected s'avère un véritable régal. Ce qui est bien avec Paduart, c'est que ses disques se suivent et ne se ressemblent pas : il a le chic pour s'entourer d'artistes d'horizons divers (Richard Galliano, Tom Harrell, Bob Malach et Charlie Mariano pour n'en citer que quelques-uns) avec lesquels il enregistre des oeuvres, qui tout en portant sa griffe, n'en restent pas moins spécifiques. Ne passez pas à côté de ce compact très réussi : c'est une porte ouverte sur un jazz chaud et relaxant qui vous aidera à passer l'hiver !


Michel Bisceglia Michel Bisceglia : The Night And The Music
[Culture Records CULT 10132], 2002


Avec son premier disque en leader, About Stories (BMG), le pianiste belge d'origine italienne Michel Bisceglia avait agréablement surpris en interprétant une dizaine de thèmes atmosphériques fort originaux. L'oeuvre avait aussi attiré l'attention des amateurs par les deux vedettes américaines conviées par le compositeur à improviser sur sa musique : Randy Brecker (tp) et Bob Mintzer (ts, bass clarinet). Quatre années plus tard, Bisceglia présente son nouvel opus enregistré en trio avec le même bassiste, Werner Lauscher, et le batteur Lieven Venken. Pas de composition originale cette fois, mais un répertoire de standards composés par George Gershwin et Cole Porter. Le pianiste y interprète des classiques comme I Love You, Easy to Love, Night and Day, Nice Work if you Can Get it ou encore Summertime sur lequel s'ajoute au trio la guitare acoustique d'Angelo Bisceglia. Le pianiste distille ces mélodies intemporelles avec beaucoup de grâce et de naturel. L'ambiance est cool, sympa et, avec un peu d'imagination, on entendrait presque les bruits feutrés des verres qui s'entrechoquent. On se laisse aller en rêvant au fil des ballades et on termine le cédé accroché à un croissant de lune.


Ancesthree Ancesthree
[Contour 001], 2002


Ce trio capté live à Ghent se compose du saxophoniste Ben Sluijs, du bassiste attitré de son quartet Piet Verbist et du guitariste Hendrik Braeckman. Le répertoire choisi comprend des standards comme Alone Together composé en 1932 par le Newyorkais Arthur Schwartz, Witchcraft de Sy Coleman, Portrait in Black and White d'Antonio Carlos Jobim, un titre du pianiste Phil Markowitz et une composition originale de chacun des membres du groupe. Au sein de cette formation intimiste, le saxophoniste, connu pour son lyrisme et son art de la ballade, est particulièrement bien mis en valeur. Le guitariste, qui joue sur un instrument fabriqué par le luthier belge Jacky Walraet (également partenaire de Peter Hertmans), a un son légèrement métallique, chaud et très mainstream, qui évoque à l'occasion celui de Philip Catherine. Si dans les solos, les notes se détachent claires et distinctes, son jeu en demi-teintes est également remarquable par les savants enchaînement d'accords qui enveloppent à merveille le son feutré de l'alto. A la longue, les trios sans batteur ont parfois tendance à se révéler banals mais ce n'est pas le cas ici : l'interaction entre les trois musiciens est constante et crée un environnement vivace et swinguant où chaque musicien est constamment poussé et mis en valeur par les deux autres. Piet Verbist en particulier, dont la contrebasse est bien mixée, fait preuve comme toujours d'un jeu rythmique sans faille et se réserve quelques superbes solos. Sa composition Rushd ed-Dunya a un parfum subtil d'Orient et balance comme une caravane de sel dans un désert sans fin. Cette musique pleine de ferveur et de lyrisme a le don d'étaler le temps. Elle ravira les amateurs de jazz et, par sa totale accessibilité, tous ceux qui souhaiteraient s'initier à une musique improvisée douce et imaginative, classique et moderne à la fois.


Zimmerli / Octurn : The Book of Hours Patrick Zimmerli and Octurn : The Book of Hours
[Songlines SGL 1541-2], 2002


L'Américain Patrick Zimmerli est un compositeur, orchestrateur et saxophoniste alto aux intérêts musicaux variés allant du concerto au jazz pour grand orchestre en passant par la musique de film (il est crédité sur le soundtrack de Bleu Profond / The Deep End). Sa rencontre avec l'ensemble belge Octurn n'est pas surprenante vu leur intérêt commun pour les rythmiques, les harmonies et les mélodies de la musique contemporaine interprétées dans un contexte jazz. Ce disque, enregistré en décembre 2000 à l'occasion d'une tournée commune en Belgique, est une oeuvre complexe inspirée par la succession des moments du jour, de l'aube au crépuscule. Cette suite d'une heure interprétée avec beaucoup de rigueur s'écoute comme un tourbillon d'influences et de styles différents parmi lesquels l'auditeur a parfois difficile à s'y retrouver tant les idées fusent dans tous les sens. Dawn, après une introduction évoquant le groupe de rock Chicago, offre quelques arrangements de haut vol où brillent le piano de Fabian Fiorini et la guitare de Ben Monder. Quant à Morning, très aéré, il est superbe avec ses solos successifs de trompette et de baryton. Le reste demande à être apprivoisé avant d'en donner une quelconque appréciation. The Book of Hours est un disque exigeant réservé aux mélomanes doués d'une capacité à l'éveil et d'une réceptivité suffisante.


Three To Get Ready Arnould Massart - Philippe Aerts - Philippe Mobers : Three To Get Ready
[Igloo IGL 166], 1985 (réédition 2002)


De temps en temps, le label Igloo réédite en compact quelques anciens 33 tours de son catalogue devenus aujourd'hui introuvables. Ainsi en est-il de ce Three to Get Ready du trio d'Arnould Massart avec Philippe Aerts à la basse et Philippe Mobers à la batterie. Enregistré en juin 1985, le répertoire initial de sept titres, dont six sont composés par le pianiste, éclate par sa fraîcheur et sa luminosité. La musique qui a l'élégance de la jeunesse hésite entre un bop enjoué et plaisant et quelque chose de plus sautillant où l'on ne peut s'empêcher de mettre en exergue le dynamisme et la vélocité du leader, la virtuosité du contrebassiste et la cohésion du trio. Sur Samba de uma nota so, une composition d'Antonio Carlos Jobim, la musique prend quelques couleurs latines discrètes mais bien intégrées au style de l'ensemble. Le programme original est complété par trois extraits inédits d'une cassette démo enregistrée par le trio sept mois auparavant. On y épinglera une autre composition de Jobim, So danço samba, interprétée avec beaucoup de conviction et de sensualité. Une excellente initiative qui ravira non seulement les collectionneurs mais aussi les amateurs d'un jazz de qualité qui prendront beaucoup de plaisir à découvrir cette musique intemporelle.


Charles Loos Trio : French Graces Charles Loos Trio : French Graces
[Lyrae Records LY0206-C / MPM Triomus], 2003


A l'instar de l'Âme des Poètes, Charles Loos consacre son dernier disque à une interprétation en trio d'un répertoire de chansons tirées de la variété française. Certaines sont déjà bien calibrées pour une relecture en jazz comme La Javanaise de Gainsbourg, l'incontournable Les Copains d'Abord de Brassens ou la fameuse Chanson des Jumelles de Michel Legrand. D'autres le sont moins comme les inattendus Chez Laurette de Michel Delpech, L'Aigle Noir de Barbara ou Ma Préférence de Julien Clerc. Dans tous les cas, les thèmes se reconnaissent immédiatement, exposés qu'ils sont dans un classicisme sans âge qui fait fi de toute mode et de toute tendance. Loos, qui est un amoureux des thèmes chantants, improvise dans un style alerte qui par sa verve et sa gaieté procure le même plaisir immédiat qu'on ressent à chaque écoute de ce bon vieux standard de Tea For Two interprété par un Fats Waller ou un Oscar Peterson. Efficacement soutenu par Bas Cooijmans à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie, le pianiste n'hésite jamais sur la marche à suivre pour ses improvisations : respect, sentimentalité, poésie, simplicité et bonne humeur sont au rendez-vous. Tout ça compose un disque que tous les salons de thé devraient passer en boucle. Mais on peut aussi l'écouter chez soi tant cette musique fraîche et mélodieuse s'infiltre avec bonheur dans les ambiances familiales sans susciter ni émoi ni lassitude.


Peter Hertmans Trio : The Other Side Peter Hertmans Trio : The Other Side
[Quetzal Records QZ 110], 2003


Comme pour le trio de piano, le trio de guitare/basse/drums est un art difficile qui requiert certaines exigences pour se hisser hors normes et retenir l'attention de l'auditeur sur la durée. Mais la diversité est au rendez-vous sur ce cédé de Peter Hertmans qui joue avec l'amplification de sa guitare comme un trompettiste utilise les sourdines pour créer des ambiances particulières. Passant d'une sonorité rugueuse rappelant John Scofield ou Frank Gambale à un style aéré et plus intimiste où l'on retrouvera l'influence de guitaristes majeurs comme John Abercrombie ou Ralph Towner ou encore évoquant sur What Is un Al Di Meola qui aurait apprivoisé ses tendances hispanisantes au profit d'un discours moins démonstratif, Hertmans a élargi sa palette à toute une gamme d'influences dont les références ne sont citées ici que pour donner une idée des styles abordés. Car jamais le guitariste ne tombe dans le piège du plagiat ni même de l'emprunt : ses compositions originales sont bien conçues autour de thèmes attachants prolongés par des progressions improvisées qui se densifient au fil des chorus en créant un univers personnel et autonome. Dans des pièces plus introspectives, où les notes se font aigres-douces comme sur Cry No More, il se révèle aussi un formidable orfèvre de l'espace, capable de mettre en mouvement sa musique sans esbroufe ni gratuité. A la frange de tout classicisme et perpétuellement en chasse de nouvelles couleurs, le leader reste toutefois facilement identifiable grâce à son traitement des textures sonores et à un toucher somptueux d'une impressionnante précision. Evidemment, le succès d'une entreprise comme celle-ci dépend beaucoup de la rythmique. Mais avec Sal La Rocca qui sait faire chanter sa basse et le grand Bruno Castellucci aux cymbales scintillantes, le leader a su s'entourer d'une section de choc capable de soutenir, de propulser et de mettre en lumière la moindre de ses circonvolutions. Après René Thomas et Philip Catherine, Peter Hertmans s'impose comme le chef de file de la nouvelle génération des guitaristes de jazz en Belgique en réalisant une oeuvre transversale, généreuse, convaincante et résolument proche du concept de modernité.


Gilbert Isbin Group : Water With A Smile Gilbert Isbin Group : Water With A Smile
[Jazz'halo TS023], 2004


Le guitariste Gilbert Isbin a déjà derrière lui une discographie passionnante. Que ce soit en solo ou en compagnie de jazzmen réputés comme Cameron Brown et Joe Fonda, il a enregistré une douzaine d'oeuvres très personnelles mais qui ne sont pas toujours accessibles à tout un chacun : du jazz d'avant-garde à la musique contemporaine en passant par l'utilisation de guitares préparées, sa musique abstraite déroute et nécessite un effort personnel de l'auditeur avant de pouvoir être appréciée à sa juste valeur. C'est pourquoi l'écoute de ce nouveau projet intitulé Water With A Smile est définitivement une surprise pour ne pas dire un choc. On se demande parfois si des musiciens cantonnés à la frange des musiques expérimentales seraient capables de composer et de jouer des chansons qui ne seraient pas destinées qu'aux fans d'Anthony Braxton sans renier pour autant leur personnalité. La réponse est dans ce disque. Les douze titres qu'il a composés et qu'il interprète ici en compagnie de la chanteuse Lea Van Loo, du percussionniste Peter Vangheluwe et du bassiste Vincent De Laat parlent au coeur avant de combler les esprits, mais sans tomber pour autant dans un ersatz de variété jazzy. Affichant une belle diversité de styles, la musique se joue sur des tempos variés en se nourrissant de différents folklores. De la bossa (Picking A Flower) à d'autres rythmes latins (That Voice Of Mine) en passant par l'Inde (Water With A Smile), l'Orient (Stories), le funk (Simple Pleasure) ou les ballades aux accents folk et country (Snake Talk, Walking On Stones), une des grandes qualités de cette musique est qu'elle fait voyager. Gisbin qui n'a pas abandonné sa guitare aux cordes nylon, impose les rythmes, s'octroyant quelques courts solos mélodiques et colorant le chant par des accords à la sécheresse toute acoustique tandis que la basse électrique et les percussions diverses (tablas, djembe ...) font ondoyer la musique et lui procurent un timbre plus chaleureux. Quant à la chanteuse, elle a une voix qui swingue naturellement avec des inflexions latines capables de tromper n'importe qui sur ses origines. Venant de la part d'un artiste que l'on pensait condamné à une conception abstraite de la musique, Water With A Smile risque d'en surprendre plus d'un !

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