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Shelly Manne & His Men Volume 1 : The West Coast Sound (Contemporary / OJCCD), 1953 & 1955. Cet album est une profession de foi pour les hommes de la Côte Ouest : élever le compositeur - arrangeur au même statut que celui de l'improvisateur et incorporer aux rythmes et aux timbres du jazz traditionnel la richesse harmonique de la musique classique moderne. Shelly Manne, qui considérait la batterie comme un instrument de musique à part entière et peut aujourd'hui être classé raisonnablement parmi les tout grands batteurs de jazz, fait ici une démonstration éclatante de ses conceptions. En plus, ce disque est une sorte d'anthologie réunissant quelques uns des meilleurs instrumentistes et arrangeurs du West Coast Sound : Art Pepper (as), Bud Shank (as), Jimmy Giuffre (bs), Russ Freeman et Marty Paich (p), Ralph Pena (b), Bill Russo et Shorty Rogers .... Le compact idéal pour commencer. |
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Lennie Tristano (Atlantic), 1955. Ce pianiste aveugle de naissance fut à l'origine d'une excroissance du jazz à l'extrême limite de sa branche nommée Cool. Ce disque incontournable offre deux facettes de sa personnalité. Ses qualités pianistiques sont mises en relief dans une série de cinq standards enregistrés live en compagnie de son élève Lee Konitz au restaurant Confucius, un des rares endroits avec le Half Note où le piano lui convenait assez pour qu'il accepte de s'y produire. Par contre, sur les quatre premières plages en studio, Tristano, en solo ou avec l'aide d'une rythmique préenregistrée et dont le rôle est ici réduit à celui de métronome, y met en application, à l'aide de procédés technologiques, ses idées singulières en matière de recherche musicale : la quête d'une dynamique et d'un timbre désincarné en accord avec une esthétique d'où l'on a voulu gommer toute émotion superflue. Du jazz refroidi dans l'azote liquide. Surprenant ! |
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Tony Fruscella (Atlantic), 1955. Ce trompettiste orphelin qui a vécu sans téléphone ni domicile fixe est resté l'auteur énigmatique d'un seul disque magnifique. Proche d'un Chet Baker par sa sensibilité et son immédiate séduction, Fruscella plaira aux romantiques et aux amateurs du third stream, cette école qui tenta d'unir le jazz à la tradition classique européenne (le titre His Master's Voice s'inscrit parfaitement dans ce genre musical popularisé par le Modern Jazz Quartet). Mais même quand il joue le blues ou des morceaux plus rythmés, la mélancolie, due à un discours flottant et à un recours privilégié au registre grave et médium de l'instrument, émane toujours de cette musique indéfinissable vers laquelle inclineront naturellement tous ceux qui aiment leur jazz teinté des couleurs de l'aube. |
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Stan Getz : Best Of The West Coast Sessions (Verve), 1955 - 1957. Verve a édité récemment un luxueux digipack de 3 compacts reprenant, avec des prises alternatives, les sessions West Coast de Stan Getz parues à l'origine sur les LP West Coast Jazz, Stan Getz And The Cool Sound et The Steamer. Cette compilation en est la quintessence avec les meilleurs titres (tous des master takes) sélectionnés par le pianiste Lou Levy lui-même. Aidé par des pointures du genre comme Conte Candoli à la trompette, Lou Levy (p), Leroy Vinegar (b) ou Shelly Manne, le leader impérial s'impose au saxophone ténor comme l'essence du West Coast Sound. Selon Lou Levy, une oreille de musicien pourrait repérer quelques petites erreurs sur les titres enregistrés à Hollywood, dues au fait que le groupe n'avait pas beaucoup répété avant d'entrer en studio. Tout ne serait donc pas parfait sur ce disque ? Rassurez-vous : si la perfection n'est pas atteinte, on n'en est vraiment pas très loin. |
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Gerry Mulligan Quartet : At Storyville (Pacific Jazz), 1956. L'un des combos parmi les plus célèbres du jazz fut le Mulligan - Baker Quartet. Le saxophoniste-baryton y supprima le piano, dont le rôle d'accompagnement fut confié à la basse, pour que l'on entende mieux ses riffs contrapuntiques ou ses contre-mélodies derrière les improvisations du trompettiste. Quand Baker, devenu célèbre, pris son envol en solo, Mulligan le remplaça par le trombone à piston de Bob Brookmeyer. Et c'est le même jazz de chambre frais, mélodique, admirablement mis en place, et qui restera comme une expérience unique et surprenante dans l'histoire de la musique américaine. |
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Shorty Rogers, Bud Shank & Lightouse All Stars : America The Beautiful (Candid), 1991. Shorty Rogers n'a jamais été un grand soliste mais question arrangement, il ne craint personne. Et puis, il y a Conte Secondo Candoli à la trompette et surtout Bud Shank et Bill Perkins aux saxophones. Depuis 1951, année au cours de laquelle le légendaire orchestre s'installa à demeure au Lighthouse Café en face des flots bleus du Pacifique, rien n'a vraiment changé. C'est toujours le même plaisir de jouer les orchestrations savantes du maître, toujours la même joie de vivre californienne, encore et toujours ce style swinguant et (faussement) décontracté qui, qu'on le veuille ou non, est bien caractéristique de l'époque et de l'endroit. Ces types en veste blanche posant sur des chaises de jardin sur fond de ciel bleu californien sont vraiment impayables : on a l'impression que le temps n'a aucune prise sur eux. Alors ce disque enregistré en 1991 ou celui du Big Shorty Rogers Express des années 50, c'est finalement la même histoire. |
