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| Blackfield (Snapper Music), UK / ISRAEL 2004 Blackfield est le produit de la rencontre de deux hommes : Steven Wilson, leader de Porcupine Tree (PT) et producteur d’une série de disques parmi les plus attachants du Rock actuel et Aviv Geffen, auteur-compositeur-interprète israélien dont la renommée est due autant à son talent artistique qu’à d’autres faits liés à sa personne. Neveu de Moshé Dayan et ami d'Arik Einstein, symbole de changement pour une jeunesse déboussolée, provocateur arborant maquillage et habits à la David Bowie et rebelle s’attaquant dans ses textes aux plus vénérables institutions israéliennes, Geffen accéda soudain à un statut mythique lorsqu’un soir de novembre 1995, Yitzhak Rabin, qui venait de lui donner l’accolade, fut assassiné à quelques pas au cours d’un meeting pour la paix. Pourtant, pas de politique ni de polémique, ni même de message caché dans cet album sombre. Les textes des chansons courtes écrites par Geffen et Wilson ensemble, ou par l’un des deux (Scars et Cloudy Now sont deux anciennes compositions de Geffen traduites en anglais par Wilson), ne parlent que d’absence, de douleur, de solitude, d’abandon et sont nourris d’un spleen obscur peuplé de chimères évoquant le poème de Baudelaire : « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ». La musique mélancolique, souvent hypnotique, n’est pas pour autant chagrine et évoque deux autres disques intimistes aux mélodies simples et hantées : Damnation de Opeth (produit par Steve Wilson) et surtout Lightbulb Sun (2000) de Porcupine Tree dont cet opus paraît être une séquelle beaucoup plus logique que le dernier Deadwing (impression encore renforcée par la contribution de Chris Maitland, batteur de PT jusqu'au printemps 2002). Guitares acoustiques, piano, quartet à cordes, synthés, plus quelques solos concis de guitare électrique, la musique, qui se complaît dans les tempos lents ou moyens, est bizarrement psychédélique mais sans se référer pour autant aux 70’s : il s’agit plutôt ici d’un néo-psychédélisme au romantisme noir en phase avec les perspectives de l’époque et qui sait à l’occasion se parer d’un modernisme sonore discret mais efficace (drum'n'bass, séquence orientale, voix off ou trafiquées ...). Enregistré entre 2001 et 2003, à Colchester (Angleterre) ou à Tel Aviv, Blackfield est un projet homogène, même si son accouchement fut difficile et si l’influence de Steven Wilson domine un peu trop les ambiances et les arrangements musicaux. D'ailleurs, outre le fait que Blackfield semble être le nom d’un endroit où Wilson aurait vécu, la pochette et le livret avec leurs images vieillies et pleines de rayures renvoient aussi à l’univers étrange de Porcupine Tree : on les doit au photographe danois Lasse Hoile, collaborateur attitré du groupe et déjà auteur des superbes pochettes de In Absentia et Deadwing (un peu dans le style de l’illustre Dave McKean). Les thèmes du projet pictural pourraient être la mort, l’oubli et l’ivresse (à cause des flacons évoquant la fée verte, l'absinthe chère à Baudelaire et à Verlaine), mais qu’on se rassure, il s’agit ici d’une invitation à s’enivrer de poésie et de musique pour oublier le fardeau d’un ciel de plomb et la blessure invisible qu’on a dans le corps : The hole in me, that no one sees, the hole too deep, inside of me... [ Blackfield Website ] [ Ecouter ce CD / Commander |
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| Iona : Open Sky (Alliance Music), UK 2000 Iona est une île au large de la côte Ouest de l’Ecosse battue par les vents et les embruns. C’est là que des voyageurs venus d’Irlande fondèrent un monastère au VIème siècle qui fut un point de départ à l’expansion du christianisme dans le Nord de l’Angleterre. Open Sky se réfère à ce bout du monde et à son histoire, évoquant le flux de l’océan sur le rivage, le ciel plombé du Nord, le mysticisme qui est resté accroché à cette terre chargée d’histoire. Les titres des plages parlent d’eux-mêmes : Open Sky, Light Reflected, Songs of Ascent, Wave After Wave … Transcendés par la voix claire et pure de Joanne Hogg, les mots se juxtaposent avec élégance en créant des images poétiques, suggestives et mélancoliques. Et quant Hogg ne chante pas, la cornemuse irlandaise (les fameux uilleann ou union pipes) prend le relais avec un son beaucoup plus doux que les warpipes et qui, par ses multiples possibilités de modulation, s’avère proche de la voix humaine. La musique a ainsi ses racines dans cette forme d’expression traditionnelle qu’on appelle folklore celtique : les amateurs y retrouveront les mélodies éthérées et magiques propres à Clannad, Capercaillie, Enya ou Phil Coulter. Mais pas seulement, car Iona se veut aussi un groupe de Rock Progressif et sa musique est greffée d’éléments novateurs qui la distinguent des artistes précités. Si la cornemuse irlandaise et les flûtes de Troy Donockley sont très présentes et font la gloire de quelque titres comme le superbe instrumental Woven Cord qui réussit à capturer l’essence mystérieuse des hymnes celtiques, la guitare électrique de Dave Bainbridge imprime un son moderne avec des solos remarquables tant ils s’inscrivent à merveille dans la tonalité de l’ensemble. Quant à Frank Van Essen, sa batterie très proactive (à la manière de Phil Collins au temps de Wind and Wuthering) entraîne la musique vers un univers qui s’apparente davantage au Rock qu’au Folk. Au fil des plages apparaissent d’autres instruments joués par les membres du quintet : harpe celtique, violons, mandoline, synthés, harmonium et même un bouzouki (importé des Balkans mais adopté dans la musique irlandaise depuis quelques décennies), qui enrichissent la palette sonore et les arrangements d’un folklore qui, par tradition, est davantage porté sur l’unisson que sur les harmonies. Enfin, les compositions, qui s’étendent parfois au-delà des neuf minutes, prennent le temps d’installer des climats en se moquant des contraintes commerciales et il y a même un titre épique de 23’ fragmenté en trois sections dont les variations et les signatures rythmiques raviront tous les fans de Progressif. En fait, le disque est un savant assemblage de passages plus enlevés hérités de la musique à danser et d’autres qui s’adressent avant tout à l’esprit et au cœur. L’album se clôture par une magnifique ballade éthérée (Friendship's Door) dont les dernières mesures sont des lambeaux des autres chansons, comme si elles étaient soudain ramenées par les vents du large. C’est le moment de déplier les quatre volets de la pochette panoramique et de contempler le rivage solennel d’Iona, inchangé depuis une éternité : la spiritualité lumineuse de cette ode à la gloire de la nature est décidément inscrite dans le moindre détail de ce projet exemplaire. [ Iona Website ] [ Ecouter ce CD / Commander |
| Eloy : Ocean (EMI), ALLEMAGNE 1977 - réédition CD remastérisée (EMI), 2004 | |
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Formé à Hanovre (Allemagne) en 1969, Eloy est resté un groupe peu connu hors de ses terres. Dans sa discographie riche de plus de 15 albums, Ocean, leur sixième opus paru en 1977, est souvent cité comme l’une de ses productions majeures. Ce concept album traite de la nature violente de l’homme et, par extension, de la menace nucléaire abordée de manière allégorique à travers les mythes grecs de Poséidon et de la destruction d’Atlantis (évoquée par le philosophe Platon). Pour enrober ce message cadrant bien avec les préoccupations d’une époque encore dominée par la guerre froide, Eloy a composé une oeuvre dont les références se situent à mi-chemin entre les atmosphères planantes d’un Pink Floyd, période Meddle, et la musique électronique et spatiale d’un Tangerine Dream ou d'un Vangelis au temps de Spiral ou d’Albedo 0.39. Abusant des synthés ARP au milieu d’un arsenal d’autres claviers utilisés plus parcimonieusement (orgue Hammond, mini moog et mellotron), Detlev Schmidtchen impose une tonalité qui varie peu au fil des quatre sections composant cette fresque de 44 minutes. Le guitariste Frank Bonneman s’insère de façon discrète dans les nappes de synthés et ajoute quelques effets et solos de guitare occasionnels qui épaississent l’ambiance tandis que la rythmique avec sa batterie proactive et ses lignes de basse sinueuses est probablement celle qui convient le mieux au genre. En fait, malgré une absence manifeste d’idées originales, tout ça pulse plutôt bien et l’écoute du disque, surtout dans ses passages instrumentaux, s’avère même fort agréable. Dommage que le guitariste chante ses textes en anglais avec un accent allemand prononcé sans parler de sa voix qui n’a rien d’exceptionnelle. Il faut en plus avaler des bruitages et des passages récités barbants qui confèrent à cet opus une prétention hors de propos (Atlantis' Agony). Le résultat laisse donc une impression mitigée même s’il est probable qu’Ocean puisse encore ravir les amateurs d’un Rock planant archaïque et conventionnel tel qu’on le concevait il y a 30 ans. L’illustration exceptionnelle de la pochette est réalisée par Wojtek Siudmak, un peintre polonais établi en France devenu l’un des grands représentants de l’hyperréalisme fantastique. Visionnaire extraordinaire, créateur d’univers surréalistes rempli d’ombres et de lumières, il a notamment conçu d’innombrables peintures pour les collections Fantasy ou SF de "Presses Pocket" dont on citera comme exemple les fabuleuses couvertures de La Romance de Ténébreuse (Marion Zimmer Bradley) et de La Ballade de Pern (Anne McCaffrey).[ Ecouter ce CD / Commander |
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Aragon : The Angels Tear (LaBraD'or Records), AUSTRALIE 2004 Formé en 1986 à Melbourne, Australie, Aragon a sorti son premier disque deux années plus tard. Don’t Bring The Rain et son Néo-prog sombre et accessible lui apportant un relatif succès en Europe, le groupe complétera son mini-LP avec trois nouveaux titres pour le ressortir en CD en 1990. Entre-temps, le bassiste et le batteur ayant déclaré forfait, Aragon décida de ne pas les remplacer et de poursuivre en trio avec l’aide de boîtes à rythmes et autres séquenceurs. Depuis, on ne peut pas dire que les disques d’Aragon aient profondément marqué l’histoire du Rock : The Meeting (1992), Rocking Horse (1993), Mouse (1995) et surtout Mr. Angel (1997) ont laissé une impression mitigée d’un Rock symphonique light souvent mal produit et pêchant par un manque de profondeur engendré par les percussions et les lignes de basse synthétiques. Mouse, remastérisé et agencé dans sa version définitive, est ressorti en 1999 sous la forme d’un double album qu’on a quand même redécouvert avec intérêt : ce concept album racontait une histoire bien ficelée (à propos de l’évolution psychologique d’une personne au fil de ses expériences et de ses rencontres, un peu dans le genre de The Lamb Lies Down On Broadway ou de Snow) et ne manquait ni de mélodies accrocheuses ni de développements instrumentaux qui, sans être d’une profonde originalité, valaient bien certaines compositions de Pendragon, Pallas ou Marillion. Et six années plus tard, voici un nouvel album d’Aragon que plus personne n’attendait. Est-ce la révélation ? Pas vraiment, mais The Angels Tear n’en est pas moins un disque qui se laisse écouter. On retrouve bien sûr le style Néo-prog des albums antérieurs mais aussi des titres qui, pour être immédiatement accessibles, ne louchent pas, comme sur Mr. Angel, vers un Pop commercial. Les Dougan n’a pas une grande voix mais elle est expressive tandis que John Poloyannis (guitare) et Tom Behrsing (claviers) maîtrisent leurs instruments en prenant soin de ne jamais s’aventurer hors de leur zone de compétence. Parmi les réussites, figurent heureusement les deux titres les plus longs : In The Name Of God, un morceau très aérien avec de belles envolées de guitare, et The Angels Tears, qui se développe lentement jusqu’à un finale atmosphérique sur fond de nappes synthétiques. Les titres plus Rock comme Growing Up In Cuckoo Land et l’instrumental Voyeur passent aussi plutôt bien et comme le trio s’est maintenant mis à la basse et à la batterie, la musique est plus chaleureuse qu’au temps des séquenceurs. Seulement voilà : avec ses 43 minutes, le répertoire est quand même un peu court et on n’a pas du tout l’impression que cet opus est la résultante de six années de labeur. On le regrette car davantage de travail, d’audace et d’envergure auraient sans doute rendu ce disque beaucoup plus indispensable qu’il ne l’est dans sa forme actuelle. [ Aragon Website ] |
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| Pär Lindt Project : Veni Vidi Vici (Crimsonic), SUEDE 2001 Pär Lindt Project : Live In Iceland (Crimsonic), SUEDE 2002 Parmi les groupes majeurs qui ont contribué au rapprochement de la musique classique et du Rock, figurent en bonne place Renaissance et Emerson Lake & Palmer. Pär Lindh Project, par le style de sa chanteuse Magdalena Hagberg, évoque (un peu) le groupe d’Annie Haslam dans les passages acoustiques et, par la dextérité de son claviériste Pär Lindt, rappelle (beaucoup) les fulgurances du trio de Keith Emerson. Malgré quatre disques en studio encensés par la critique et les amateurs, dont les excellents Gothic Impressions (1994) et Mundus Imcompertus (1997), PLP (comme le groupe suédois se fait désormais appeler en hommage à ELP), n’a jamais vraiment percé auprès du grand public et ses productions sont restées confidentielles - même en Suède où les disquaires branchés haussent les sourcils quand on évoque ces enregistrements. Probablement en conséquence de ce manque de reconnaissance, PLP a survécu difficilement, s’est relativement peu produit sur scène et a connu de multiples changements de personnel. Il aura fallu à PLP quatre années après Mundus Imcompetus avant de sortir Veni Vidi Vici enregistré avec le même trio de base comprenant Pär Lindt, Magdalena Hagberg et le batteur Nisse Bielfeld plus quelques nouvelles têtes parmi lesquelles on notera John Hermansen à la guitare et le bassiste des Flower Kings, Jonas Reingold. La musique, elle, n’a pas fondamentalement changé : il s’agit toujours d’un cocktail baroque de musique classique et de Rock qui fuse dans toutes les directions. Pär Lindt est au cœur du tumulte avec son arsenal de claviers qui s’étend de l’orgue d’église à l’orgue Hammond C3 en passant par un grand piano et un Mellotron. Entre passages romantiques, attaques agressives et déluges de notes, les contrastes sont permanents, ce qui nuit parfois à l’intégrité des compositions même si certains thèmes comme Tower Of Thought ou Hymn sont aussi réellement accrocheurs. Le dernier titre, The Premonition, qui a été enregistré avec l’ancien line-up comprenant Jocke Ramsell (gt) et Marcus Jäderholm (basse), est celui qui fait le plus penser à Keith Emerson à cause des lignes d’orgue jaillissant comme des coulées magmatiques. C’est en tout cas un finale époustouflant joué avec pompe et extravagance qui s’avère d’autant plus efficace que le mixage entre les instruments y est plus réussi que sur les autres titres. Il est certain que ce disque ravira tous les fans de ELP, et davantage ceux qui ont apprécié Tarkus plus que Lucky Man ou From the Beginning. Et si certains souhaitent prolonger leur bonheur, Live In Iceland enregistré lors d’un rare concert à Reykjavic en 2001 reprend huit des dix titres de l’album studio avec en plus une interprétation de Montagues & Capulet de Prokoviev et une composition d’Eubie Blake, un Charleston Rag incongru planté au milieu du répertoire mais qui témoigne de l’éclectisme et de la virtuosité du claviériste. Plus brutes, moins précises (surtout au niveau du chant qui dérape parfois) et pénalisées par un manque de prestations scéniques, ces versions ne valent pas les enregistrements en studio mais elles manifestent quand même l’incommensurable énergie de Pär Lindt qui phagocyte toutes ses influences pour restituer une musique tumultueuse que peu de pianistes de Rock actuels seraient capables de jouer avec une telle flamboyance. [ Ecouter ce CD / Commander |
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John McLaughlin & Mahavishnu Orchestra : The Inner Mounting Flame (Columbia / Sony) UK/US 1971, édition remastérisée 20-bit 1998 Lorsqu’on réécoute cette version remastérisée du premier disque du Mahavishnu Orchestra, enregistré en 1971, on comprend ce que cette musique avait de séminal. Largement accessible aux amateurs de Rock sophistiqué, ce disque de fusion offre tout ce que l’on peut rêver : une imagination sans limite ; une virtuosité technique hors du commun ; un équilibre inespéré entre la densité des moments pyrotechniques et la beauté subtile des passages atmosphériques ; l’influence d’autres cultures comme l’héritage jazz électrique de Miles bien sûr mais aussi le blues, le flamenco ou la musique classique indienne ; des signatures rythmiques dont la surprenante complexité n’altère jamais leur nécessité ; sans oublier cette intense spiritualité qui se dégage de l’ensemble comme si l’aura du guru Sri Chinmoy avait présidé aux sessions de ce flamboyant équipage. Jerry Goodman au violon, Jan Hammer aux claviers, Rick Laird à la basse et la batterie d’un Billy Cobham alors au sommet de son art font bloc autour du Leader : le guitariste John McLaughlin également compositeur de tous les titres, inventeur d’un style de guitare qui ne sera jamais approché même si l’influence qu’il a pu avoir sur Robert Fripp et le King Crimson du milieu des années 70 est ici perceptible à l’évidence. De Meeting Of The Spirits à Awakening, Inner Mounting Flame représente à la fois l’aube d’un genre qui connaîtra des hauts et des bas et sa quintessence. Sur un banc d’écoute, passez tout de suite à cette charge viscérale en forme de coup de poing nommée Vital Transformation et vous serez vite persuadé que la flamme intérieure du Mahavishnu Orchestra reste encore aujourd’hui la plus coruscante que le Jazz-rock ait jamais engendrée. [ Ecouter ce CD / Commander |







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