Le premier titre intitulé
Le Soupirail accroche d’emblée : la sonorité est pleine, le piano dynamique à souhait et la composition bondissante comme une particule élémentaire échappée de l’univers monkien.
Métamorphose qui vient ensuite confirme que le trio a mûri : l’interaction entre les trois instruments apparaît naturelle et la rythmique, composée de Jean-Claude Oleksiak à la contrebasse et d'Antoine Paganotti à la batterie, s’agrippe au thème comme une huître à son rocher et transforme cette composition en une œuvre plus collective qu’individuelle. Avec la reprise du
Bess You Is My Women Now de Gershwin, l’attirance de Paindestre pour un jazz nuancé à la manière d’un Bill Evans refait surface. Et le répertoire se conclut sur
Tell Me A Bedtime Story qui n’évite pas la référence à son concepteur Herbie Hancock. Mais au-delà des influences par ailleurs assumées, on sent bien à l’écoute des neuf titres constituant cet album, que le pianiste a cherché une voix intérieure, allant même jusqu’à reprendre un thème de son premier disque (
La Java De La Luna II) pour en exploiter davantage les ressources. Tout cela est joliment pensé jusqu’aux titres des morceaux qui jettent sans prétention une lumière indirecte sur les idées ayant guidé le travail de composition :
Le Soupirail parce que c’est une ouverture donnant un peu d’air et de lumière à un sous-sol,
Métamorphose en hommage à l’esprit torturé de Kafka ou
5 Boulevard Serrurier qui est tout simplement l’adresse d’un ami saxophoniste.
Parcours est un disque de jazz moderne plutôt facile à appréhender grâce à sa bonne humeur et à un agencement harmonique subtil conjugué avec la fluidité d’un trio en nette progression créatrice. On se saurait trop conseiller aux amateurs de jazz pianistique triangulaire d’y laisser traîner une oreille. [P. Dulieu]
A noter : un dixième titre intitulé
Blue For Violaine et des prises alternatives issues des mêmes sessions sont offerts à tout acheteur de l'album par téléchargement sur
le site de Sebastien Paindestre